Réalisé du 21 au 29 août 2026.
Lorsque l'on évoque la Scandinavie, rapidement il nous vient à l'esprit les vastes étendues sauvages faites de lacs et de montagnes, la fraicheur, les aurores boréales, les troupeaux de rennes ou encore les immenses forêts de bouleaux et de sorbiers. C'est ce condensé de pureté sauvage qui fait la renommée de cette partie Nord de l'Europe et notamment sa colonne vertébrale montagneuse : les Alpes Scandinaves. Longues de plus de 1700km, partagées entre la Norvège, la Suède et dans une moindre mesure la Finlande et n'abritant tout au plus qu'un million et demi de personnes (alors que les Alpes en comptent 13 millions), les Alpes Scandinaves sont un paradis pour les aventuriers en quête de grands espaces. Avec le développement touristique de la montagne, les itinéraires de randonnées se sont peu a peu développés dans ces montagnes à commencer par le plus célèbre d'entre eux, le Kungsleden.
Créé en Suède au début du XXe siècle par la Svenska Turistföreningen (STF), l'équivalent du CAF en France, pour ouvrir la Laponie au tourisme, le Kungsleden (traduis en français en "Voie Royale" ou "Sentier du Roi") s'étend sur environ 440 kilomètres entre Abisko et Hemavan. Contrairement à ce que son nom pourrait laisser penser, ce sentier de randonnée ne reprend aucunement une ancienne voie royale permettant le contrôle d'une partie de ce territoire septentrional ni n'a été créé par ordre de la couronne suédoise. Ce nom évocateur a été créé de toute pièce par la STF pour faire émerger le tourisme de montagne dans la région en utilisant un tracé traversant quelques uns des plus beaux paysages du pays. Bien que situé uniquement sur la partie Nord de la Suède, la création du Kungsleden a été permis grâce à plusieurs aspects :
- Un route ferroviaire voit le jour à la fin du XIXeme siècle entre Kiruna en Suède et Narvik en Norvège afin d'y acheminé le minerai de fer. Cette ligne permet de desservir Abisko et de désenclaver le Nord du pays.
- Le tracé n'a pas été créé ex nihilo puisqu'il reprend sur certaines portions des itinéraires reliant les différentes communautés samis mais également certains chemins de migrations et de transhumances des éleveurs de rennes.
- Il permet de longer ou de pénétrer dans les principaux parcs nationaux de Suède en suivant les principales vallées glaciaires de la Laponie suédoise (Abisko, Stora Sjöfallet, Sarek et Pieljekaise).
Le Kungsleden peut se diviser en deux parties : la partie Nord plus montagneuse entre le Sarek et Abisko et la partie Sud plus forestières et traversant de vastes plateaux lacustres. Il faut noter tout de même que le Kungsleden ne présente pas de difficultés particulières en terme de technicité. Le sentier officiel est particulièrement bien tracé avec un dense réseau de refuges, le dénivelé n'est pas très important puisqu'il s'élève à un peu plus de 8000m sur la totalité du tracé (à titre de comparaison le Tour du Mont Blanc a un dénivelé de 10 000m pour 170km de trek) et malgré de nombreuses traversées de zones humides et de lacs, les aménagements en place sont fait pour faciliter la progression des randonneurs (planches de bois, barques sur les lacs, ponts suspendus).
Bien que de nombreux randonneurs se lancent dans l'aventure sur la totalité de l'itinéraire, la partie Nord entre Abisko et Nikkaluokta ou Abisko et Kvikkjokk reste la plus courue avec l'attrait qu'offrent les plus hautes montagnes du pays, le Kebnekaise en tête.
N'étant que moyennement emballés par les zones forestiers et lacustres, nous concentrons nos intérêts sur la partie Nord du Kungsleden. On essaye également de construire un itinéraire alliant portions de Kungsleden et portions en dehors de cet itineraire, l'objectif étant double : s'éloigner des foules qui arpentent un peu plus ce sentier de renommée mondiale, profiter d'une ambiance plus alpine, le Kungsleden ne s'erigeant que très peu dans les montagnes environnantes, préférant sillonner les larges vallées laponnes.
Après moultes recherches alliant des informations provenant de gens ayant déjà effectué le Kungsleden et ses variantes, les contacts par mail avec la STF et le groupe Facebook mettant en lien les gens préparant et ayant réalisé l'itinéraire (tous les liens seront mis à disposition à la fin de cet article), on opte pour un tracé de plus de 200km au départ d'Abisko. Certes avec le Kungsleden comme artère principale notamment sur la portion Est de l'itinéraire mais avec de nombreuses portions ralliées au Kungsleden pour pleinement profiter de la Laponie suédoise et des zones montagneuses. Ce tour aura pour principal objectif de relier Abisko au point culminant de Suède, le Kebnekaise, et de revenir sur le village suédois par des itinéraires parallèles au Kungsleden.
Au-delà de la faible technicité de l'itinéraire, la vraie difficulté du Kungsleden tient à sa météo capricieuse. Randonnable de juin à fin septembre, grosso modo de la fonte nivale jusqu'à la chute des premières neiges, les mois estivaux sont les moins les plus pluvieux dans cette partie de Scandinavie. La proximite de l'Ocean Atlantique et du courant Gulfstream remeutant l'humidité sur la péninsule scandinave. Il ne faut donc pas avoir peur d'être mouillés lorsque l'on se lance dans l'aventure du Kungsleden, les jours de pluie étant quasi automatique, qu'importe la durée du trek. Mais comme aime l'affirmer le célèbre dicton nordique "il n'y a pas de mauvais temps, il n'y a que de mauvais vêtements". Le climat frais et humide fait pleinement partie de cette aventure même si, rassurez vous, le temps est tellement changeant que le soleil peut rapidement faire une apparition à la suite d'une averse. Du reste, il faut rester conscient de l'environnement que l'on s'apprête à traverser et parer à toutes les éventualités comme nous l'a bien fait comprendre un responsable de la STF : "Soyez préparés à affronter des jours pluvieux, de forts vents et des neiges précoces". Ce dernier nous a notamment invité à réduire nos étapes ou d'avoir des plans B en cas de mauvais temps, notamment sur les portions montagneuses. C'est d'ailleurs pour éviter certains désagréments liés à la météo et à la visibilité que malgré notre itinéraire personnalisé et en autonomie nous nous efforcerons de relier plus d'une dizaine de refuge STF sur notre trajet.
Ayant cet aspect météorologique en tête, vient maintenant la question de la période où effectuer le trek. Il semblerait que la meilleure période soit la fin du mois d'août et la première quinzaine de septembre et ce pour plusieurs raisons : moins de monde sur les sentiers, les refuges sont encore ouverts, les couleurs automnales arrivent rapidement sur les reliefs et les vallées, il ne fait pas jour constamment contrairement au mois de juillet et les moustiques sont moins présents. On peut rajouter également sur ce dernier aspect sur le fait de se rendre dans les zones montagneuses réduit drastiquement le risque d'être assaillis par les moustiques, ceux là étant davantage présents dans les basses vallées et proches des grands lacs.
On part donc pour le Nord de la Suède aux alentours du 20 août. A l'aide du train de nuit au départ de la capitale du pays Stockholm, on arrive à Kiruna puis Abisko, sous la pluie dans un premier temps. Dès le lendemain, nous débuterons notre aventure en Laponie suédoise, pressés de découvrir cette extrémité Nord de l'Europe.
Détails des étapes du trek (fichier GPX et trace sur fond de carte à la fin de cet article) :
- Jour 1 : Abisko - Guoblavággi (24,3km)
- Jour 2 : Guoblavággi - Gieddeorda (25,9km)
- Jour 3 : Gieddeorda - Alisjávri (31,9km)
- Jour 4 : Alisjávri - Nallostugan (22,9km)
- Jour 5 : Nallostugan - Láddjubahta (25km)
- Jour 6 : Láddjubahta - Tarfalastugan (18km)
- Jour 7 : Tarfalastugan - Vássaloamijávri (23km)
- Jour 8 : Vássaloamijávri - Alip Honggánjira (25km)
- Jour 9 : Alip Honggánjira - Abisko (23km)
Jour 1 : D'Abisko à Guoblavággi - en direction du plus haut refuge de Suède.
Située sur la route reliant les villes de Kiruna (Suède) et de Narvik (Norvège), la petite bourgade d'Abisko est divisé en deux hameaux principaux : Abisko östra et Abisko Turiststation. Le premier hameau se concentre autour de la gare du village alors que le second est notamment composé du complexe touristique du refuge appartenant à la STF et marquant le point de départ officiel du Kungsleden (ou l'arrivée).
L'histoire d'Abisko est directement liée d'abord, à la fin du XIXème et au début du XXème siècle, à la ligne de chemin de fer (- la Malmbanan) permettant d'acheminer le minerai à la fois vers le port de Narvik pour l'Atlantique mais aussi vers Boden sur la Baltique. La Baltique ayant tendance à geler certains hivers, le transfert côté Norvège des minerais extraits en Suède permettait une activité économique constante tout au long de l'année.
Ensuite, à la fin de la construction de la ligne de chemin de fer, la STF s'intéresse à des terrains dans la zone et commence le développement touristique de la Laponie avec comme épicentre Abisko qui marque à la fois un point de départ pour découvrir la Laponie Suédoise mais aussi et surtout la terminaison Nord du Kungsleden.
Abisko est également situé en périphérique d'un parc national. D'une superficie de 77km2, ce parc national recouvre la vallée entre les rives Sud du Lac Torneträsk jusqu'aux environs de la Abiskojaurestugorna (refuge STF).
Ce parc est quasi intégralement composé de forêts boréales, de torrents, de lacs et de tourbières et constitue l'un des premiers parcs créé en Suède et même au niveau européen, dès 1909.
Le Kungsleden le traverse en totalité du Nord au Sud. De notre coté, pour éviter les foules se déversant sur cet important sentier depuis le refuge STF, mais également pour éviter de se retrouver dans un environs forestiers du les premières dizaines de kilomètres, on se dirige vers les montagnes présentes à l'Est.
Traversée du canyon de l'Abiskojåkka vers les montagnes et la cascade que l'on aperçoit sur la droite de la photo.
Lapporten et le Parc National d'Abisko vue depuis les pentes de Njullá.
Certes le temps n'est pas très ensoleillé mais les nuages semblent se dissiper sur les sommets entourant le Parc national d'Abisko. On grimpe pas moins de 700m en suivant dans un premier temps la remontée mécanique permettant de relier la Aurora Station (lieu d'exploration des aurores boréales sur les environs d'Abisko), puis, passé cet emplacement, on est littéralement happé par le caractère sauvage du Nord de la Suède. La solitude, l'humidité et même notre premier troupeau de rennes nous font basculer dans la Gohpasvággi.
En basculant dans cette vallée, si nous avions voulu rester sur les sentiers nous aurions du redescendre bien pus sensiblement pour espérer reprendre le sentier sur le versant opposé à l'aide d'un pont.
Mais la visibilité étant bonne on se permet de sortir des sentiers battus pour relier à vue le versant d'en face en restant au maximum à niveau et en trouvant l'endroit le plus propice pour traverser le torrent du Gohpasjohka.