Réalisée du 05 au 09 août 2026.
La Boucle des 4 Vallées est un itinéraire transfrontalier encore méconnu. Pourtant, certaines de ses sections empruntent des sentiers de renom tels quel le Gr5 ou la GTA. Au départ possiblement côté français ou côté italien, ce circuit arpente les quatre vallées principales de cette région des Alpes du Sud à savoir le Val Stura et le Val Maira sur ses portions italiennes ainsi que la Vallée de l’Ubaye et la Vallée de la Tinée sur ses étapes françaises. A cela il faut ajouter la traversée de deux bouts de massifs : l’extrême Sud du Massif du Chambeyron et la partie septentrionale du Mercantour.
Mise en avant par les offices de tourisme du Parc National du Mercantour et de la région PACA, cette boucle d’environ 80km (en reliant des refuges gardés et les gîtes) permet de découvrir les richesses lacustres, minérales et historiques de ces montagnes. Elle peut aussi tout à fait s’adapter en fonction des envies, la région étant quadrillée de toute part par un important réseau de sentiers alliant grandes traversées, GrP et simples Pr. Sans oublier que le bivouac est autorisé même sur les portions traversant le Parc National du Mercantour.
Située à proximité de deux importants cols routiers : le Col de Larche et le Col de la Bonnette, notre randonnée aura pour but d’éviter au maximum ces axes routiers pour s’immiscer pleinement dans la beauté minérale du Chambeyron puis du Mercantour sur ces quelques jours de trek. En plus des paysages, cette région est truffées d’anciens baraquements militaires, que ce soit sur le versant français ou italien, agrémentant de quelques aspects historiques ce circuit suivant les anciennes frontières fortifiées des Alpes. Sujet que nous éclaircirons un peu plus bas dans cet article.
Classiquement, la Boucle des 4 Vallées débute au niveau du petit bourg italien de Pontebernardo dans le Haut-Val Stura. Il s’agit du point le plus bas de la randonnée puisqu’on se situe sous les 1300m d’altitude. Ce départ est parfait puisqu’il permet de rester à de plus hautes altitudes sur la totalité des étapes, même lorsque l’on se rapproche des cols ou axes routiers.
De base, la Boucle des 4 Vallées se découpe en cinq étapes officielles :
- Jour 1 : De Pontebernardo au Rifugio Gardetta
- Jour 2 : Du Rifugio Gardetta à Larche
- Jour 3 : De Larche au Hameau de Bousiéyas
- Jour 4 : Du Hameau de Bousiéyas au Refuge de Vens
- Jour 5 : Du Refuge de Vens à Pontebernardo
On personnalisera ces étapes non seulement parce que nous serons en autonomie totale mais aussi pour éviter de relier les différents hameaux du parcours. Le fait de bivouaquer permet ainsi de réduire la distance sur certaines étapes (notamment celles reliant Larche) et de rester dans un environnement sauvage tout du long. De notre côté, ce seront surtout les lacs des deux massifs traversés qui constitueront nos points d’étapes et ce n’est pas ce qui manque dans cette région des Alpes.
Nous effectuerons ce trek sur un peu plus de 4 jours. La première demi journée servant notamment à s’échapper du talweg du Val Stura, d’éviter au maximum les orages de fin de journée et d’entamer véritablement le lendemain la traversée du Sud du Massif du Chambeyron.
Jour 1 : De Pontebernardo aux Alpages de Gias.
L'étape en quelques chiffres : 5,3km / 1100m de D+ / 20m de D-
Le Hameau de Ponteberbardo est le troisième village en descendant du Col de Larche depuis la France. Situé légèrement sous les 1300m d'altitude, il est particulièrement encaissé et appartient à la commune de Pietraporzio localisée quelques kilomètres en aval. Un parking est situé sur le bord de la route menant au Col de Larche (- Colle della Maddalena en italien) et permet de démarrer illico presto les choses sérieuses.
On traverse rapidement les petites ruelles pavées de Pontebernardo puis on franchit le Rio Conforenti, torrent que nous remonterons en quasi intégralité jusqu'à son petit cirque alpestre. Il faut cependant prendre gare sur les premiers mètres de la randonnée puisque l'itinéraire décrit par les offices de tourisme n'est plus vraiment praticable à cause des ravines ayant emporté les bords du torrent et le sentier initial par la même occasion.
Ainsi, au niveau d'une passerelle traversant le torrent, il faut bel et bien franchir cette dernière pour poursuivre sur le large sentier partant vers le Sud et les clairières de Suort I Amant. Cela rallonge de fait la première étape mais nous n'avons d'autres choix d'autant qu'aucune signalisation n'indique le Colle della Montagnetta (premier col de la Boucle des 4 Vallées).
Au niveau du lieu-dit La Pinéo, le sentier passe en sous-bois avant d'attendre une succession de vires nous permettant de franchir les vertigineuses barres rocheuses. Le temps est de plus en plus instable et il n'est pas rare d'entendre ici ou là un coup de tonnerre.
On accélère le rythme pour ne pas se retrouver au milieu de l'orage dans ces vires qui, malgré l'adrénaline imposée par l'instabilité de la météo, s'avèrent être particulièrement ludiques et sans danger.
Au delà, on atteint un petit vallon supérieur d'où l'on rejoint le talweg du Rio Conforenti. Mais ce n'est pas terminé puisqu'il nous faut encore effectuer une petite grimpette jusqu'à la bergerie et son petit plateau.
Une fois près de la bergerie, et malgré la présence d'une source, on ne prend pas la peine de monter le bivouac. En effet, un troupeau d'ovins pait un peu plus haut dans les alpages et devrait retrouver les environs de la bergerie à la nuit tombée. On poursuit donc en quittant le sentier officiel de la Boucle des 4 Vallées pour nous rendre vers le petit cirque où coule le Rio Conforenti, près de la Cima del Gias.
L'ambiance est de plus en plus chaotique avec les premières averses se déclenchant au-dessus du Mercantour Nord. L'orage nous atteindra quelques minutes plus tard, juste après avoir eu le temps de monter la tente. Au bout de quelques instants, le déluge cesse, les rayons du soleil transpercent une dernière fois la couche nuageuse avant la nuit et l'alpage reprend vie avec les marmottes, les moutons, les patous et même au loin un cerf divaguant dans les hautes herbes.
C'était, d'après les prévisions météo, la dernière journée à risque pour les orages de fin de journée.
Jour 2 : Des Alpages du Gias au Lago di Roburent.
L'étape en quelques chiffres : 17,4km / 1180m de D+ / 860m de D-
Au matin, un franc soleil a pris le relai. On entame la véritable première étape de cette boucle des 4 Vallées avec comme objectif de relier un des plus beaux lacs du Massif du Chambeyron : le Lago di Roburent. Pour cela, il nous faudra franchir une succession de hauts cols, nous faisant par moment basculer sur le versant du Val Maira.
On rebrousse ainsi chemin jusqu'à la bergerie de la veille puis on poursuit dans les alpages en direction du Colle de la Montagnetta. Au-delà du col, on poursuit notre descension pour atteindre le Vallon du Lago Oserot au milieu d'une faune sauvage particulièrement dense où chamois, biches et marmottes s'alternent sur les bords du sentier.
On fait face au Nord du Mercantour de l'autre côté du Val Stura. On devine le Mont Ténibre, le Mont Vallonnet, le Mont Aiga ou encore la Tête de l'Enchastraye (entre autres). Au Colle de la Montagnetta, on passe aux abords d'un premier vestige de fortifications militaires, plutôt modeste par rapport à ceux que nous allons croiser ultérieurement.
Du col, on chute jusqu'à environ 1950m d'altitude pour mettre pied sur la GTA italienne, le balisage devient ainsi beaucoup plus important et visible ce qui contraste avec les premiers kilomètres de sentier entre Pontebernardo et le Colle de la Montagnetta.
Ci dessus le Vallon du Lago Oserot que nous allons remonter jusqu'au Colle Oserot. A droite, il s'agit du Monte Servagno 2757m.
Au bout du vallon, on finit par atteindre le Colle Oserot 2640m. Le tracé officiel de la Boucle des 4 Vallées lui bifurque un peu avant ce col et préfère le Passo di Rocca Brancia pour plonger vers le Rifugio Gardetta.
Durant l'ascension, le réseau de sentier ne fait que se densifier. On remarque de larges chemins, parfois agrémentés de murs les soutenant. Ces chemins sont bizarrement presque constamment à la parallèle des sentiers de randonnées, sur les autres pans des vallons par exemple et permettent de relier d'anciens bâtiments militaires qui se sont multipliés sur les cols et les arêtes nous surplombant (exemple d'un ancien bunker sur la photo ci-dessus au Colle Oserot).
Sur la gauche on devine particulièrement bien l'ancienne route militaire. La partie dans le pierrier a été malmenée par les éléments et est maintenant presque impraticable. Mais au point bas du pierrier nous nous efforcerons de rejoindre ce sentier pour poursuivre notre traversée vers les sommets face à nous.
L'occasion ici de revenir sur les fortifications militaires présentes dans le Massif du Chambeyron et ce sur toutes les montagnes frontières avec la France. L'édification de fortifications dans les massifs transfrontaliers découle des tensions politiques apparues au XIXᵉ siècle, notamment après l'unification de l'Italie et le rattachement de la Savoie et du comté de Nice à la France en 1860. La ligne de crête des Alpes est alors devenue une frontière militarisée où chaque nation cherchait à verrouiller les cols stratégiques.
Après la Première Guerre mondiale, l'évolution de l'artillerie et de l'aviation a contraint les états-majors à abandonner les forts en maçonnerie traditionnels au profit de lignes défensives enterrées, la France ouvrant le bal à la fin des années 1920 avec la Ligne Maginot Alpine. En réaction, et dans le cadre de son projet de militarisation globale de la société, le régime fasciste de Benito Mussolini ordonne au début des années 1930 la construction du Vallo Alpino del Littorio. Ce « Mur alpin » ne se limitait pas à la frontière française : il s'étendait à l'ensemble des limites terrestres italiennes, de la Suisse à la Yougoslavie, en passant par l'Autriche.
Le Vallo Alpino en quelques chiffres :
- Projet initial de 10 000 à 15 000 ouvrages sur la totalité de la frontière alpine italienne.
- Jusqu'en 1942 on dénombre entre 1500 et 2000 ouvrages achevés et armés / entre 700 et 1000 casernes d'altitude construites / environ 500 ouvrages inachevés.
- Entre le Mont Blanc et la Méditerranée on dénombre entre 400 et 500 ouvrages face à la frontière française.
- Plus de 3000km de routes carrossables construites et modernisées entre 1930 et 1942 et plusieurs centaines de kilomètres de chemins muletiers pavés.
- Au plus fort des travaux, près de 100 000 ouvriers et soldats travaillaient à la construction de cette ligne alpine.
- Sur la frontière française, au début de la Seconde Guerre mondiale, jusqu'à 21 000 soldats italiens étaient postés.
Conçu par le génie militaire et gardé par la Guardia alla Frontiera, ce réseau se distinguait par un camouflage exceptionnel. Plutôt que de bâtir de grands blocs de béton visibles de loin, les Italiens ont privilégié l'intégration au relief, taillant les embrasures dans la roche et masquant les entrées sous forme de façades en pierre ou de faux rochers. On parle alors de ''Trune militari''. Pour desservir ces réseaux de bunkers, casemates et galeries souterraines construits jusqu'à plus de 2 800 mètres d'altitude, l'armée italienne a édifié un colossal réseau de pistes pavées et de routes militaires suspendues au-dessus des vallées.
Lors des combats de juin 1940 face à la France, le réseau a principalement servi de base d'appui avant de tomber aux mains de la Wehrmacht après l'armistice italien de 1943 qui a conduit à la rupture de l'alliance entre l'Italie et l'Allemagne. A la fin de la Seconde Guerre mondiale, ce réseau de fortifications a peu à peu été abandonné, aussi du fait du réchauffement des relations diplomatiques entre la France et l'Italie. Il faut noter également qu'avec le Traité de Paris de 1947, l'Italie a cédé certaines portions de son territoire à la France ce qui a conduit au basculement de plusieurs fortifications italiennes du côté français. On peut citer ici le Fort du Mont Chaberton près de Briançon.
A l'opposé des Alpes françaises, les Alpes frontières entre l'Italie et la Yougoslavie ont connu une durabilité un peu plus ample avec une modernisation impulsée par l'OTAN et la menace de l'expansion du communisme durant la Guerre Froide. Il faudra attendre les années 1990 et la chute du bloc communiste pour un abandon totale des fortifications alpines italiennes. Aujourd'hui, cet héritage militaire a changé de vocation. Les impressionnantes routes stratégiques façonnées par les militaires forment une partie du réseau de sentiers de randonnée et de VTT tandis que plusieurs anciens casernements désaffectés ont été restaurés pour servir de bivouacs et d'abris. Un GrP a même vu le jour dans le Massif du Chambeyron s'intitulant ''GrP - La Frontière Fortifiée'' et reliant les principaux vestiges militaires du massif et des vallées adjacentes sur quasiment 90km.
En passant la crête, on se retrouve nez à nez face à un petit baraquement tout à fait atypique. Il s'agit du Bivacco Le Due Valli perché à 2600m d'altitude. Cet abri peut accueillir jusqu'à 3 personnes, des couettes étant même mises à disposition sous les banquettes. Seul bémol, il n'y a aucune source dans les environs. Il faut donc bien prévoir son coup pour profiter du magnifique panorama depuis ce bivouac italien.
Derrière lui, on devine une vaste installation militaire. C'est d'ailleurs par là que nous nous rendons pour poursuivre notre route vers les Lacs de Roburent en franchissant le Colle Peroni.
En franchissant le Colle Peroni, le vallon s'ouvre sur les Lacs de Roburent dont on aperçoit deux des trois bassins blottis sous le Monte Scaletta et le Monte Pierassin.
En descendant près des premiers Lacs de Roburent (Lago Mediano di Roburent), on passe le croisement dont l'un des sentiers mène à l'arête Sud du Monte Scaletta puis nous sommes vite coupés dans notre élan puisque le sentier panoramique surplombant les lacs a été ravagé par les ravines et se retrouve entravé. Nous n'avons donc d'autre choix que rejoindre les rives du premier lac pour relier le sentier principal des Lago di Roburent provenant de la route du Col de Larche.
On franchit ensuite un petit collet qui nous fait déboucher sur le plus grand des trois lacs de Roburent. Contrairement aux lacs inférieurs, les pierriers sont assez éloignés des rives du grand Lac de Roburent. De ce fait, il y a énormément de zone de bivouac dans les environs ce qui nous invite à stopper notre étape du jour. Du moins en termes de progression sur cette Boucle des 4 Vallées puisque nous profiterons de notre arrivée précoce près du lac pour grimper sur l'une des cimes encadrant ce plateau lacustre : le Monte Pierassin.
On longe le Lac supérieur de Roburent par la droite pour relier le Col de Roburent, col où se situe d'ailleurs la frontière entre l'Italie et la France. On en profite également pour se ravitailler en eau à la source Roburent sortant directement de la montagne.
Une fois au Col de Roburent, en plus des bornes frontalières qui caractérisent le lieu, on est totalement écrasé par l'une des plus belles montagnes du Massif du Chambeyron : la Tête de Moïse. Véritable forteresse de roche, elle nous accompagnera sur une bonne partie de cette Boucle des 4 Vallées tant sa proéminence est importante par rapport aux cimes voisines.
Panorama en amont du Col de Roburent. On devine de nombreuses hautes cimes du Massif du Chambeyron qui s'ajoutent à la Tête de Moïse. On peut citer notamment le Bec de Lièvre, la Meyna, la Tête de Sautron et même le point culminant du massif, l'Aiguille de Chambeyron 3412m. Au milieu de tout ça, le Lac de l'Orrenaye semble bien modeste au coeur de son vallon.
Depuis le Col de Roburent 2502m, on monte sur la gauche en direction de la Tête de Roburent avant de grimper la raide pente jusqu'au cairn sommital de la Cime de Peyrassin 2757m. De là haut, le panorama est exceptionnel sur les massifs environnants, Chambeyron et Mercantour en tête, ainsi que les différentes vallées.
En face, l'extrême Nord du Mercantour et même une partie du Massif du Pelat s'étale sur l'autre versant du Col de Larche : Tête de l'Enchastraye, Tête Carrée, Tête de Pelouse, Bosse du Lauzanier, Mont Pelat, Cimet, Tête de Parrasac, Tête de Fer.
Après l'ascension, on reprend le chemin à l'identique pour aller installer notre bivouac près des rives du Lac supérieur de Roburent. Conjointement avec le Lac de l'Orrenaye côté français, il n'est pas rare qu'en période estivale, les abords de ces lacs soient sur-fréquentés. Il faut dire qu'avec un départ depuis le Col de Larche perché à quasiment 2000m d'altitude, il n'y a que 500m de dénivelés positifs pour les atteindre.
Cependant, la forme atypique du Lac supérieur de Roburent avec sa presqu'île centrale permet un étalement des différents bivouacs et même de s'isoler. On peut même poser sa tente près d'anciennes ruines militaires qui bordent la rive Sud et Est du lac, sous le Monte Scaletta. Il semblerait que ces groupes d'installation, dont il ne reste que la forme et le bas des murs, servaient de quartier général d'altitude pour la surveillance du Col de Roburent notamment. Leur positionnement leur permettait d'être hors de vue des garnisons françaises et d'être relié aux différents cols en amont ainsi qu'au Val Stura.
Jour 3 : Du Lac supérieur de Roburent aux Lacs des Hommes.
L'étape en quelques chiffres : 22,4km / 1190m de D+ / 990m de D-
Cette troisième journée est une étape de transition entre les deux massifs de ce trek. Au matin, on terminera notre traversée du Sud-Chambeyron pour ensuite, après le franchissement du Col de Larche, partir à l'assaut des premières pentes du Mercantour.
Cependant, bien que le tracé officiel de la Boucle des 4 Vallées descendent directement vers Larche après le passage du Col de Roburent, on se permet quelques kilomètres supplémentaires dans les montagnes du Chambeyron avec un saucissonnage de la frontière franco-italienne via quelques franchissements de cols.
L'ambiance est légèrement instable ce matin-là avec des bourgeonnements nuageux qui s'agglutinent notamment sur les versants italiens du Mercantour et du Chambeyron. Les cols ont l'air d'être néanmoins épargnés par cette nébulosité.
Une fois le Col de Roburent franchi on bascule en France pour rejoindre les abords du Lac de l'Orrenaye. Depuis ce dernier, on partira hors sentier pour tenter de rejoindre un chemin faisant la transition entre le Col de Feuillas et le Col des Boeufs (notre objectif). Bien qu'indiqué en pointillé sur les cartes IGN, ce sentier semble totalement camouflé dans les pierriers comblant les pentes de la Tête de Moïse et de l'Aiguille Jean Coste. On relie ainsi à vu le Point 2505 puis, dans la casse rocheuse en aval des Aiguilles Occidentales de l'Orrenaye on aperçoit enfin ce sentier matérialisés par des traces rouges et bleues.
Au Col des Boeufs 2630m on retrouve la frontière franco-italienne. On replonge côté italien dans le Val Maira, le but étant de réaliser un petit tour de la Tête de Villadel et de la Tête de Platasse via le Lago delle Munie, le Col des Monges et le Col de la Gipière de l'Orrenaye. Histoire de profiter quelques instants supplémentaires des paysages rocheux et alpestres qu'offre le Chambeyron.
Du Lago delle Munie on atterrit sur des sentiers beaucoup plus importants et balisés, notamment les deux petits GrP que sont le Tour du Soubeyran et le Tour de Sautron. On atteint rapidement le Col des Monges 2542m qui nous fait dominer le Vallon de la Montagnette bien aride en ce mois d'août. Seul le Lac de la Reculaye que l'on devine sur la droite de la photo reste rempli.
On quitte donc l'Italie et le Val Maira pour la France et la Vallée de l'Ubaye, vallée que nous avons déjà côtoyé brièvement entre le Col de Roburent et celui des Boeufs. On rejoint en balcons le Col de la Gipière de l'Orrenaye pour terminer cette traversée du Sud-Chambeyron par une descente vers le Col de Larche.
On passe rapidement au Col de Larche et près du Rifugio della Pace pour directement basculer dans le versant opposé au Chambeyron. Alors que le tour officiel continue sa descension vers le petite commune de Larche, on enchaîne avec une remontée progressive du Val Fourane où serpente l'Ubayette. On met ainsi pied sur un autre grand itinéraire de la région : le Gr5 traversant les Alpes françaises de la Mer Méditerranée jusqu'au Léman.
On arpente la large piste qui borde les nombreuses cabanes pastorales et l'Ubayette en direction du Lac du Lauzanier. L'ambiance est bucolique, les marmottes en nombre et contrairement aux montagnes du Chambeyron, les sources et résurgences humidient grandement le Val Fourane.
Le Val Fourane est la partie inférieure du Vallon du Lauzanier. Cette zone fut rapidement classée en réserve naturelle dès 1936 face à sa richesse florale avec notamment une forte présence de Chardons Bleus, aussi appelé Reine des Alpes. Autrefois, les tapis de Chardons Bleus étaient tels que le vallon était baptisé ''la Mer du Lauzanier'' lors de la période de floraison. Mais avec la modification des usages agricoles (fauchage excessif) et l'arrivée progressive de troupeaux de plus en plus importants, le Chardon Bleu a peu à peu régressé. Aujourd'hui, le Parc National du Mercantour auquel le Vallon du Lauzanier est maintenant rattaché tente un difficile équilibre entre pâturages d'altitude et maintien des anciennes pelouses alpines permettant l'essor du Chardon Bleu. Ces efforts aurait permit la reconquête d'une dizaine d'hectares par le Chardon Bleu, bien loin de la centaine qu'il colonisait autrefois.
En arrivant sur le vallon supérieur, on arrive près du Lac du Lauzanier 2284m, un des plus beaux lacs du Mercantour Nord avec son décor minéral entre la Tête de l'Enchastraye, La Croix et la Tête Carrée.
Ses rives sont peuplées par des dizaines de marmottes peu farouches, ces dernières ayant probablement l'habitude de saluer les nombreux randonnées arpentant le Gr5.
Depuis ce lac, nous avons plusieurs options pour la suite de la journée : soit on flâne sur les rives du Lac du Lauzanier en attendant d'installer notre bivouac dans les environs, soit on poursuit dans le vallon en direction du second lac, plus encaissé, le Lac de derrière la Croix, ou alors on s'attèle à gravir encore 300m de dénivelés pour rejoindre un duo de lacs caché sur les hauteurs du vallon : les Lacs des Hommes.
Attirés par cette option qui pourrait nous offrir plus de calme puisque n'étant pas sur les bords du Gr5, on se met en route vers ces deux lacs pour le moins méconnus. Depuis le Lac du Lauzanier, on part hors sentier au-dessus de la petite chapelle présente au Sud du lac jusqu'à rejoindre un replat alpestre où se trouvait une ancienne bergerie (toujours mentionnée sur les cartes IGN). De là, on franchit le ressaut mi-rocheux mi-herbeux jusqu'à retrouver le petit sentier menant aux Lacs des Hommes au niveau du Point 2455.
En réalité, la bifurcation en direction des Lacs des Hommes se situe au Point 2204, près de la passerelle permettant de franchir le Ravin du Pardon. Mais ce virage ne nous aurait pas permis de profiter de la sublime vue sur le Lac du Lauzanier.
La Tête de l'Enchastraye 2954m se dévoile ainsi que les vestiges glaciaires de la vallée à en voir les larges stries de roche à gauche et les dalles polies à droite.
On arrive sur le plateau des Lacs des Hommes. Situé à plus de 2600m, les zones alpestres sont restreintes par rapport aux pierriers. On s'installe entre les deux lacs avec une vue directe sur la Tête Carrée et légèrement sur la Tête de l'Enchastraye. Plus tard, une fois repus par nos délicieux lyophilisés, on s'échappe vers la petite crête surplombant les lacs à l'Est, au Point 2661 exactement. De là, la vue est splendide sur le Vallon du Lauzanier et le Massif du Chambeyron au loin.
Tête de Moïse, Tête de Vauclave et Monte Scaletta. La frontière italienne est encore bien empêtrée dans la nebbia et même les orages un peu plus loin dans le Piémont.
Jour 4 : Des Lacs des Hommes au Lac de Fourchas.
L'étape en quelques chiffres : 13,8 km / 750m de D+ / 880m de D-
Ce quatrième jour commence de la plus belle des manières. Après un départ depuis les Lacs des Hommes, on arpente le chaos de bloc situé entre les lacs et le Pas de la Petite Cavale. En l'espace de quelques instants, de nombreux animaux sauvages font leur apparition simultanément : bouquetins d'abord, chamois ensuite puis finalement c'est un troupeau d'une dizaine de mouflons qui crapahute face à nous. Un peu plus loin ce seront les marmottes et les vautours qui seront de la partie. Le Parc National du Mercantour a encore réaffirmé son caractère sauvage et sa faune exceptionnelle.
Une fois dans le vallon menant au Pas de la Petite Cavale, le chemin aurait dû nous faire redescendre vers le Lac de derrière la Croix pour y retrouver le Gr5. C'était sans compter la multiplication des cairns dans les environs nous invitant à rejoindre directement le Pas de la Cavale en contournant la Tête Carrée par le Nord puis l'Est jusqu'à franchir le petit vallon menant au Point 2643.
Cet itinéraire, plutôt bien matérialisé sur le terrain, est totalement absent des cartes IGN et OSM. Il emprunte les faiblesses présentes sur la face Nord et Orientale de la Tête Carrée et permet d'économiser 250m de descente puis de montée vers le Pas de la Cavale. Si vous perdez les cairns, une carte des pentes peut permettre de retrouver le cheminement du sentier et d'arriver naturellement sur les dalles peu inclinées présentes entre les Points 2643 et 2671.
Lac du Lauzanier devant les géants du Chambeyron : Pointe d'Aval, Brec de Chambeyron, Aiguille de Chambeyron, Tête de Sautron.
Au Pas de la Cavale 2671m, on se situe à la frontière des bassins de l'Ubaye et de la Tinée. Il s'agit également du point le plus haut atteint par le Gr5, mais aucunement celui de notre périple. La vue y est magnifique sur le large Vallon Salse Morene et sur le Mercantour Nord. On devine le Mont Aiga, les Cimes de Vens, le Claï Supérieur, le Mont Mounier, le Mont Rougnous jusqu'à Fort Carra et la Pointe Côte de l'Ane tout à droite.
On quitte donc le Vallon du Lauzanier et l'Ubaye en descendant vers le Vallon Salse Morene. Le sentier emprunte quelques vires avant de traverser le pierrier puis les alpages vers les Lacs d'Agnel. Malgré une verticalité omniprésente, l'état du sentier est remarquable et permet d'atteindre des terrains plus commodes sans difficultés.
Près des Lacs d'Agnel, on quitte une nouvelle fois le Gr5 et le tracé officiel des 4 Vallées. Alors que ces deux itinéraires s'empressent de rejoindre la route du Col de la Bonnette et les hameaux qui la bordent, on rejoint les lacs et on trace à vue pour relier le Vallon de la Cabane présent de l'autre côté du Salse Morene.
On utilise la large croupe reliant les Lacs d'Agnel au talweg du vallon. Elle longe la vaste et chaotique Combe du Graillon dominée par l'austère Rocher des Trois Évêques. Au moment de croiser le Gr52 qui part vers le Col de Pouriac, on continue notre progression plein Sud vers le Vallon de la Cabane.
Près du Point 2232, on rejoint une sente qui grimpe le vallon en direction des Lacs de Morgon. Ce sentier provient des environs de la Cabane de Salso Moreno qui aurait servi de lieu de bifurcation si nous avions choisi de suivre les sentiers balisés plutôt que de couper à travers champ.
Les Lacs de Morgon appartiennent à un ensemble de lac qui s'étage vers l'amont comme vers l'aval entre 2500 et 2300m d'altitude. Sous les Lacs de Morgon on trouve les Laussets alors que les lacs présents en amont sont soit anonymes soit inclus à l'archipel des Lacs de Morgon. C'est d'ailleurs dans la direction de ces derniers puis vers le Pas de Morgon que nous nous dirigeons à présent, cela nous permettant d'arriver dans les environs du Refuge de Vens par le haut.
Après 500m d'ascension, on atteint le Pas de Morgon 2714m. L'ambiance s'assèche subitement et on traverse des arêtes particulièrement arides en direction du Col de Fer. Au loin, les hautes cimes du Mercantour : Mont Vallonnet, Cimes de Vens, Mont Ténibre, Cime Borgonio et Claï Supérieur.
En reliant le Col de Fer, on se situe sur à la fois la frontière franco-italienne mais aussi sur la limite du Parc National du Mercantour. Côté italien, on surplombe le Val Forneris et plus largement le Haut Val Stura.
Au Col de Fer 2584m, pas question de basculer côté italien, on poursuit côté français vers le Collet de Tortisse, passage qui devrait nous faire chuter sur le Refuge de Vens et son chapelet de lacs.
On plonge sur le Refuge de Vens depuis le Collet de Tortisse en prenant bien soin d'admirer l'arche caractéristique présente près du sentier. Près du refuge, on retrouve torrents et ruisseaux rafraîchissant les alpages. On se cale sur la terrasse panoramique du petit refuge perché à 2380m autour d'une bière bien fraîche et d'une délicieuse tarte aux myrtilles. Du carburant pour les derniers cent mètres de dénivelés vers la terminaison de notre étape : le Lac de Fourchas 2468m où nous avons pour projet d'y établir notre bivouac, le dernier de notre périple.
Jour 5 : Du Lac de Fourchas à Pontebernardo.
L'étape en quelques chiffres : 13,1km / 400m de D+ / 1580m de D-
La dernière journée aura comme point d'orgue le franchissement du Pas de Vens perché à plus de 2900m d'altitude. Avec le soleil radieux de ce début de journée, on se met en tête de gravir également un petit sommet annexe : la Cime Borgonio histoire de profiter des hautes altitudes avant le long plongeon vers le Val Stura et Pontebernardo.
Au niveau du Lac de Fourchas, on reprend la petite sente qui part vers le col. On atteint rapidement un chaos de bloc où de nombreux cairns remplacent la sente.
La navigation est évidente jusqu'au pas et malgré quelques blocs instables près de ce dernier, il n'y a pas de danger particulier, ce qui rend d'autant plus incompréhensible l'absence de tracé sur IGN alors que les cartes italiennes indiquent un sentier sur les deux versants du Pas de Vens.
Pas de Vens et Cime Borgonio depuis les environs du Lac de la Montagnette.
Au Pas de Vens 2796m, pas de panneau, pas d'indication, uniquement le petit abri en pierre faisant face au versant italien du col. Il s'agit d'un abri laissé à l'abandon. Il peut servir de refuge en cas de mauvais temps mais ses vitres et sa porte ne se ferment aucunement entièrement. Il fait face au Ricovero Vigna dont on aperçoit les murs sur la photo ci dessus dans l'ombre. Ce dernier baraquement s'apparentant davantage à un abri-bivouac en bon état contrairement à celui du Pas de Vens.
On profite de l'Abri du Pas de Vens pour y entreposer nos sacs le temps de l'ascension vers la Cime Borgonio. Du Pas de Vens il faut suivre presque le fil de la crête qui part derrière l'abri à l'aide de nombreux cairns. Il ne faut pas trop partir vers le Nord dès le départ puisque des cairns sont aussi postés sur ces pentes mais conduisent quant à eux à la Brèche Borgonio permettant de rejoindre les Lacs de Ténibre et de rester côté français.
Du sommet de la Cime Borgonio 2938m, malgré sa faible proéminence, le panorama sur le Nord Mercantour est spectaculaire avec une multitude de pics tous aussi acérés les uns par rapport aux autres ainsi que plusieurs groupes de lacs : Lacs du Ténibre et Lacs Marie en tête. Au Sud, deux sommets se détachent par rapport aux autres : le Mont Ténibre 3031m à gauche et le Mont Mounier 2817m légèrement à droite. On observe également la station de ski d'Auron surplombant la Haute-Tinée.
De retour au Pas de Vens, on quitte finalement la France et le Parc National du Mercantour pour plonger dans le vallon italien en direction de Pontebernardo. Sur une dizaine de kilomètres, on passera des hautes altitudes du Mercantour au talweg du Val Stura et à la route menant au Col de Larche.
Sur la première portion on enchaîne les lacets pour descendre le goulet du Pas de Vens (- Passo di Vens). Sur terrain sec, le cheminement est aisé malgré la verticalité, mais il doit en être tout autrement par mauvais temps et en présence de névés. Par la suite, on enchaîne replats et ressauts où l'on rencontre les dernières fortifications italiennes de notre aventure jusqu'à atteindre les environs du Rifugio Talarico vers les 2000m d'altitude. A partir de là, le sentier perd de sa superbe puisqu'il se mue en piste carrossable puis asphaltée pour rejoindre les ruelles de Pontebernardo.
C'est finalement sous les orages, comme elle a commencé, que cette boucle se termine. En un peu plus de 4 jours de randonnée, ce circuit permet de découvrir deux massifs des Alpes du Sud, deux pays et une histoire que très peu de zones dans les Alpes françaises et frontalières peuvent égaler. Un avant-goût sauvage et minéral qui peut donner envie de découvrir les nombreuses autres itinérances de ces massifs : Gr52, Tour du Chambeyron, Tour de Sautron, La Frontière Fortifié ou le Tour de l'Ubaye. Tous permettant un magnifique trait d'union entre trek sauvage et cheminement dans un passé historique aujourd'hui révolu.
ITINÉRAIRE DU TREK :
- Départ/Arrivée : Parking de Pontebernardo - km 0
- Passerelle sur le Rio Conforenti - km 0,9
- Lieu-dit La Piéno - km 2,8
- Bergerie de la Montagnetta - km 5,9
- Alpages de Gias (Bivouac 1) - km 7
- Colle de la Montagnetta - km 9,1
- Lago Oserot - km 13,1
- Colle Oserot - km 15,4
- Passo la Croce (Bivacco Le Due Valli) - km 18,4
- Passo Peroni - km 19,2
- Lago Mediano di Roburent - km 20,8
- Lago Superiore di Roburent (Bivouac 2) - km 21,7
- Cime de Peyrassin - km 24,1
- Col de Roburent - km 25,3
- Lac de l'Orrenaye - km 26,5
- Col du Boeuf - km 28,9
- Lago delle Munie - km 29,9
- Col des Monges - km 31,2
- Col de la Gipière de l'Orrenaye - km 32,8
- Bergerie de l'Orrenaye - km 33,9
- Source des Pains Bouillis - km 35,4
- Col de Larche - km 36,7
- Pont Rouge - km 38,6
- Cabane du Tardieu - km 39,4
- Lac du Lauzanier - km 43,4
- Lacs des Hommes (Bivouac 3) - km 45,9
- Sentier cairné vers Pas de la Cavale - km 47,9
- Pas de la Cavale - km 48,8
- Lac d'Agnel - km 50,3
- Vallon de la Cabane - km 52
- Lacs de Morgon - km 53,2
- Pas de Morgon - km 55,4
- Col du Fer - km 56,7
- Collet de Tortisse - km 57,1
- Refuge de Vens - km 58,8
- Lac de Fourchas (Bivouac 4) - km 59,7
- Pas de Vens - km 61,1
- Cime Borgonio - km 61,5
- Rifugio Alfredo Talarico - km 67,6
- Vallone di Pontebernardo - km 69,8
- Vio de les Pinatelos - km 72,2
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