Réalisé du 19 au 24 mai 2026.
L’Emeraude des Alpes, c’est ainsi que Stendhal surnommait la Chartreuse, caractérisée par ses vastes et denses forêts couvrant près de 70% de sa surface. Le Massif de la Chartreuse fait partie de la trilogie des massifs encadrant l’agglomération grenobloise, sur sa partie Nord en ce qui le concerne. Il en est également le plus proche puisque son extrémité Sud s’immisce directement dans les entrailles de la métropole alpine et marque un trait d’union entre la cité et le massif préalpin.
A l’instar du Massif du Vercors, la Chartreuse appartient aux Préalpes dont elle constitue son voisin au Nord-Est. Elle s’en distingue cependant avec une géomorphologie atypique où les différents sommets du massif se distinguent particulièrement bien les uns par rapport aux autres, séparés bien entendu par de grands espaces forestiers mais également de larges cols et vallées. Culminant modestement à 2082m sur le sommet de Chamechaude, le massif est partagé entre les départements de l’Isère et de la Savoie. Le Massif de la Chartreuse, bien qu’appartenant aux Préalpes, est un massif isolé, les larges et profondes vallées de l’Isère, du Grésivaudan et de la Combe de Savoie insularisant ce massif par rapport au reste des Alpes, au point que l’extrémité Sud de la chaîne jurassienne, s’étirant Roche Brune jusqu’à la Chaîne de l’Epine, constitue les montagnes les plus proches de la Chartreuse.
Ce relief a permis l’établissement de petits villages et de petites stations familiales au coeur du Massif de la Chartreuse, de sorte que malgré une différence de taille significative (plus de 2000km2 pour le Parc du Vercors contre 760 pour le Parc de la Chartreuse), les deux parcs naturels régionaux disposent d’une population globalement similaire : plus de 60 000 habitants pour le Vercors, plus de 50 000 habitants pour la Chartreuse. Ce peuplement a été assez précoce dans le Massif de la Chartreuse notamment du fait de l’implantation vers le XIème siècle de centres religieux qui forgeront l’histoire et la renommée du Massif de la Chartreuse, encore aujourd’hui. A côté de cela, l'expansion des petits bourgs a, depuis quelques décennies, évolué surtout avec le débordement démographique des grandes agglomérations limitrophes et le développement des activités de montagne, même si la relative faible altitude et le réchauffement climatique n'ont pas permis une croissance des infrastructures liées au ski. On en veut pour preuve le démantèlement progressif de la principale station de ski du massif depuis 2019 : Saint-Pierre de Chartreuse.
Malgré l'installation de l'Ordre des Chartreux au Moyen-Age, le toponyme ’’Chartreuse’’ semble antérieur à l'érection des premiers couvents. En effet, ce nom proviendrait du franco-provençal ’’Calma Trossa’’ signifiant une prairie labourée en référence aux quelques alpages de fond de vallée ou ceux étendus près des cimes qui caractérisent ce massif alpin. Ce toponyme étant déjà utilisé, à cette époque, dans certains noms de bourgades ou de lieux dans le Massif de la Chartreuse. Avec l’installation au XIème siècle de Saint-Bruno et la fondation de son premier monastère, ce toponyme sera latinisé en ’’Cartusia’’. Ce qui donnera le nom ’’Cartusien’’ : l’ordre religieux des Chartreux. Pour ce qui est de l’apparition du mot ’’Chartreuse’’, il faudra attendre une carte de 1525 puis le travail du géographe Raoul Blanchard dans les années 1920 pour établir définitivement ce nom afin de désigner le massif avec l’utilisation de deux intitulés : le Massif de la Chartreuse et le Massif de la Grande Chartreuse.
Autre particularité qui rapproche le Vercors et la Chartreuse: le dédoublement du Parc Naturel Régional en deux espaces de protection : le PNR et la Réserve Naturelle Nationale. Le Parc Naturel Régional de Chartreuse est créé en 1995 puis deux ans plus tard, en 1997, c’est au tour de la Réserve Naturelle des Hauts de Chartreuse de voir le jour. Cette dernière s’étend des pentes Sud de la Dent de Crolles aux pentes Nord du Mont Granier sur un peu plus de 20km. Composé de hauts plateaux, de falaises, de vallons encaissés et de forêts, cette aire de protection n’est pas habitée de façon permanente avec seulement quelques cabanes et bergeries parsemées sur ses alpages.
La pression anthropique sur le Massif de la Chartreuse est donc considérable et la mission de protection des espaces du PNR comme de la Réserve sont primordiaux. Car bien que sa population s’établisse aux alentours des 50 000 habitants, le Massif de la Chartreuse est encadré par deux des plus grandes agglomérations des Alpes françaises : Grenoble et Chambéry avec près de 700 000 personnes vivant aux pieds de ses montagnes.
Cette proximité urbaine est un défi immense pour le Massif de la Chartreuse et conduit nécessairement à des conflits d’usage de plus en plus forts au fil des années faisant de ce petit massif préalpin, un terrain de conflictualité sur divers sujets : propriété privée, croix sommitales, chasse, pastoralisme, sur-tourisme. Les exemples ces dernières années ne manquent pas et seront étudiés un à un au fil de cet article. Le seul élément mettant tout le monde d’accord étant la liqueur de Chartreuse, élixir de renom et façonné depuis des siècles dans le massif.
Loin de tous ces débats, on s’intéresse aux 1500km de sentiers balisés qui quadrillent le Massif de la Chartreuse. Encore une fois, comme le Vercors, un itinéraire de traversée constitue une des randonnées itinérantes les plus connues du massif. Cet itinéraire, reliant Grenoble à Chambéry via notamment la partie Est du Massif de la Chartreuse et le Gr9 pourra former une base de construction d’une itinérance dans le massif.
Revenons deux secondes sur le tracé du Gr9. Pendant une traversée de Chartreuse, il n'est pas rare de croiser d'anciens balisages du fait des modifications récentes que le Gr a subi. La modification du Gr9 en Chartreuse, hasard du calendrier, a coïncidé avec les événements relatifs aux débats sur les zones privées des Hauts de Chartreuse, augmentant ainsi le sentiment de privation de liberté du randonneur sur la Réserve. Pour le Parc comme pour la Fédération Française de Randonnée, il n’en est rien. La modification du Gr9 suit un mouvement plus global au niveau national de requalification de certaines itinérances.
Le Gr9, créé en 1977, relie le Jura à la Méditerranée via notamment les massifs préalpins (Chartreuse, Vercors, Diois, Baronnies et Luberon) sur quasiment 1000km. Les modifications du Gr9 vise à le rendre plus accessible et plus lisible pour les randonneurs car d’après la FFR, ce Gr aurait un fort potentiel de développement et pourrait servir d’alternative au Gr5 - la Grande Traversée des Alpes, de plus en plus saturé.
Ainsi la restructuration du Gr9 dans le Massif de la Chartreuse suit plusieurs facteurs :
- Une homogénéisation des étapes au niveau de l’ensemble du Gr.
- Un réseau d’hébergements et d’accès en transport en commun plus développé et accessible.
- Avoir des étapes plus courtes et moins techniques.
- Ne pas augmenter la fréquentation de la Réserve des Hauts de Chartreuse si le Gr9 venait à se populariser.
La modification du Gr9 a donc principalement une visée touristique pour desservir les différents hameaux du massif, leurs hébergements et leurs services. D’où une exclusion plus ample de la réserve sur le nouveau tracé dont l’ancien s’effectuait en autonomie totale sur cette portion. Il est important de noter que le but d’un Gr au-delà de la découverte d’un patrimoine naturel a également pour mission de faire découvrir les richesses culturelles et architecturales d’un territoire. Même si on perd le côté sauvage sur certaines portions, les modifications du Gr9 sont pleinement justifiées suivant ces différents aspects.
Du reste, bien que le Gr soit modifié et dévié, la traversée de la Chartreuse par sa réserve et ses hauts plateaux sont toujours possibles avec des portions de Pr et de GrP prenant le relai, notamment sur la portion contestée du Vallon de Marcieu.
Ainsi, au départ de Grenoble, nous aurons à coeur de réaliser un circuit autour des principaux îlots montagneux de la Chartreuse sur une petite semaine. On se focalisera ainsi sur la partie Est de la Chartreuse dans un premier temps avant d’effectuer un retour vers la Capitale des Alpes plutôt via le versant Ouest du massif.
Comme pour le Vercors, les étapes seront prédéfinies à l’avance pour assurer nos besoins en eau car bien que la Chartreuse soit l’un des massifs les plus humides des Alpes, sa géologie karstique empêche toute stagnation de l’eau en surface, notamment sur ses points hauts. On étudiera donc avec attention les différentes sources qui peuvent se trouver sur notre trajet, un départ au printemps permettant de maximiser leur nombre avec la fonte nivale et les pluies printanières gonflant leur débit. Les cartes Top 25 IGN ainsi que le site https://www.refuges.info/ peuvent être mis à contribution pour connaitre la localisation de ces points de ravitaillement.
Jour 1 : De Grenoble au Habert de Pravouta.
L'étape en quelques chiffres : 25,4km / 2120m de D+ / 730m de D-
Bien que l'idée de partir de Grenoble même soit intéressante pour ce Tour de Chartreuse, l'objectif de la première étape sera bien entendu de relier la ville à la montagne, de partir de l'urbain vers le sauvage, troquant ainsi les klaxons des voitures contre les gazouillis des oiseaux. Et ce n'est pas une mince affaire car l'agglomération grenobloise tapisse l'entièreté du piémont Sud de la Chartreuse. C'est pourquoi cette première étape sera l'une des plus longue et difficile de notre périple avec une distance et une dénivellation positive importantes.
Le Fort de la Bastille, perché plus de 200m au-dessus de la ville de Grenoble est l’un des points touristiques majeurs de la métropole. Construit entre 1823 et 1848 par le Général Haxo, il a pour but de protéger la ville. Son positionnement est stratégique car il permet une vue d’ensemble sur les différentes vallées de l’Isère, du Drac et notamment du Grésivaudan car la frontière avec le Duché de Savoie, non français jusqu’en 1860, s’établissait quelques dizaines de kilomètres plus au Nord. Il permettait également une protection contre une potentielle invasion provenant du Massif de la Chartreuse, la montagne du Rachais et du Mont Jalla plongeant directement dans la ville et marquant une faiblesse en cas d’attaque. D’anciennes fortifications étaient déjà en place sur ce promontoire de la Bastille mais les défaites napoléoniennes au début du XIXème siècle ont conduit à repenser et moderniser la sécurisation de Grenoble.
Aujourd’hui, le Fort de la Bastille est relié par un téléphérique depuis le centre-ville de Grenoble, l’un des plus anciens téléphérique urbain au monde, mais également par un quadrillage de petits sentiers, d’escaliers et de passages insolites très prisés des Grenoblois.
Après le Fort de la Bastille et son belvédère, on monte vers le second promontoire situé sur l'extrémité Sud du Mont Jalla. On passe ainsi près du Mémorial national des Troupes de Montagnes avant de poursuivre sur le fil de la large crête forestière en direction du Mont Rachais. On prend soin de ne pas poursuivre le Gr9 qui ne prend pas la peine de se hisser sur le point haut de l'arête mais se contente de le contourner pour se diriger directement vers le Col de Vence.
Malgré une proximité immédiate avec la ville, la pente est déjà significative et il n'est pas rare de mettre un peu les mains entre les points 815 et 986. Quelques éclaircies dans la chênaie nous permettent non seulement d'avoir une vue plongeante sur Grenoble mais également sur les montagnes du coin et notamment le Néron qui élance sa fine arête rocheuse sur notre gauche.
Au Mont Rachais 1046m, le défrichement de la zone sommitale permet d'apercevoir de nombreux sommets de la partie Sud de la Chartreuse : Chamechaude, Dent de Crolles, Mont Saint-Eynard. Ce dernier est d'ailleurs notre prochain objectif pour poursuivre cette première journée. Il nous faut alors franchir le Col de Vence blotti entre le Mont Rachais et le Mont Saint-Eynard.
On poursuit donc vers le Nord en suivant le cheminement de la large crête du Mont Rachais. Au milieu de la forêt, de nombreuses clairières jalonnent le parcours avant de chuter de 300m vers le Col de Vence. La Pinéa s'immisce dans le paysage face à nous.
A noter qu'entre le Fort de la Bastille et le Col de Vence, il n'y a aucun point d'eau. Il faut donc bien anticiper la traversée du Mont Rachais sachant que sa proximité avec Grenoble et sa faible altitude peuvent amener à ce que la chaleur soit particulièrement étouffante en été.
Au Col de Vence 782m, on enchaîne directement avec l'ascension du Mont Saint-Eynard et la Croix de l'Izon dominant le fort. A partir de ce point, on aura effectuer les deux tiers de la dénivellation positive de l'étape. On en profite pour se poser quelques instants sur le belvédère de la Croix de l'Izon, qui domine à la fois la métropole grenobloise mais également le Sud de la Chartreuse et notamment la commune du Sappey en Chartreuse.
Le Fort du Saint-Eynard fait également partie du réseau de fortifications permettant de protéger Grenoble et sa région, appelée la Ceinture Fortifiée de Grenoble Il est construit entre 1873 et 1879. A partir de la seconde moitié du XIXème, l'unification progressive de l'Italie et la défaite française face à la Prusse en 1870 conduit les régions frontalières françaises à se fortifier pour parer à une potentielle attaque provenant notamment des voisins transalpins. Ainsi, sur la même période, en plus du Fort du Saint-Eynard, le réseau se constituera des forts du Bourcet, des Quatre-Seigneurs, de Montavie, du Murier et de Comboire. L'objectif du Fort du Saint-Eynard est de prévenir de potentielles percées militaires provenant du Massif de la Chartreuse via le Col de Porte notamment. A pleine utilisation, ce sont plus de 470 militaires qui étaient postés entre ses murs.
Une fois le Fort du Saint-Eynard passé, la progression est beaucoup plus simple puisqu'on s'apprête à rester globalement à niveau sur un peu plus de 5km en arpentant le sentier des crêtes s'étalant du Saint-Eynard aux Grands Crêts. On reste ainsi sur une ligne de crêtes débonnaires avec d'un côté une dense forêt et de l'autre d'imposantes falaises plongeant sur le Grésivaudan.
Trois Pics de Belledonne, Grande Lance de Domène, Pic du Grand Doménon, Grande Lauzière.
Du Fort jusqu'au lieu-dit du Pré Plat, on suit le Gr9 avant que ce dernier ne finisse par poursuivre sa route vers le Sappey en Chartreuse, terminaison de sa première étape en Chartreuse. De notre coté, pas question de perdre de l'altitude, on continue sur le cheminement de la crête. Malheureusement, le sentier est largement moins bien entretenu une fois le Gr9 quitté. Légèrement paumatoire, entravé de nombreuses souches et troncs d'arbres, la progression est un peu plus lente malgré le fait que l'on reste encore à niveau, entre les 1300 et les 1400m d'altitude.
Ce n'est q'une fois passé le Pas de la Branche que l'on empruntera un sentier s'écartant de l'arête pour rejoindre une piste forestière en direction de l'Emeindras. La raison ? La présence du source légèrement en contrebas de la crête : la Source de Sire Mouton. Néanmoins, cette dernière s'est révélée tarie lors de notre passage.
Le paysage se dégage subitement lors de la traversée de l'immense alpage en dévers de l'Emeindras de Dessus. On est littéralement écrasé par la masse rocheuse de Chamechaude 2082m, le point culminant du massif. Au loin, le Charmant Som et le Grand Som complètent la droite du panorama.
Après l'Emeindras du Dessus, on profite d'un dernier point de vue sur le Bec Charvet puis on bascule à nouveau dans la forêt. On relie rapidement le Col de la Faïta avant de continuer en suivant le GrP Tour de Chartreuse. En effet, le Gr9 traversant le massif part quant à lui vers le Col de Porte et le Charmant Som depuis le Sappey en Chartreuse.
Au col, nous aurions pu poursuivre via la crête pour enjamber le Bec Charvet et chuter sur le Col du Coq mais la dénivellation étant déjà importante pour cette première journée, on se contentera de relier le Col de la Faïta et le Col du Coq en le contournant.
En s'approchant du Col du Coq, on pénètre dans un Espace Naturel Sensible. Ce territoire, distinct de la Réserve Naturelle commençant un peu plus au Nord, est créé en 2006 et englobe la totalité des alpages de Pravouta et des Ayes. La réglementation copie en grande partie celle de la Réserve des Hauts de Chartreuse avec une interdiction des chiens, une mise en exergue de l'équilibre entre pastoralisme et protection de la biodiversité et des restrictions concernant la pratique du bivouac, interdite sur l'ENS en période d'estive.
Même si l'on se situe en mai, nous n'avions pas prévu de bivouaquer sur l'alpage de Pravouta. Nous miroitons le Habert qui trône au milieu de l'alpage. Mais avant de s'y rendre, il faut bien prendre soin de remplir ses réserves d'eau à la source du Col du Coq, la source présente aux abords du Habert de Pravouta n'étant active qu'en période d'estive.
Trônant au milieu de son alpage, sous les cimes de Pravouta et du Roc d'Arguille, le Habert de Pravouta s'érige face à nous. De la route du Col du Coq, il faut gravir seulement 200m de dénivelés mais par chance aucune personne n'a investi les lieux et on profite de la salle principale pour nous seuls.
Ce habert ne date pas d'hier puisqu'il fut construit en 1698 sur ordre du Monastère de Grande Chartreuse qui met en place l'exploitation des différents alpages du massif à partir du Moyen-Age. La Révolution Française de 1789 marque la fin des possessions du Monastère de la Grande Chartreuse mais pas la fin de l'exploitation de l'alpage qui s'étalera jusqu'à 1960. Après les années 1960, le pastoralisme sera toujours actif sur l'alpage de Pravouta mais la fabrication du fromage, véritable utilité du habert en plus de celle de loger le berger pendant l'estive, ne sera pas reconduite.
En 2004, le département de l'Isère rachète le terrain et procède à la rénovation du habert qui fait office depuis de cabane non gardée pouvant accueillir une dizaine de couchages.
Habert de Pravouta face à Chamechaude 2082m, à La Pinéa 1771m et au Rocher de Chalves 1844m.
Jour 2 : Du Habert de Pravouta à la Cabane de l'Alpette.
L'étape en quelques chiffres : 22,8km / 1110m de D+ / 1220m de D-
La seconde étape nous fera traverser en quasi totalité la réserve des Hauts de Chartreuse. Il s'agira de l'étape la plus sauvage puisqu'on ne traversera aucun col routier ni aucun village. Les seules traces de civilisation seront constituées des croix sommitales et des bergeries présentes sur les sommets et les alpages.
Au petit matin, la nébulosité danse autour des cimes de Chartreuse et le calme bat son plein sur l'alpage de Pravouta. Quelques chamois paissent ici et là et le tétras roucoule dans les sapinières encadrant l'alpage. C'est dans cette ambiance bucolique que nous entamons notre montée vers la Dent de Crolles. Il nous faut dans un premier temps franchir le Col de Pravouta puis le Col des Ayes pour commencer la rude ascension en lacets via le Pas de l'Oeille.
Pour poursuivre vers la Réserve des Hauts de Chartreuse, nous n'avons d'autres choix que de grimper vers la Dent de Crolles, le sentier du Trou du Glaz, contournant la montagne par la face Ouest étant fermé depuis le 27 novembre 2025 et l'éboulement survenu sur ce versant de la Dent de Crolles. Pour le moment, le sentier du Trou du Glaz est fermée pour une durée indéterminé. Deux options s'offrent donc aux randonneurs souhaitant traverser la Chartreuse : soit une ascension complète de la Dent de Crolles par le Pas de l'Oeille, soit une descente vers le Hameau de Perquelin depuis le Col des Ayes. Encore une fois, pas question de trop descendre en vallée, on préfère profiter pleinement de la Réserve et de son caractère sauvage.
Eboulement de la Dent de Crolles depuis l'alpage du Habert du Plat (fin de l'étape 4 du Tour de Chartreuse).
En montant vers le Pas de l'Oeille : crêtes du Saint-Eynard, Bec Charvet, Chamechaude, La Pinéa, Rocher de Chalves, Rocher de Lorzier, Pravouta et Charmant Som.
Avec les pluies nocturnes et la fonte des derniers névés, le sentier d'ascension du Pas de l'Oeille est particulièrement glissant en ce début de matinée. Mais bien que le vide ne soit jamais bien loin et que les mains soient par moment utiles, le sentier est extrêmement bien tracé tout du long et nous permet de faire la rencontre de quelques chamois.
Au-delà du Pas de l'Oeille et de son célèbre éperon rocheux, on arrive sur la zone sommitale de la Dent de Crolles. L'ambiance printanière faiblit quelque peu avec une couche de neige encore vaste sur l'autre versant. Initialement, nous avions prévu de poursuivre la traversée au plus proche de la crête avec un cheminement reliant la Dent de Crolles au Col de Bellefont via le Rocher du Midi, la Cheminée du Paradis, le Pas de Rocheplane et le Piton de Bellefont. Mais la couche de neige étant encore bien présente, on décide d'emprunter un sentier un peu plus en contrebas afin d'éviter une progression lente et périlleuse dans une neige de printemps bien molle.
On quitte donc la Dent de Crolles 2062m, qui constituera d'ailleurs le point culminant de notre périple en Chartreuse pour rejoindre le sentier provenant du Trou du Glaz, aux alentours des 1800m d'altitude. De là, on traversera en balcons les différents cirques nous séparant des pentes du Col de Bellefont : le Cirque des Sources du Guiers et celui du Chaos de Bellefont.
Avec les Lances de Malissard et le Col de Bellefont en ligne de mire, on traverse les champs de lapiaz et les zones forestières. Encore une fois, le cheminement est particulièrement glissant avec des névés persistants et des lapiaz bien humides. Sans parler des nombreux troncs d'arbres et dépressions jonchant le sentier traversant le Chaos de Bellefont qui porte fort bien son nom.
Au bout du Chaos de Bellefont, on débouche sur l'alpage de la Cabane de Bellefont. C'est le début de la très esthétique montée en lacets du Col de Bellefont perché 300m au-dessus de nous.
Les deux versants du Col de Bellefont 1902m séparant au Nord le Vallon de Marcieu, du Cirque du Chaos de Bellefont au Sud. Mais également à l'Est le Dôme de Bellefont des Lances de Malissard présentes à l'Ouest. Du Col de Bellefont on distingue l'intégralité de la réserve entre le Mont Granier et la Dent de Crolles.
Bien que le versant Sud soit sec, le versant Nord du col est encore totalement enneigé. Cependant, la trace est déjà faite, il ne nous reste plus qu'à la suivre pour rejoindre le talweg du Vallon de Marcieu et l'alpage de l'Aulp du Seuil où une source doit s'établir.
Une fois sous le col, nous sommes dévisagés par les marmottes du coin, les autres propriétaires du Vallon de Marcieu.
Pourquoi les autres propriétaires me direz-vous ? Et bien parce que le Vallon de Marcieu a été le théâtre il y a quelques années d'un conflit juridique ayant secoué la région et ayant mis à mal le droit à la nature face au droit à la propriété.
En effet, le conflit du Vallon de Marcieu, au cœur de la Réserve naturelle nationale des Hauts de Chartreuse, a mis en lumière deux réalités jusqu'alors méconnues : en France, un espace protégé peut appartenir à un particulier et un espace protégé n'interdit pas forcément la chasse. Pendant des décennies, une "tolérance coutumière" permettait aux randonneurs de traverser librement les 750 hectares du domaine privé du marquis Bruno de Quinsonas-Oudinot. Cependant, l’explosion de la fréquentation alimentée par les réseaux sociaux (avec les très prisée Tour Isabelle et Passage de l'Aulp du Seuil) et la volonté du propriétaire d'y organiser des chasses commerciales privées, ont brisé ce statu quo. À l'été 2023, le marquis a décidé de fermer l'accès à ses terres en y installant de nombreux panneaux d'interdiction, déclenchant la colère de milliers de marcheurs et une manifestation massive pour réclamer une « Chartreuse libre ». Cette fermeture radicale a été rendue possible par un bouleversement législatif majeur survenu quelques mois plus tôt. Avant 2023, le Code pénal ne punissait pas le simple passage à pied sur un terrain naturel privé s'il n'était pas clôturé. Mais en février 2023, une loi nationale a créé l'article 226-4-3 du Code pénal, transformant l'intrusion sur une propriété privée rurale en une infraction passible d'une amende de 135 €, dès lors que des panneaux matérialisent l'interdiction.
Armé de ce nouveau texte, le propriétaire a pu légalement interdire l'accès à des sentiers et menacer les randonneurs de verbalisation, créant un affrontement direct entre le droit de propriété, jugé absolu par le Code civil, et la liberté d'accès à la nature.
Face à la crise médiatique et à la fronde des randonneurs, une solution de compromis a finalement été trouvée en juillet 2024 grâce à la signature d'une convention officielle entre le propriétaire et le Département de l'Isère. En utilisant les outils du Code du sport (le plan de randonnée départemental), les collectivités (le département et le PNR de Chartreuse) ont accepté de prendre à leur charge l'entretien du chemin et la responsabilité juridique en cas d'accident. En échange, le marquis a rouvert le passage, mais la liberté d'autrefois a laissé place à un accès sous haute surveillance : les promeneurs ont désormais l'obligation stricte de rester sur le sentier balisé sous peine d'amende. Ainsi les sentiers de l'Aulp du Seuil et du GrP du Tour de Chartreuse sont praticables mais une ascension du Grand Manti, de la Tour Isabelle et de son Arche ou encore les inscriptions romaines sous les Lances de Malissard Nord sont inaccessibles sous peine de se voir infliger une amende pour non respect de la propriété privée. En plus de cela, le bivouac est interdit toute l'année dans le Vallon de Marcieu.
Ce coup de projecteur sur les propriétés privées en montagne a permis de se rendre compte d'un nombre assez important de ces zones dans les Alpes françaises. Au niveau du Massif de la Chartreuse, 65% des forêts appartiennent à des domaines privés. Cela grimpe à 75% au niveau national. En dehors de la Chartreuse on peut citer la Grande Vaudaine dans le Massif de Belledonne ou encore la Montagne d'Angèle dans les Baronnies qui font partie de domaines privés et dont l'accès y est défendu.
On se cale quand même quelques instants près des Chalets de l'Aulp du Seuil et de leur généreuse source. On y contemple l'enroulement nuageux au-dessus du Col de Bellefont et les vastes tapis de crocus remplaçant peu à peu les névés.
Pour la suite, on poursuit notre progression vers le Nord. On quitte l'alpage du Vallon de Marcieu pour nous rendre sur l'Alpette des Dames en traversant la forêt de l'Aulp du Seuil. On chute ainsi jusqu'à passer en deçà des 1500m d'altitude avant de longer le bas de la langue alpestre de l'Alpette des Dames pour retrouver le sous-bois en direction du Vallon de Pratcel.
Une nouvelle fois, le GrP chute en vallée au niveau de l'Alpette des Dames. De notre côté on poursuit globalement à niveau pour rejoindre le Vallon de Pratcel. Ce vallon nous permettra de prendre de l'altitude en franchissant le Pas de l'Echelle et en débouchant sur le Vallon de l'Alpe.
Il est intéressant de noter que lors de notre traversée en amont du Cirque de Saint-Même, on traversera à deux reprises la frontière entre les départements de l'Isère et de la Savoie. Ces frontières sont encore particulièrement bien matérialisées sur le terrain avec une multitude de bornes frontières à l'instar de celle du Pas de l'Echelle ci-contre marquant la frontière historique entre le Royaume de France et le Duché de Savoie.
Ces bornes ont été installées en 1761 à la suite de la signature du Traité de Turin entre le Roi de France Louis XV et le Roi de Sardaigne (royaume d'appartenance de la Savoie). A la suite de la Révolution Française, la Savoie est annexée de force par les troupes révolutionnaires en 1792 et restera française pendant près de 23 ans, rendant par la même occasion le bornage totalement obsolète. Ce n'est qu'à la chute de Napoléon Ier et la signature du Traité de Paris, que la Savoie repart sous le giron du Royaume de Sardaigne. De ce fait, le bornage sera renouvelé entre 1822 et 1823 et c'est celui que nous observons de nos jours.
Aujourd'hui, les bornes ne sont plus que la relique d'un passé révolu entre la France et la Savoie, même si elles restent encore sur la limite administrative des départements. Elles restent particulièrement bien visibles entre le Chalet et la Croix de l'Alpe ainsi que sur l'Alpette des Dames.
Sur l'Alpe, la terminaison de notre seconde étape s'approche au fur et à mesure que le Mont Granier se gonfle face à nous. On traverse à nouveau des prairies couvertes de crocus blancs et violets puis il ne nous reste plus qu'à franchir un dernier bras forestier pour déboucher sur l'Alpette et sa cabane.
Blottie dans sa dépression verdoyante, la Cabane de l'Alpette est l'une des plus grandes cabanes non gardées de la Réserve des Hauts de Chartreuse. Equipée d'une grande et petite table, d'un poêle et d'une mezzanine, elle peut accueillir une bonne vingtaine de randonneurs. Une source est d'ailleurs présente une centaine de mètres un peu plus au Nord de l'emplacement de la cabane. Bref, un petit havre de paix qui invite à la flânerie en attendant le coucher du soleil.
Dernières lueurs sur le Sommet Nord du Mont Granier 1934m, aussi appelé Tête de Lion.
Jour 3 : De la Cabane de l'Alpette au Mont Outheran.
L'étape en quelques chiffres : 20,2km / 1400m de D+ / 1270m de D-
C'est une journée de transition qui nous attend en cette troisième étape puisqu'elle nous permettra de basculer du versant Est au versant Ouest de la Chartreuse. Elle marquera la fin de la traversée de la Réserve mais également une progression un peu différente à travers le massif car nous quitterons les hauts plateaux pour une succession d'ascensions et de descensions afin de relier les différents groupes montagneux composant la Chartreuse. Mais avant cela, nous nous attèlerons à enjamber le Mont Granier de part en part, porte de sortie royale vers l'Ouest du massif.
On quitte la Cabane de l'Alpette avec le Sommet du Pinet dans notre dos pour débuter une traversée partielle de l'Alpette en direction du Pas des Barres.
Comme à leur habitude, entre la fonte des neiges et l'arrivée de la transhumance, les bouquetins peuplent en nombre l'Alpette.
Bien qu'ils n'aient pas tous la même taille de corne, la harde du jour est constituée uniquement de mâles, à l'exception d'une étagne et de ses petits que nous croiserons en montant vers le Pas des Barres (photo de droite). En effet, bien qu'ils s'agissent d'animaux grégaires, le bouquetin se regroupe par saison. Au printemps et en été, les mâles se regroupent alors que les étagnes et les petits (qui naitront courant juin) constituent un autre troupeau. Ce n'est qu'à l'automne, au moment du rut et de l'accouplement que mâles et femelles se rejoignent. De nature peu farouche, on le constate encore aujourd'hui où la plupart des spécimens sont plus intéressés à paitre face au Mont Blanc plutôt qu'à faire attention à notre passage.
Voir autant de bouquetins n'est pas quelques chose d'anodin. Et notamment en Chartreuse car l'espèce n'a été réintroduite qu'en 2010 et ce après une disparition dès le XVIème siècle dans le massif. Son flegme n'a pas aidé cette espèce à faire face à la chasse, le bouquetin étant braconné principalement pour sa viande mais également pour ses cornes qui offraient de beaux trophées et même, une fois réduite en poudre, permettrait de lutter contre l'impuissance.
La chasse intensive a conduit au recul progressif de l'espèce jusqu'à sa quasi extermination des Alpes françaises où seuls quelques spécimens subsistaient dans le Massif de la Vanoise à la fin du XIXème siècle, notamment du fait de la proximité avec les Alpes italiennes et le Massif du Grand Paradis qui comptait une plus grande population de bouquetins. Dans le massif italien, la prise en considération de la possibilité d'extermination de l'espèce est effective dès 1856 où la réserve royale protège le bouquetin avant que la création du Parc National du Grand Paradis ne prenne le relai dès 1922. A noter que c'est en 1821 que les autorités italiennes mettent fin à la chasse au bouquetin. En France, il faut attendre 1981 pour que l'espèce soit protégée à l'échelle nationale. A partir de là, une succession de programme de réintroduction a lieu dans plusieurs zones des Alpes françaises permettant aujourd'hui d'atteindre environ 50 000 spécimens à travers les différents massifs.
En Chartreuse, une trentaine de bouquetins sont réintroduits entre 2010 et 2011, la moitié provenant du Massif de Belledonne et l'autre du Massif de la Vanoise. Ce programme a été une véritable réussite puisqu'aujourd'hui on estime la population de bouquetins en Chartreuse entre 120 et 170 individus. Et ce programme était d'autant plus nécessaire que la recolonisation naturelle de la Chartreuse par le bouquetin était impossible au vu de l'insularité du massif par rapport aux autres. Les profondes vallées encadrant le massif (Grésivaudan, Isère, cuvette grenobloise) empêchaient des transitions naturelles avec Belledonne ou le Vercors par exemple.
Bien que pleinement installé dans le Massif de la Chartreuse, l'espèce se regroupe quasi intégralement et uniquement sur les Hauts de Chartreuse. Quelques observations ont été faites sur les crêtes du Saint-Eynard ou vers Pravouta mais encore aucun spécimen n'a été observé sur Chamechaude, le Grand Som, le Charmant Som ou sur le chainon des Rochers de Chalves à la Grande Sure. Les territoires de conquêtes sont encore vastes pour le bouquetin de Chartreuse mais il ne fait qu'appliquer son mantra : Doucement mais surement !
Ce sera doucement mais surement également pour nous lors de l'ascension du Pas des Barres où chaînes et échelles métalliques permettent de nous hisser sur le haut du Mont Granier. Le vide est omniprésent mais les équipements sont en nombre et les passages scabreux facilement franchissables, du moins à la montée.
Après 400m d'ascension, on atteint la vaste zone sommitale du Granier s'étalant entre son sommet Nord, fragilisé par une falaise instable, et le sommet Sud maintenant plus haut d'un mètre.
On ne prendra cependant pas la peine de relier les différentes zones sommitales du Mont Granier. On traversera cette montagne entre le Pas des Barres sur son versant Est et les vires reliant la Balme à Colon sur son versant Ouest. Cela ne nous empêchera pas d'avoir une magnifique vue sur la Combe de Savoie, les Bauges et le Mont Blanc.
La descente sur l'autre versant du Mont Granier sera presque aussi radicale que l'ascension. Après des vires où reposent encore quelques névés, on plonge dans un goulet d'étranglement nous permettant d'attendre les vires basses de la montagne. Face à nous, le Grand Som, le Mont Outheran, le Mont du Chat, le Lac du Bourget.
Au bout d'une vire, on atteint une cavité dont le sentier passe à travers deux de ses entrées. Il s'agit de la Balme à Colon et ce n'est pas une simple grotte puisque durant des fouilles, on y aurait découvert l'un des plus grands gisements d'ossements d'ours des cavernes. On y aurait dénombré les restes d'environs 1000 spécimens morts pendant leur hibernation entre 24 000 et 45 000 ans. On ne parle pas ici des espèces d'ours qui peuplaient les Alpes françaises jusqu'au début du XXème siècle mais bien d'animaux préhistoriques.
Après la grotte, le sentier retourne en forêt et plonge sensiblement vers la vallée. De toute façon nous n'avons d'autres choix que de descendre vers les petits hameaux comblant le bas du Granier pour rejoindre l'autre versant de la Chartreuse. Ainsi, on reliera les hameaux de Vers le Mont, Tencovaz et La Coche. Au niveau de ce dernier hameau, on stoppera notre descension pour partir à la recherche des crêtes surplombant la Vallée des Entremonts, évitant ainsi de poursuivre à basse altitude comme peut le faire le GrP Tour de Chartreuse.
En s'élevant de 500m, on s'érige sur les crêtes du Mont Joigny 1556m. A partir de là, on restera sur la crête pendant quelques kilomètres, ce qui nous permettra de relier les environs du Mont Outheran. Passé la Pointe de la Gorgeat, on franchira notre point le plus septentrional de notre Tour de Chartreuse. D'ailleurs, lors d'une traversée classique du Massif de la Chartreuse, ces montagnes sont les dernières avant un plongeon vers l'agglomération chambérienne.
La cadre paisible dans lequel s'inscrit la croix sommitale du Mont Joigny contraste avec les évènements qui se sont déroulés à la fin du XXème et au début du XXIème siècle. En effet, plusieurs sommets de Chartreuse ont vu leur croix détériorée, vandalisée voire détruite dans un mouvement alliant simplicité d'esprit et anti-cléricalisme. Ainsi, les croix du Sommet du Pinet, du Grand Som, du Petit Som, de la Grande Sure et de la Dent de Crolles ont été abattues en 2000 dans une série d'acte de vandalisme. Et même si ces dernières ont été remise d'aplomb ou reconstruite, il n'est pas rare de voir ici et là, en Chartreuse ou ailleurs des phénomènes similaires et épisodiques. On pourrait citer l'exemple du Pic Saint-Michel dans le Vercors ou du point culminant des Pyrénées, l'Aneto en Espagne. Pour bien comprendre ce phénomène, de l'érection des croix à leur contestation, somme toute relative puisque la majorité des randonneurs les voient davantage comme des points de repères ou appartenant au patrimoine historique de la région, une lecture approfondie de ce mémoire de Fabienne Jouty peut éclaircir quelques points en y apportant contextualisation, explication et nuances :
Loin d'être totalement forestier, l'enchaînement d'arêtes permet divers belvédères sur la Vallée des Entremonts, le Mont Outheran et la Combe de Savoie. Lorsque l'on arpente le sous-bois, l'ambiance est embaumée par des tapis d'ail des ours.
On quittera le fil de la crête au niveau du Col des Fontanettes (ou Passage de la Cochette). Ce col nous permet de descendre sur le Vallon des Fontanettes qu'il sera primordial de traverser puisqu'ici coule la dernière source de l'étape, juste avant l'ascension du Mont Outheran. D'autant que nous avons prévu de placer notre bivouac à sa cime.
Le Mont Outheran et le Vallon des Fontanettes depuis le point 1412.
L'ascension du Mont Outheran débute un peu plus au Nord du Col du Mollard. On grimpe sensiblement de 1300m à 1600m et plus précisément jusqu'au Chalet de l'Outheran. Une cabane non gardée assez rustique pouvant accueillir jusqu'à 4 couchages et cachée dans le sous bois. Bémol : aucune source dans les parages.
A partir de cet abri, la progression s'aplanit et on traverse jusqu'à sa cime, à son extrémité Sud, le Mont Outheran en sillonnant un plateau presque intégralement forestier et jalonné de quelques clairières.
Le sentier est d'ailleurs assez paumatoire sur le plateau sommital. Les lapiaz, les chutes d'arbres et l'ancienneté du balisage rendant hésitante la divagation jusqu'au sommet. Une modernisation du balisage ne serait pas de refus.
Reste que randonner sur cette montagne un peu à l'écart des classiques du Massif de la Chartreuse revêt un peu un caractère mystique, particulièrement sauvage et quelque peu enchanteur.
Le Mont Outheran n'a rien a envier aux grands sommets chartrousins. Assez excentré par rapport à ses homologues, en périphérie du massif, son panorama s'étale du Mont Blanc au Massif du Taillefer en passant par les Bauges, la Tournette, le Beaufortain, la Lauzière, Belledonne, le Sud du Jura et le Nord Isère.
Malgré l'absence de source, la zone sommitale est particulièrement propice à l'établissement d'un bivouac avec de larges zones alpestres planes encadrant le promontoire de la croix.
Bauges, Tournette, Massif du Mont Blanc et Mont Joigny
Jour 4 : Du Mont Outheran au Habert du Plat.
L'étape en quelques chiffres : 21,3km / 1400m de D+ / 1300m de D-
Journée un peu similaire à celle de la veille avec un plongeon vers la vallée avant une sensible remontée sur les pentes du Grand Som. Reste à savoir quelle combe nous comptons emprunter pour rejoindre ce groupe montagneux situé au centre du Massif de la Chartreuse.
Au lever du soleil, les rayons frappent un à un des cimes de la Chartreuse : Grand Som, Petit Som, Charmant Som, Rocher de Chalves, Rocher de Lorzier et Grande Sure. On devine même quelques sommets du Vercors notamment le Grand Veymont, la Grande Moucherolle et le Moucherotte.
Depuis le Mont Outheran 1676m, la calme du lever de soleil sera vite oublié lors de notre descension avec le passage du vertigineux Pas du Cuert. C'est un cheminement sur l'extrémité Sud de la montagne qui zigzague dans la face grâce à de petites vires et qui franchit quelques barres rocheuses où l'usage des mains est indispensable. A la descente, il faut prendre le temps de bien maitriser chacun de ses pas.
A la fin des hostilités, on rejoint plus paisiblement le Col du Grapillon situé entre le Mont Outheran et la Pointe de la Cochette puis on poursuit vers le Hameau des Bruyères. De là, notre objectif est de descendre jusqu'à Saint-Pierre d'Entremont afin de se ravitailler en nourriture. Nous aurions pu utiliser la voie haute via la Pointe de la Cochette, le Roc de Gleisin et la Roche Veyran mais nous sommes pressés par le temps, les boutiques fermant à la mi-journée.
On emprunte donc un sentier globalement en sous-bois traversant successivement le Col de la Cluse, le Col du Cucheron, le Platon, la Fracette avant d'atterrir sur les rives du Guiers Vif au niveau de Saint-Pierre d'Entremont.
Saint-Pierre d'Entremont, blottie à 650m dans la vallée est un village tout à fait atypique. Ou plutôt devrait-on dire des villages. Car Il s'agit bien de deux communes portant le même nom. Il y a Saint Pierre d'Entremont côté Savoie et Saint Pierre d'Entremont côté Isère. Et cette bizarrerie administrative ne date pas d'hier. La Vallée des Entremonts s'est toujours retrouvée au carrefour des influences et des rivalités entre le Duché de Savoie d'un côté, et le Dauphiné puis le Royaume de France de l'autre. Le château de Montbel, que l'on croisera un peu plus tard dans la journée, permettait d'ailleurs une surveillance de la vallée sur le versant dauphinois puis français.
Le Traité de Paris de 1355 met fin à des années de bisbilles et de conflits entre les deux pays. Le Guiers Vif est choisi pour matérialiser la frontière et cela a conduit à la division en deux parties distinctes du village de Saint-Pierre d'Entremont. Même après l'annexion de la Savoie en 1860, cette division est restée effective au point qu'aujourd'hui encore il y a deux mairies, deux églises, deux codes postaux.
Les ruines du Château de Montbel face à la Pointe de la Cochette et à la Roche Veyrand.
Pour la montée vers les pentes du Grand Som, nous avons plusieurs choix d'ascension en fonction des combes d'accès :
- La plus directe via la Combe des Eparres qui nous fait grimper directement du hameau du Château jusqu'au Col de Bovinant.
- La plus longue en suivante le Gr9-GrP Tour de Chartreuse passant par le Pas Dinay puis la Ruchère, le Col éponyme puis soit l'ascension du Petit Som soit les balcons par le Pas du Loup.
- La plus méconnue par la Combe de Léchaud nous faisant quitter le Gr après le passage du Pas Dinay et arpentant une combe sauvage jusqu'au Col de Léchaud.
On choisira la dernière option afin de découvrir ce mystérieux sentier à cheval entre les deux itinéraires principaux. Les topos le décrivant comme agréable à la montée et particulièrement sauvage malgré un progression en quasi totalité en sous-bois.
La Ruchère depuis le belvédère du Pas Dinay. Notre itinéraire suivra le pied de la paroi sur la gauche de la photo avant de s'immiscer dans une combe suspendue, invisible depuis notre position.
On quitte le Gr quelques centaines de mètres après le Pas Dinay et une légère descente vers La Ruchère. Il faut bien zyeuter la carte et le terrain pour repérer un petit cairn marquant le début de la sente. A partir de là, on enchaîne un cheminement en lacets plutôt bien cairné sur sa première partie. Puis, au moment de poursuivre en traversée ascendante, les cairns se font de moins en moins présents et le sentier de plus en plus furtif. Seuls quelques animaux, à l'instar de ce chevreuil solitaire, semblent emprunter cet itinéraire. Probablement malmené par les chutes d'arbres, les petits éboulis, la période hivernale et le faible passage ne permettant pas une pérennisation de la trace, le sentier est assez compliqué à deviner. Reste que le terrain n'est pas forcément très accidenté et avoir une trace GPX nous permet d'atteindre la combe ainsi qu'une ancienne piste forestière nous faisant rejoindre le sentier du Petit Som et sa source.
Au Col de Léchaud 1704m, la vue se dégage au Nord comme au Sud. Notamment sur le Grand Som 2026m et la Dent de l'Ours 1820m. D'autres cimes du massif sont également de la partie comme le Mont Granier, le Sommet du Pinet, le Charmant Som et le Rocher de Chalves.
Depuis le col, on file directement vers le Habert de Bovinant. On ne gravira pas le Grand Som mais on contournera ses parois Ouest via le sangle de Mauvernay franchissant le col éponyme jusqu'aux pentes du Pas de la Suiffière. La progression est peu connue, assez sauvage et les chamois nous côtoient généralement sur cet itinéraire.
La montée vers le Col de Mauvernay 1774m est progressive et la présence de névés ne ralentit pas tant que ça notre ascension. On espère seulement que sur l'autre versant, les névés soient absents parce que la pente sera beaucoup plus prononcée malgré un cheminement en balcon.
La face Ouest du Grand Som est quasiment dépourvue de traces de neige. On serpente donc tranquillement sur le petit sentier franchissant le Cirque du Rialet et les pierriers sous l'Arête de la Suiffière. Ce cheminement est particulièrement sensible au risque d'avalanche, il est donc important de le franchir sur terrain sec ou du moins sur terrain stable. D'autant que les quelques chamois du coin n'auront aucun remord à vous envoyer quelques caillasses lors de leur passage en amont.
Pas de la Suiffière, Pravouta, Taillefer, Bec Charvet, Saint-Hugues de Chartreuse, Emeindras du Dessus, Chamechaude, Ecoutoux.
De retour sur la voie normale du Grand Som, on file se protéger de la chaleur dans le sous-bois au niveau du Col du Frenay. De là, on descendra en direction de Saint-Pierre de Chartreuse jusqu'à stopper notre descension vers les 1200m d'altitude. Vers cette altitude, on s'écarte légèrement du sentier principal pour rejoindre une clairière en dévers dominée par une cabane : le Habert du Plat. Cette cabane, rustique mais authentique, constituera notre halte pour cette avant dernière nuit. Son isolation laisse à désirer et l'intérieur est un peu restreint mais une source coule non loin d'elle dans la forêt et la vue sur Chamechaude et la Dent de Crolles est tout à fait remarquable malgré notre faible altitude.
Gare toutefois aux guêpes qui nidifient sous la toiture et peuvent contrarier une nuit à l'étage.
Jour 5 : Du Habert du Plat au Chalet des Bannettes.
L'étape en quelques chiffres : 23,5km / 1610m de D+ / 1190 de D-
Le cinquième jour, on s'attaque à l'un des sommets les plus courus du massif : le Charmant Som 1867m. On essayera toutefois, sans échapper à la foule sommitale, d'éviter au maximum d'emprunter les sentiers classiques de cette montagne, notamment sur sa face Sud. On arpentera ainsi cette cime sur ses pentes les plus sauvages : le versant oriental avec ses dalles et le versant Nord et Ouest avec ses pentes plus abrupts et ses alpages peu courus.
Départ matinal face à Chamechaude, le Col de Porte, La Pinéa et une partie de la barrière orientale du Vercors, depuis le Habert du Plat.
Du Habert du Plat, on descend en vallée pour basculer sur les versants du Charmant Som. On traverse le Guiers Mort au niveau du Pont du Grand Logis puis on file vers les petits hameaux du Grand Logis, de Baffert et de Pierre Mesure pour reprendre le Gr9-GrP Tour de Chartreuse. Une fontaine, celle de Frettevieille, se trouve d'ailleurs sur le trajet ce qui nous permet de grimper plus sereinement sur les pentes du Charmant Som d'autant que nous finiront par sortir du sous-bois vers 1500m d'altitude.
Quelques mètres après le Collet, on sort de la forêt pour arriver sur les pentes Est du Charmant Som. On monte en traversée légèrement ascendante sur ce qu'on appelle les dalles du Charmant Som, ces lapiaz et ces rochers étant un lieu très prisé des grimpeurs.
De notre coté on relie le collet jusqu'à la voie normale du Charmant Som via son arête Sud. On bénéficie d'une magnifique vue sur Chamechaude et le Col de Porte.
On grimpe jusqu'à la croix sommitale du Charmant Som. On retrouve par la même occasion la foule du samedi qui vient s'agglutiner sur les pentes Sud de la montagne grâce (ou à cause) de la réouverture de la route reliant les Chalets du Charmant Som au Col de Porte. On profite tout de même de quelques instants calmes au sommet avant d'entreprendre la descente vers le prochain intermédiaire de notre journée : le Col de la Charmette.
Du sommet du Charmant Som, on a une magnifique vue sur le Grand Som et le Monastère de la Grande Chartreuse. L'occasion ici de revenir sur l'histoire des Chartreux.
Si pour le Vercors, c'est notamment la Seconde Guerre mondiale, l'héroïque résistance et le maquis qui ont forgé la renommée du massif, c'est plutôt le fait religieux qui a construit la mémoire de la Chartreuse.
Fondé en 1084 par Saint Bruno, le monastère de la Grande Chartreuse s’enracine au pied du Grand Som, dans un isolement volontaire propice à la contemplation. Guidé par le désir d'une vie érémitique rigoureuse, on y fonde l'Ordre des Chartreux, une communauté de moines blancs qui conjuguent la solitude de l'ermitage et la communion de la vie fraternelle. Initialement, le monastère avait été pensé et construit un peu plus haut que l'actuel, aux alentours des 1200m d'altitude. On y. trouve les reliques de ce dernier avec la Chapelle St-Bruno et Notre-Dame de Casalibus. Car en janvier 1132, une avalanche détruit les premiers bâtiments ce qui conduit à replacer l'ensemble plus bas en vallée, aux alentours des 1000m.
Le rôle et la tradition des Chartreux reposent sur un équilibre immuable entre le silence, la prière et le travail manuel, résumé par leur devise : « Stat crux dum volvitur orbis » (Le monde tourne, la Croix demeure). On trouve d'ailleurs certains de ces symboles à divers endroits dans le Massif de la Chartreuse, notamment sur les anciennes limites de leur domaine comme on peut le voir ci-contre sur la photo. Les moines vivent une grande partie de la journée isolés dans leurs cellules, mais il n'est pas rare de les croiser dans les alentours lors d'une randonnée. C'est pourquoi une signalétique a été mis en place autour du monastère pour que le public respecte le calme et le silence des lieux.
Mais qui dit ermitage, dit qu'il faut pouvoir être autonome. Et donc pour subsister, la communauté a toujours développé des activités concrètes. Historiquement maîtres de la métallurgie et de l'exploitation forestière dans la région, c'est au XVIIIème siècle que leur activité prend un tournant décisif avec la mise au point en 1764 de la recette finale de l'Elixir Végétal, aujourd'hui la Liqueur de Chartreuse.
La vie des Chartreux n'a pas été de tout repos notamment à cause des sursauts historiques et des guerres. Chassés par la Révolution française en 1792, les moines ne réintègrent leur monastère qu'en 1816. Plus tard, en 1903, les lois anticléricales les contraignent à un nouvel exil en Italie, d'où ils protègent le secret de leur distillation, avant de pouvoir revenir définitivement en 1940. Aujourd'hui, la Grande Chartreuse demeure la maison-mère d'un ordre mondial, préservée des regards indiscrets puisque le monastère ne se visite pas. La production de la fameuse liqueur ne s'effectue d'ailleurs pas entre ces murs puisqu'elle a été délocalisée à Entre-Deux-Guiers.
L'autre trésor des Chartreux, outre leur délicieuse liqueur, fut leur domaine forestier. Le Massif de la Chartreuse est réputé pour ses forêts denses et humides qui recouvrent 70% de sa superficie. Avec sa position très à l'Ouest par rapport au reste des Alpes, la Chartreuse est le premier massif à recevoir les perturbations de flux d'Ouest. Ce climat en fait l'un des massifs les plus humides des Alpes. Ajouté à cela des hivers rigoureux sur une courte période, c'est le combo parfait pour permettre aux forêts de s'épanouir et de se développer. Le domaine des Chartreux bénéficiait donc de vastes espaces forestiers s'étendant tout autour du monastère mais également au-delà. Ainsi les forêts des pentes du Rocher de Chalves, du Rocher du Lorzier, de la Grande Sure, du Charmant Som, du Grand Som, du Rocher d'Arpison, de la Scia, du Cirque du Chaos de Bellefont et du versant Ouest des Lances de Malissard constituait le domaine forestier des Chartreux.
Encore une fois, la Révolution Française subtilise le domaine des Chartreux et une grande majorité de cet espace devient une forêt domaniale. Aujourd'hui, il s'agit de la plus grande forêt domaniale de France et depuis 2015, cette dernière est labellisée Forêt d'Exception.
Depuis la crête de Chamechine, non seulement nous sommes seuls au monde mais en plus nous avons une vue d'ensemble sur la suite de la journée à savoir une descente vers le Col de la Charmette puis une remontée vers les alpages reliant les trois sommets les plus occidentaux du massif : la Grande Sure, le Rocher du Lorzier et le Rocher de Chalves.
On franchit rapidement le Col de la Charmette 1261m avant de repartir de plus bel vers le prochain col. On choisit le Col de la Petite Vache afin de s'écarter à nouveau de la foule qui privilégie la voie plus courte en direction du Col de la Grande Vache. Une fois au Col de la Petite Vache 1643m, on traversera du Nord vers le Sud les alpages qui comblent les pentes de la Grande Sure, du Rocher du Lorzier et de Chalves. Cette partie occidentale est totalement oubliée des grands itinéraires traversant le massif (Gr9 et GrP Tour de Chartreuse). Bien entendu, les Pr sont en nombre sur ces montagnes mais il nous tenait à coeur de les inclure dans notre Tour de Chartreuse personnalisé.
On relie dans un premier temps les Cols de la Petite Vache et de la Sure. La montagne transpire d'eau de fonte ce qui nous permet de nous ravitailler en eau tout au long du parcours. Après le Col de la Sure, on emprunte une petite sente longeant quelques parois caractéristiques en amont du Refuge d'Hurtières. Ce dernier pouvant servir de halte pour la nuit, on se concentre plutôt sur son compère des Bannettes, quelques kilomètres plus au Sud. Cela nous permettant de raccourcir la journée du lendemain.
Au Col d'Hurtières 1725m, il ne nous reste plus que deux petits kilomètres pour atteindre le Chalet des Bannettes et son alpage. On traverse le bucolique Vararey avant de se retrouver écraser par les parois du Rocher de Chalves.
Chamechaude, La Pinéa, Belledonne, Taillefer et Rocher de Chalves depuis l'alpage de Vararey.
On s'y attendait, le Chalet des Bannettes, bien que pouvant accueillir une dizaine de personnes, est déjà pris d'assaut à notre arrivée. Pas de quoi nous décourager à planter la tente dans les environs de la cabane, d'autant qu'une généreuse source coule près de l'abri. De toute manière, entre ses toilettes sèches nauséabonds et ses vitres cassées, le Chalet des Bannettes aurait bien besoin d'un petit coup de neuf. Mais la forte fréquentation de cette cabane non-gardée ne doit pas être étrangère à ces dégradations.
Comme pour le Mont Outheran, on a une vue pleinement dégagé sur l'Ouest et les plaines iséroises. On patiente calmement sur l'alpage en attendant que l'astre chute inexorablement derrière la ligne d'horizon. Nous ne sommes que dérangés par les marmottes du coin faisant débarouler quelques blocs dans les pierriers du Rocher de Chalves.
Jour 6 : Du Chalet des Bannettes à Grenoble.
L'étape en quelques chiffres : 24,6km / 870m de D+ / 2360m de D-
A l'instar de la première journée de ce Tour de Chartreuse, c'est une ultime rude journée qui nous attend mais globalement dans le sens de la descente et avec la chaleur en plus. C'est pourquoi on privilégie un lever dès l'aube et un départ à la fraiche pour finaliser ce périple.
Les solutions pour retourner à Grenoble depuis l'alpage des Bannettes ne sont pas si nombreuses que cela et l'itinéraire s'annonce tortueux sur certaines portions. L'objectif principal de cette première partie de journée sera de basculer sur les vallons de Proveysieux et de Quaix-en-Chartreuse. Pour éviter de trop retourner vers le Col de la Charmette comme on pourrait naturellement entreprendre avec une descente via le Vararey. Deux autres options sont en réalité possibles :
- Une montée sur le Rocher de Chalves et une descente par son arête Sud.
- Une descente en direction du Mont-Saint-Martin avant d'entreprendre le franchissement du Pas du Sappey.
Face à l'inconnue de la faisabilité de l'arête Sud du Rocher de Chalves, en descente notamment et avec nos gros sacs, on se décide à descendre pour remonter vers le Pas du Sappey, quitte à rallonger l'étape du jour.
Premières lueurs sur le Rocher de Lorzier 1838m et la Grande Sure 1920m.
En franchissant un crête herbeuse, on obtient un vue dégagée vers le Sud. Grenoble est déjà bien visible depuis notre position ainsi que le Mont Rachais, le Néron, les Rochers de l'Eglise et la Montagne du Sac. Au loin, les Massifs du Taillefer, du Dévoluy et du Vercors comblent le panorama.
Le Pas du Sappey se situe au milieu de la vaste arête forestière du second plan, entre l'arête Sud du Rocher de Chalves à gauche, et la Montagne du Sac au centre. Il coupe en deux les Rochers de l'Eglise.
Au lieu-dit des Combes, on stoppe notre descente vers le Mont-Saint-Martin pour s'attaquer au Pas du Sappey. Pourtant tracé sur IGN, ce pas est un peu oublié des randonneurs ce qui rend son cheminement difficilement visible. De plus, la montée, certes de courte durée, est assez radicale sur 300m de dénivelés. Avant de l'atteindre, on butte contre les parois du Rocher de l'Eglise, il faut alors chercher une faiblesse dans cette muraille nous permettant de franchir les falaises. Marquée d'un ancien balisage bleu, la cheminée du Pas du Sappey ne présente pas de difficulté particulière sur sol sec.
Une fois au point haut du Pas du Sappey, on arrive sur un replat forestier et alors qu'un sentier suit le fil de la crête, il faut le quitter pour se diriger à vue en direction de la Cabane du Petit Sappey. De là, un sentier part dans le versant Est du Rocher de l'Eglise pour rejoindre le Hameau du Gua, 500m plus bas. Quelques éclaircies dans la forêt nous feront apercevoir les montagnes du Sud du massif, notamment l'Aiguille de Quaix et l'Ecoutoux (voir photo de droite).
Nous sommes conscients qu'un final sur les arêtes du Néron aurait été déraisonnable face à la chaleur caniculaire et à nos sacs plutôt trapus. Même si terminer le Tour de Chartreuse par une traversée Nord-Sud du Néron aurait de la gueule, on se contentera de la modeste Aiguille de Quaix 1143m en guise de bouquet final.
Depuis le hameau du Gua, on rejoint celui de Planfay puis le Pré de l'Aiguille avant de contourner l'éperon rocheux par la gauche pour aller trouver son belvédère Sud.
Mont Saint-Eynard, Quichat, Mont Rachais, Néron et Vercors Nord depuis le belvédère Sud de l'Aiguille de Quaix.
De l'Aiguille de Quaix, on chute sur la commune éponyme blottie à son pied. De là, on essayera de prendre un chemin parallèle à la route du Col de Clémencières afin d'éviter de trop marcher sur le bitume.
On reliera ainsi les hameaux suivants : L'Autre Côté de Vence, Le Charpen, la Croix de Chores, Clémencières, la Ripaillère, le Gatinet puis, en franchissant le ruisseau du Souchet, on atterrit sur les hauteurs de Saint-Martin le Vinoux marquant progressivement la terminaison de notre Tour de Chartreuse.
De retour à la Porte de France, après 140km de marche à travers la Chartreuse, la fraicheur des cimes et des sous-bois nous manque instantanément. Une petite pointe de fierté nous imprègne concernant le fait d'avoir débuté et fini notre tour par la Capitale des Alpes.
Encore une fois, malgré une traversée globale de la Chartreuse, il nous reste énormément à découvrir dans ce massif. Massif qui regorge de secrets : sangles vertigineux, arches cachées, passages oubliés. Tout autant de curiosités que les débats qui traversent ce massif ne sauraient nous empêcher de découvrir, encore faut-il se faire discret, randonner à la bonne période et respecter la nature mise à rude épreuve dans ce petit bout des Alpes.
ITINÉRAIRE DU TREK :
- Départ/Arrivée : Porte de France (Grenoble) - km 0
- Fort de la Bastille - km 1.4
- Mont Jalla (mémorial) - km 2.2
- Mont Rachais - km 4.2
- Col de Vence - km 8.4
- Croix de l'Izon (Fort St-Eynard) - km 11.4
- Pré Plat - km 14
- Pas de la Branche - km 16.1
- Source de Sire Mouton- km 17.7
- Emeindras du Dessus - km 19.3
- Col de la Faïta - km 20.6
- Col du Coq - km 23.3
- Habert de Pravouta (Nuitée 1) - km 25
- Col de Pravouta - km 25.6
- Col des Ayes - km 26.4
- Pas de l'Oeille - km 28.2
- Dent de Crolles - km 28.4
- Chaos de Bellefont - km 31.8
- Col de Bellefont - km 34
- Chalet de l'Aulp du Seuil - km 35.9
- Fontaine de l'Alpette - km 40.1
- Cabane de l'Alpettaz - km 40.7
- Pré de Pratcel (Source) - km 42.4
- Pas de l'Echelle - km 43.3
- Chalet de l'Alpe - km 44
- Cabane de l'Alpette (source + Nuitée 2) - km 47.6
- L'Alpette - km 48.5
- Pas des Barres - km 49.3
- Balme à Colon - km 51.8
- Vers le Mont - km 53.4
- Tencovaz - km 54.8
- La Coche - km 55.8
- Mont Joigny - km 59.2
- Pointe de la Gorgeat - km 60
- Col de la Drière - km 60.6
- Col des Fontanettes - km 62,4
- Vallon des Fontanettes (source) - km 63,2
- Col du Mollard - km 63,6
- Chalet de l'Outheran - km 65
- Mont Outheran (Nuitée 3) - km 67,4
- Pas du Cuert - km 67,6
- Col de la Cluse - km 70,6
- Col du Cucheron - km 71,4
- Hameau de la Fracette - km 74,7
- Saint-Pierre d'Entremont - km 76,3
- Hameau du Château - km 79
- Pas Dinay - km 80,6
- Combe de Léchaud - km 84
- Source de Léchaud - km 85,2
- Col de Léchaud - km 85,9
- Habert de Bovinat - km 86,6
- Col de Mauvernay - km 87,6
- Sous le Pas de la Suiffière - km 88,8
- Col du Frenay - km 89,2
- Habert du Plat (source + Nuitée 4) - km 90,6
- Pont du Grand Logis - km 94
- Fontaine de Frettevieille - km 96,2
- Le Collet - km 99
- Charmant Som - km 101,1
- Pré Batard - km 102,6
- Fontaine de l'Oursière - km 104
- Col de la Charmette - km 104,7
- Col de la Petite Vache - km 107,8
- Col de la Sure - km 109,1
- Col d'Hurtières - km 111,6
- Chalet des Bannettes (source + Nuitée 5) - km 113,8
- Lieu-dit des Combes - km 118,2
- Pas du Sappey - km 119
- Cabane du Petit Sappey - km 119,5
- Hameau du Gua - km 122,3
- Hameau de Planfay - km 123,3
- Pré de l'Aiguille - km 124,4
- Belvédère de l'Aiguille de Quaix - km 125,2
- Quaix-en-Chartreuse - km 129,1
- Pont de Quaix - km 130,4
- Col de Clémencières - km 132,7
- Saint-Martin le Vinoux - km 136,4
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