Réalisé du 21 au 29 août 2026.

 

Lorsque l'on évoque la Scandinavie, il nous vient rapidement à l'esprit les vastes étendues sauvages faites de lacs et de montagnes, la fraicheur, les aurores boréales, les troupeaux de rennes ou encore les immenses forêts de bouleaux et de sorbiers. C'est ce condensé de pureté sauvage qui fait la renommée de cette partie Nord de l'Europe et notamment sa colonne vertébrale montagneuse : les Alpes Scandinaves. Longues de plus de 1700km, partagées entre la Norvège, la Suède et dans une moindre mesure la Finlande et n'abritant tout au plus qu'un million et demi de personnes (alors que les Alpes en comptent 13 millions), les Alpes Scandinaves sont un paradis pour les aventuriers en quête de grands espaces. Avec le développement touristique de la montagne et une législation propice à la pratique des sports en milieu naturel, les itinéraires de randonnées se sont peu a peu développés dans les Alpes Scandinaves à commencer par le plus célèbre d'entre eux, le Kungsleden.

Au niveau de la loi d'abord. Alors que dans les pays du Sud de l'Europe, à l'instar de la France, on voit fleurir chaque année un peu plus les restrictions sur l'accès à la nature et la pratique des sports de montagne, les pays scandinaves ont, et ce depuis des décennies, mis en place un cadre législatif protecteur d'un droit d'accès à la nature. Le droit d'accès à la nature, appelé Allemansrätten en Suède est en vigueur également en Norvège et en Finlande. Au départ basé sur le droit coutumier et garantissant à chacun le droit de traverser librement le territoire et de profiter des espaces sauvages, il s'appuie aujourd'hui sur un cadre juridique moderne et solide et s'est vu inscrit dans la Constitution suédoise. Ce principe consacre une liberté d'accès aux terrains publics comme privés, autorisant quiconque à y randonner, bivouaquer une ou deux nuits, cueillir des baies ou des champignons sauvages, naviguer sur les cours d'eau et se baigner. ​Cependant, cette liberté repose sur un principe de réciprocité : « ne pas déranger, ne pas détruire » (Inte störa, inte förstöra). Les limites imposées par la loi sont strictes pour protéger la nature et la propriété privée. Il est interdit de s'installer à proximité immédiate d'une habitation, d'endommager les arbres vivants, d'utiliser des véhicules à moteur hors des voies autorisées ou de laisser le moindre déchet. Dans les aires protégées telles que les parcs nationaux (comme Abisko ou Sarek), l'Allemansrätten est partiellement restreint : le bivouac y est souvent limité à des aires désignées, les feux y sont strictement encadrés et la présence de chiens ou la cueillette peuvent y être totalement interdites. Mais cela ne concerne qu'une infime partie du territoire du royaume de Suède.

En ce qui concerne le développement touristique ensuite, avec l'émergence des itinéraires de randonnée à l'instar du Kungsleden. Créé en Suède au début du XXe siècle par la Svenska Turistföreningen (STF), l'équivalent du CAF en France, pour ouvrir la Laponie au tourisme, le Kungsleden (traduis en français en "Voie Royale" ou "Sentier du Roi") s'étend sur environ 440 kilomètres entre Abisko et Hemavan. Contrairement à ce que son nom pourrait laisser penser, ce sentier de randonnée ne reprend aucunement une ancienne voie royale permettant le contrôle d'une partie de ce territoire septentrional ni n'a été créé par ordre de la couronne suédoise. Ce nom évocateur a été créé de toute pièce par la STF pour faire émerger le tourisme de montagne dans la région en utilisant un tracé enjambant quelques uns des plus beaux paysages du pays. Bien que situé uniquement sur la partie Nord de la Suède, la création du Kungsleden a été permis grâce à plusieurs facteurs :

  • Un route ferroviaire voit le jour à la fin du XIXeme siècle entre Kiruna en Suède et Narvik en Norvège afin d'y acheminer le minerai de fer. Cette ligne permet de desservir Abisko et de désenclaver le Nord du pays.
  • Le tracé n'a pas été créé ex nihilo puisqu'il reprend sur certaines portions des itinéraires reliant les différentes communautés samis mais également certains chemins de migrations et de transhumances des éleveurs de rennes.
  • Il permet de longer ou de pénétrer dans les principaux parcs nationaux de Suède en suivant les principales vallées glaciaires de la Laponie suédoise (Abisko, Stora Sjöfallet, Sarek et Pieljekaise).

 

Le Kungsleden peut se diviser en deux parties : la partie Nord plus montagneuse entre le Sarek et Abisko et la partie Sud plus forestière et traversant de vastes plateaux lacustres. Il faut noter tout de même que le Kungsleden ne présente pas de difficultés particulières en terme de technicité. Le sentier officiel est particulièrement bien tracé avec un dense réseau de refuges, le dénivelé n'est pas très important puisqu'il s'élève à un peu plus de 8000m sur la totalité du tracé (à titre de comparaison le Tour du Mont Blanc a un dénivelé de 10 000m pour 170km de trek) et malgré de nombreuses traversées de zones humides et de lacs, les aménagements en place sont fait pour faciliter la progression des randonneurs (planches de bois, barques sur les lacs, ponts suspendus).

Bien que de nombreux randonneurs se lancent dans l'aventure sur la totalité de l'itinéraire, la partie Nord entre Abisko et Nikkaluokta ou Abisko et Kvikkjokk reste la plus courue avec l'attrait qu'offrent les plus hautes montagnes du pays, le Kebnekaise en tête.

 

N'étant que moyennement emballés par les zones forestières et lacustres, nous concentrons nos intérêts sur la partie Nord du Kungsleden. On essaye également de construire un itinéraire alliant portions du Kungsleden et portions en dehors de cet itinéraire, l'objectif étant double : s'éloigner des foules qui arpentent un peu plus chaque année ce sentier de renommée mondiale et profiter d'une ambiance plus alpine, le Kungsleden ne s'érigeant que très peu dans les montagnes environnantes, préférant sillonner les larges vallées lapones.

Après moultes recherches alliant des informations provenant de gens ayant déjà effectué le Kungsleden et ses variantes, les contacts par mail avec la STF et le groupe Facebook mettant en lien les gens préparant et ayant réalisé l'itinéraire (tous les liens seront mis à disposition à la fin de cet article), on opte pour un tracé de plus de 200km au départ d'Abisko. Certes avec le Kungsleden comme artère principale notamment sur la portion Est de l'itinéraire mais avec de nombreuses portions ralliées au Kungsleden pour pleinement profiter de la Laponie suédoise et des zones montagneuses. Ce tour aura pour principal objectif de relier Abisko au point culminant de Suède, le Kebnekaise, et de revenir sur le village suédois par des itinéraires parallèles au Kungsleden.

Au-delà de la faible technicité de l'itinéraire, la vraie difficulté du Kungsleden tient à sa météo capricieuse. Randonnable de juin à fin septembre, grosso modo de la fonte nivale jusqu'à la chute des premières neiges, les mois estivaux sont les mois les plus pluvieux dans cette partie de la Scandinavie. La raison ? La proximité de l'Océan Atlantique et du courant Gulfstream rameutant l'humidité sur la péninsule scandinave. Il ne faut donc pas avoir peur d'être mouillé lorsque l'on se lance dans l'aventure du Kungsleden, les jours de pluie étant quasi automatiques, qu'importe la durée du trek. Mais comme aime l'affirmer le célèbre dicton nordique "il n'y a pas de mauvais temps, il n'y a que de mauvais vêtements". Le climat frais et humide fait pleinement partie de cette aventure même si, rassurez vous, le temps est tellement changeant que le soleil peut rapidement faire une apparition à la suite d'une averse. Du reste, il faut rester conscient de l'environnement que l'on s'apprête à traverser et parer à toutes les éventualités comme nous l'a bien fait comprendre un responsable de la STF : "Soyez préparés à affronter des jours pluvieux, de forts vents et des neiges précoces". Ce dernier nous a notamment invité à réduire nos étapes ou d'avoir des plans B en cas de mauvais temps, principalement sur les portions montagneuses. C'est d'ailleurs pour éviter certains désagréments liés à la météo et à la visibilité que malgré notre itinéraire personnalisé et en autonomie nous nous efforcerons de relier plus d'une dizaine de refuges STF sur notre trajet.

Ayant cet aspect météorologique en tête, vient maintenant la question de la période où effectuer le trek. Il semblerait que la meilleure période soit la fin du mois d'août et la première quinzaine de septembre et ce pour plusieurs raisons : moins de monde sur les sentiers, les refuges sont encore ouverts, les couleurs automnales arrivent rapidement sur les reliefs et les vallées, il ne fait pas jour constamment contrairement au mois de juillet et les moustiques sont moins présents. On peut rajouter également sur ce dernier aspect que le fait de se rendre dans les zones montagneuses réduit drastiquement le risque d'être assaillis par les moustiques, ceux-là étant davantage présents dans les basses vallées et proches des grands lacs.

On part donc pour le Nord de la Suède aux alentours du 20 août. A l'aide du train de nuit au départ de la capitale du pays Stockholm, on arrive à Kiruna puis Abisko, sous la pluie dans un premier temps. Dès le lendemain, nous débuterons notre aventure en Laponie suédoise, pressés de découvrir cette extrémité Nord de l'Europe.

 

Détails des étapes du trek (fichier GPX et trace sur fond de carte à la fin de cet article) : 

  • Jour 1 : Abisko - Guoblavággi (24,3km)
  • Jour 2 : Guoblavággi - Gieddeorda (25,9km)
  • Jour 3 : Gieddeorda - Alisjávri (31,9km)
  • Jour 4 : Alisjávri - Nallostugan (22,9km)
  • Jour 5 : Nallostugan - Láddjubahta (25km)
  • Jour 6 : Láddjubahta - Tarfalastugan (18km)
  • Jour 7 : Tarfalastugan - Vássaloamijávri (23km)
  • Jour 8 : Vássaloamijávri - Alip Honggánjira (25km)
  • Jour 9 : Alip Honggánjira - Abisko (23km)

Quelques mots de Suédois/Sami pour comprendre certains intitulés (notamment sur les cartes topographiques) : 

  • Vággi (Sami) / Vagge (suédois) = Vallée
  • Jávri = Lac
  • Rengärde = Enclos à rennes
  • Fjällstuga / Stugorna / Stugan = Refuge de montagne/Abri/Cabane
  • Johka = rivière / torrent / cours d'eau
  • Glaciär = Glacier
  • Passet = Col
  • Bro = Pont

 

Jour 1 : D'Abisko à la Guoblavággi - En direction du plus haut refuge de Suède.

 

Située sur la route reliant les villes de Kiruna (Suède) et de Narvik (Norvège), 250km au-delà du Cercle Polaire Arctique, la petite bourgade d'Abisko est divisée en deux hameaux principaux : Abisko Östra et Abisko Turiststation. Le premier hameau se concentre autour de la gare du village alors que le second est notamment composé du complexe touristique du refuge appartenant à la STF et marquant le point de départ officiel du Kungsleden (ou l'arrivée).

L'histoire d'Abisko est directement liée d'abord, à la fin du XIXème et au début du XXème siècle, à la ligne de chemin de fer (- la Malmbanan)  permettant d'acheminer le minerai à la fois vers le port de Narvik pour l'Atlantique mais aussi vers Boden sur la Baltique. La Baltique ayant tendance à geler certains hivers, le transfert côté Norvège des minerais extraits en Suède permettait une activité économique constante tout au long de l'année. 

Ensuite, à la fin de la construction de la ligne de chemin de fer, la STF s'intéresse à des terrains dans la zone et commence le développement touristique de la Laponie avec comme épicentre Abisko qui marque à la fois un point de départ pour découvrir la Laponie suédoise mais aussi et surtout la terminaison Nord du Kungsleden.

 

 

Abisko est également située en périphérique d'un parc national. D'une superficie de 77km2, ce parc national recouvre la vallée entre les rives Sud du Lac Torneträsk jusqu'aux environs de la Abiskojaurestugorna (refuge STF). 

Ce parc est quasi intégralement composé de forêts boréales, de torrents, de lacs et de tourbières et constitue l'un des premiers parcs créé en Suède et même au niveau européen, dès 1909.

Le Kungsleden le traverse en totalité du Nord au Sud. De notre coté, pour éviter les foules se déversant sur cet important sentier depuis le refuge STF, mais également pour éviter de se retrouver dans un environnement forestier durant les premières dizaines de kilomètres, on se dirige vers les montagnes présentes à l'Ouest. 

Traversée du canyon de l'Abiskojåkka vers les montagnes et la cascade que l'on aperçoit sur la droite de la photo.

 

Lapporten et le Parc National d'Abisko vue depuis les pentes de Njullá.

 

Certes le temps n'est pas très ensoleillé mais les nuages semblent se dissiper sur les sommets entourant le Parc national d'Abisko. On grimpe pas moins de 700m en suivant dans un premier temps la remontée mécanique permettant de relier la Aurora Station (lieu d'exploration des aurores boréales sur les hauteurs d'Abisko), puis, passé cet emplacement, on est littéralement happé par le caractère sauvage du Nord de la Suède. La solitude, l'humidité et même notre premier troupeau de rennes nous font basculer dans la Gohpasvággi.

 

En basculant dans cette vallée, si nous avions voulu rester sur les sentiers nous aurions dû redescendre bien plus sensiblement pour espérer reprendre le sentier sur le versant opposé à l'aide d'un pont.

Mais la visibilité étant bonne on se permet de sortir des sentiers battus pour relier à vue le versant d'en face en restant au maximum à niveau et en trouvant l'endroit le plus propice pour traverser le torrent du Gohpasjohka.

Gohpasvággi en direction de Björkliden.

 

Dès que l'on sort des sentiers balisés, les traversées de torrents et de ruisseaux se font uniquement à gué. Il faut particulièrement bien négocier ces enjambements et les tenter là où le cours d'eau est le plus calme et le moins incliné. Les cartes à la fois hors ligne et papier peuvent permettre, grâce aux lignes de niveau, de repérer ces endroits.

Sur l'autre versant, on poursuit notre ascension en direction d'une petite cabane perdue au milieu des montagnes du coin. La forêt a totalement disparu et a laissé place à des pelouses alpines où paissent de nombreux rennes. Mais ces mêmes pelouses perdent également du terrain au-delà des 1000m d'altitude, remplacées par d'immenses chaos de pierres.

Il s'agit de la petite cabane de Kåppatjåkka perchée à 1161m. Cet abri, étrangement noté ''en ruine'' sur les cartes suédoises, permet pourtant de trouver un refuge certes rudimentaire mais tout à faire isolé, du vent notamment. Il est composé d'une petite table et de deux petits bancs, cependant le poêle a été enlevé. On pourrait y trouver la place pour environs 4 couchages au sol. 

A la suite de la cabane, on poursuit notre ascension jusqu'à atteindre un plateau au-delà des 1300m d'altitude. L'ambiance est intégralement minérale et la neige refait une apparition marquée. Au loin les premières montagnes ornées de glaciers s'érigent face à nous notamment Gorsačohkka 1554m.

Au bout d'un vallon lacustre, on arrive près de la Låktatjåkko fjällstation située à 1228m. Il s'agit du plus haut refuge de Suède mais contrairement aux autres refuges que nous croiserons, il n'appartient pas à la STF. Il s'agit d'un refuge privé dont la réputation n'est pas uniquement construite autour de son altitude puisqu'on y dégusterait les meilleures gaufres de Suède (chose que nous approuvons pleinement).

Après cette dégustation, on reprend notre route avec l'objectif de trouver notre premier coin bivouac du périple en Laponie suédoise. Au vu du terrain au-delà des 1100m, on décide de se rapprocher de cette barre symbolique. On repère ainsi les lacs blottis dans la Guoblavággi qui semblent a priori propices à l'installation d'un bivouac.

 

On s'active d'autant plus que le temps se gâte et les premières averses apparaissent sur les montagnes alentours. On trouve quelques parcelles de pelouses alpines près du second lac de la vallée, de quoi profiter des lieux malgré la nébulosité et l'humidité. Sans parler que l'ambiance est particulièrement sauvage dans ces montagnes avec un calme plat uniquement brisé par le vrombissement des cours d'eau ou le croassement de quelques corbeaux. Bref, nous sommes seuls.

 

Jour 2 : De Guoblavággi à Gieddeorda - Retour sur le Kungsleden via la sauvage et majestueuse Gorsavággi

 

Au réveil, quelques rayons lumineux illuminent les abords du lacs. Ils seront vite chassés par la nébulosité qui reprend peu à peu le dessus. En suivant le fil de la Guoblavággi on arrive sur les hauteurs de la Gorsavággi, une vallée particulièrement esthétique entre ses glaciers, ses sommets, ses lacs et ses vastes alpages ruisselants. On profite de cette magnifique vue avant que l'averse ne vienne nous enquiquiner quelques minutes. 

De là où nous nous trouvons, on chute presque verticalement sur 300m pour retrouver le talweg de la Gorsavággi et les rives du Bajimus Gorsajávri. Les cairns aident à se repérer dans la descente même si la densité de végétation qui augmente au fur et à mesure de notre descension rend par moment difficile leur repérage.

 

 

Au bout du grand lac, on arrive vers STF Kårsavagge Fjällstuga, un petit refuge non-gardé d'une quinzaine de places. Depuis ses murs, on doit traverser le large déversoir du lac pour espérer gravir les montagnes en direction d'Abiskojaurestugorna, un autre refuge, sur le Kungsleden quant à lui. En continuant dans la vallée nous aurions également retrouver le Kungsleden mais bien trop proche de notre point de départ. C'est pourquoi nous choisissons la voie la plus haute, la plus alpine et ce malgré une nébulosité importante. Les cairns seront là pour nous aider à naviguer entre les deux refuges.

 

Dans un premier temps, de l'autre coté du torrent, le sentier est particulièrement bien matérialisé. Puis, avec le terrain de plus en plus minéral il faudra se contenter des cairns pour franchir la crête. Entre le refuge et le point haut il y a environ 500m de dénivelés.

Nous serons même accompagnés par quelques rennes sur les premières pentes.

 

En moins de deux jours, il s'agit ici de notre troisième harde de rennes que nous croisons sur notre route. Nous ne nous attendions pas à en voir autant et si proche des refuges et itinéraires de randonnée. L'occasion ici de s'intéresser à ces herbivores scandinaves qui peuplent cette région arctique. 

On compte environ 500 000 rennes dans toute la Scandinavie, dont près de 250 000 en Suède. Le chiffre est relativement important puisque si on le compare à la population de bouquetins des Alpes, on dénombre environ 10 000 spécimens dans les Alpes françaises et moins de 60 000 au niveau de l'Arc Alpin. Cependant, il n'existe plus aucun renne véritablement sauvage en Suède : la sous-espèce sauvage s'y est éteinte au début du XXe siècle à la suite d'une chasse intensive. Face à une possible disparition des populations de rennes en Laponie, les samis ont peu à peu effectué une transition avec le passage de la chasse d'un animal sauvage à son élevage pour en réguler à la fois la population mais aussi satisfaire les besoins du peuple Sami (nourriture, vêtements chauds et de nos jours activité économique). Aujourd'hui, la Norvège est le seul pays européen à abriter encore quelques troupeaux de rennes sauvages dans le Sud du pays. On en dénombrerait environ 20 000 notamment sur le plateau du Hardangervidda.

En Suède, la totalité des individus est semi-domestiquée et leur élevage constitue un droit exclusif réservé au peuple autochtone Sami. ​Ces animaux vivent en semi-liberté tout au long de l'année pour suivre leurs migrations naturelles à travers la Laponie et les forêts arctiques. Pour gérer ces troupeaux, les éleveurs samis organisent de grands rassemblements deux fois par an. Les rennes sont remis en enclos au début de l'été pour le marquage des nouveaux-nés, puis à l'automne et en hiver pour le tri du cheptel et la sélection pour la boucherie. L'enclos hivernal permet également de protéger les troupeaux contre les prédateurs et de leur fournir un complément alimentaire lorsque la neige trop dure ou le gel empêchent l'accès au lichen au sol. ​

Au vu de la superficie des espaces où paissent les rennes, les éleveurs s'appuient aujourd'hui sur des technologies modernes comme les quads, les motoneiges, les hélicoptères et parfois les colliers GPS pour rabattre et canaliser les bêtes à travers d'immenses barrières en forme d'entonnoir jusqu'à des enclos de tri. Ces enclos et barrières sont d'ailleurs matérialisés sur les cartes suédoises (sous le nom de Rengärde) et il n'est pas rare d'en franchir certains sur le Kungsleden d'autant que le tracé a été construit en partie sur les itinérances locales utilisées par les populations samis. ​

 

 

On franchit le point haut de la crête dans une ambiance nébuleuse occultant la vue sur les vallées et les montagnes environnantes. De là-haut, on descend ensuite en direction de la STF Abiskojaure Fjällstuga, le premier refuge du Kungsleden en partant d'Abisko. Il se situe près de la limite Sud du Parc national d'Abisko et peut permettre de lieu de halte pour une première étape d'autant qu'il est interdit de bivouaquer dans le parc national à l'exception d'emplacements dédiés près du refuge.

De notre coté, on ne fait que passer aux abords du refuge puis on poursuit notre route sur le Kungsleden cette fois-ci. D'autant que l'humidité se dissipe légèrement durant l'après-midi.

Dès nos premiers pas sur cette portion du Kungsleden, les aménagements sur le sentier n'ont rien à voir avec ce que nous avons connu jusqu'alors : ponts suspendus et planches de bois permettent de progresser sans trop de difficulté. Au delà de faciliter l'accès, les planches de bois sont également là pour protéger les zones sensibles du piétinement des randonneurs, notamment les tourbières, les pelouses alpines et les nombreux arbrisseaux. 

On quitte la large vallée pour s'engouffrer dans la Gárddenvággi surplombée du Gárddenvárri 1156m. Ce sommet est d'ailleurs randonnable depuis la vallée mais l'heure avancée et la forte nébulosité sur sa cime nous a contraint à poursuivre notre route. 

Arrivé sur un large plateau, on devine l'immense Áhpparjávri et on quitte une nouvelle fois le Kungsleden pour se diriger vers le lieu-dit Gieddeorda.

 

Près de ce lieu-dit, on domine sensiblement la vallée où serpente le Gámaeatnu. La vue est splendide et le soleil se permet même une furtive apparition avant de se cacher vers les montagnes du Nord-Ouest. La seule difficulté de ce lieu se trouve être la présence de l'eau qui se limite à quelques fins ruisseaux zigzagant dans les tourbières.

Après avoir trouvé notre source, on profite tranquillement des trois surprises du soir : un troupeau de rennes légèrement en amont de notre bivouac, une splendide vue sur une vallée suédoise et quelques minutes ensoleillées avant que l’astre ne termine son inexorable chute.

 

Jour 3 : De Gieddeorda au Alisjávri - Au plus près de la frontière norvégienne.

 

Au matin, la nébulosité a repris le dessus. On quitte notre promontoire de Gieddeorda pour rejoindre le talweg de la vallée qui nous fait face au niveau du petit village Sami de Rovvidievvá. Le village semble d'ailleurs plongé dans une torpeur qui nous parait relativement étrange puisqu'aucune âme n'occupe les petits chalets de bois qui se comptent tout de même par dizaines.

Mais l'explication tient au mode de vie de ce peuple. En effet, les éleveurs samis sont semi-nomades et suivent le rythme des saisons : les hameaux de cabanes que l'on croise le long de sentiers comme celui de Rovvidievvá sont des camps pastoraux saisonniers, temporairement vidés à la fin de l'été lorsque les rennes gagnent les hauteurs.

Le peuple Sami est le seul peuple autochtone reconnu au sein de l'Union européenne. Leur territoire ancestral, la Sápmi, s'étend sur le nord de la Norvège, de la Suède, de la Finlande et de la péninsule de Kola en Russie, avec une population globale estimée entre 80 000 et 100 000 personnes (dont environ 20 000 en Suède). Les estimations sont de plus en plus compliquées au vu du métissage des populations.

Au Moyen-Age, avant l'émergence de l'Etat-Nation et des monarchies scandinaves, les Samis sont les seuls habitants de cette extrémité Nord de l'Europe, dans ce qu'on appelle aujourd'hui la Laponie. Ils ont vu leur souveraineté progressivement érodée par l'expansionnisme des monarchies scandinaves. Les tensions s'aggravent brutalement au XVIème siècle lorsque le roi Gustave Vasa décrète que toutes les terres non cultivées du Nord appartiennent unilatéralement à la Couronne suédoise. Pour asseoir son pouvoir et exploiter les richesses arctiques, l'État encourage la colonisation par des Ordonnances sur la Laponie (1673 et 1695), promettant terres gratuites et exemptions d'impôts aux colons suédois, ce qui entraîne l'accaparement violent des zones de chasse et de pêche traditionnelles. ​

Cette colonisation territoriale s'est doublée d'une exploitation économique et d'une répression religieuse. Lors du boom minier du XVIIe siècle, la Couronne réquisitionne de force des éleveurs samis et leurs rennes pour transporter le minerai dans des conditions esclavagistes, entraînant la fuite de nombreuses familles vers la Norvège pour échapper aux châtiments corporels. En parallèle, l'Église luthérienne mène une christianisation forcée : la spiritualité traditionnelle est criminalisée et plusieurs figures spirituelles samies sont exécutées pour sorcellerie lors de procès d'État. Face à ces exactions, des révoltes éclatent, culminant lors du soulèvement armé de Kautokeino en 1852 en Norvège, où des Samis se rebellent contre les représentants de l'État avant d'être sévèrement réprimés et exécutés. Aux XIXème et XXème siècles, la domination devient institutionnelle et pseudo-scientifique : l'Institut de biologie raciale de Uppsala en Suède soumet les Samis à des mesures crâniennes humiliantes, des écoles-pensionnats leur interdisent l'usage de leur langue, et la loi sur l'élevage de 1886 remplace leurs droits de propriété ancestraux par de simples droits d'usage révocables. ​Malgré cette longue histoire de spoliations et d'assimilation forcée, l'élevage traditionnel des rennes est demeuré le pilier fondamental de leur identité et de leur mode de vie pastoral, même si seulement 20% des samis vivent directement de l'élevage des cervidés de nos jours.

Il faudra attendre les années 1980 pour que les Etats scandinaves reconnaissent finalement cette minorité et leur accorde des droits d'autodétermination culturelle. C'est notamment le cas en Suède avec la création d'une représentation politique propre grâce au Sametinget (Parlement sami), instauré à Kiruna. À la fois organe politique élu et agence gouvernementale consultative, cette institution veille à la préservation de la culture et des droits territoriaux.

 

 

 

Du village de Rovvidievvá on remonte Gámaeatnu en direction de Unna Allakasstugorna. Il y a très peu de dénivellation sur cette portion puisque l'on s'élève d'à peine 200m sur près de 14km entre le village et le refuge suédois. On longe le large torrent à travers une forêt boréale qui se désépaissit au fur et à mesure de notre progression. Cette fois, même si on ne situe pas sur le Kungsleden, les aménagements sont en nombre pour traverser les différents cours d'eau qui cisaillent le sentier.

Une fois au refuge, on atteint un vaste plateau composé d'un archipel de lacs. Au loin, quelques glaciers apparaissent et ils ne sont pas suédois puisqu'il faut savoir qu'à moins de 2km de marche plus à l'Ouest on passe en territoire norvégien, cet itinéraire étant notamment emprunté pour relier les environs d'Abisko à la ville norvégienne de Narvik.

 

Sentier au-dessus de Unna Allakasstugorna.

En direction du Saelkacak'ka (Norvège).

Sentier près du Allagasjávri.

 

Depuis le refuge, on profite des quelques trouées perçant la couche nuageuse pour poursuivre notre étape du jour. Unna Allakasstugorna est directement relié par un sentier au second gros refuge du Kungsleden : Alesjaurestugorna. A l'instar de la transition entre STF Kårsavagge Fjällstuga et STF Abiskojaure Fjällstuga, il faut franchir une chaîne de montagnes pour ensuite redescendre sur la vallée sillonnée par le Sentier du Roi.

On alternera sur cette portion petites remontées et traversées de vastes plateaux amplifiant ainsi notre sentiment de solitude et le caractère vaste des montagnes suédoises. 

 

Les nuages reprennent le dessus pendant la traversée et ils sont accompagnés par une fraiche bise. De quoi nous décider à poursuivre notre route malgré les nombreux coins bivouacs qui s'offrent à nous sur ces plateaux lacustres, notamment celui du Bajip Snárapjávri (photos ci-dessous).

On franchit donc le large col en amont du plateau pour redescendre dans la Čoalmmivággi et nous en profiterons pour chuter directement vers le vaste Alisjávri et le Kungsleden, aux alentours des 800m d'altitude, sans que le vent ne soit trop gênant. 

 

Sur les coups des 20h30, on atteint les abords du Alisjávri après une trentaine de kilomètres parcourus depuis notre dernier lieu de bivouac. Une grande distance permis notamment grâce à la relative faible dénivellation de l'étape.

A partir de demain, les prévisions météo prévoient davantage de pluie pour les deux prochains jours. On devrait de toute manière rester principalement sur le Kungsleden durant ces étapes. 

 

Jour 4 : Du Alisjávri à la Nallostugan - Première immersion près des hautes montagnes suédoises.

 

Au vu du temps prévu, on se décide à tester un refuge suédois pour la nuit prochaine. Pour éviter des foules du Kungsleden, on vise la Nallostugan, perdue au milieu d'une vallée encaissée et légèrement à l'écart de la Voie Royale. Reste à voir à quoi ressemble le sentier de basculement d'une vallée à une autre et la visibilité que la météo nous permettra d'avoir.

 

Bien que le temps soit couvert, la pluie n'est pour le moment pas de la partie. De Alesjaurestugorna, on remonte la large Alisvággi en direction du prochain refuge : Tjäktjastugan. Ce n'est qu'à partir de ce dernier refuge que nous devrions sortir du Kungsleden pour aller vers la Nallostugan.

 

Contre toute attente, le soleil refait de brèves apparitions durant les premiers kilomètres, même si sur les quelques montagnes face à nous, les premières averses débutent. 

 

Mais au passage d'un ressaut, l'ambiance changement radicalement et voilà que les fines bruines atteignent le Kungsleden. Ce n'est néanmoins pas le déluge et le vent assèche rapidement l'atmosphère et fait bouger à une vitesse folle les nuages. Pas de quoi nous faire subir cette traversée jusqu'à Tjäktjastugan.

 

 

On passe aux abords de la Tjäktjastugan le temps d'une pause presque ensoleillée. De là, il nous faudra quitter le Kungsleden pour pénétrer plus sensiblement dans la chaîne de montagnes à l'Ouest. 

Après ce refuge, le Kungsleden franchit le Tjäktjapasset 1140m qui s'avère être le plus haut point de l'itinéraire. Mais nous ne serons pas frustrés par ce non-franchissement puisque depuis le début de notre aventure en Suède nous avons déjà été au-delà des 1100m d'altitude à trois reprises. 

D'ailleurs, en se dirigeant vers Nallostugan nous allons une nouvelle fois enjamber un col d'environ 1300m.

 

 

On quitte donc le Kungsleden pour entamer une traversée d'un champ de pierres. Bien que le sentier soit indiqué sur les cartes topographiques suédoises, il n'y a aucune matérialisation sur le terrain. On ne retrouvera des cairns qu'une fois en haut de la croupe, au moment de véritablement s'engager à remonter la Sielmmávággi vers le col. Il est fort probable que les cairns de départ soient situés légèrement en amont de ce que les cartes indiquent.

 

On franchit le col dans une ambiance sombre et lugubre mais sans que le brouillard ne nous empêche à progresser en toute sécurité. Sur l'autre versant, les cairns sont bien plus disparates et les chaos de blocs bien plus instables. On sent que le terrain est davantage travaillé par les éléments et les morceaux glaciaires ne sont pas bien loin. Face à nous on devine la cime pyramidale du Nállu, sommet caractéristique des environs dont la Nallostugan, bien qu'invisible depuis notre position, se trouve à son pied.

Passé le lac côté 1081, il faut faire attention à ne pas franchir le torrent comme le laisserait sous-entendre la rectitude du tracé sur les cartes topographiques suédoises. Il faut bien rester sur la gauche du torrent jusqu'à atteindre le replat où est posté le refuge. 

 

Une fois près de la Nallostugan, et malgré la largeur de la vallée, la verticalité est omniprésente dans les environs. Le relief contraste sensiblement avec ce qu'on a pu connaître jusqu'alors. On a l'impression d'avoir voyagé des Highlands d'Ecosse aux cimes abruptes des Alpes. 

 

Cependant le temps reste peu agréable pour une nuit en bivouac dans les environs avec un vent frais et constant sillonnant la vallée. On craque donc pour une nuit à l'abri dans la Nallostugan, l'occasion pour nous de tester à la fois le confort de ces refuges suédois mais aussi leur fonctionnement.

Il existe tout d'abord une différence fondamentale entre les refuges gérés par la STF et les refuges en France : la demi-pension n'existe pas. Du moins sur la totalité des refuges STF que nous avons croisé sur notre route. Le seul refuge qui semblait fonctionner comme un refuge français est celui que nous avons relié au début de notre aventure : Låktatjåkkastugan. Lorsque vous réservez une nuitée dans ces établissements vous ne paierez que pour avoir une place dans un lit et la mise à disposition des équipements du refuge : cuisine notamment et sauna possiblement. Le gardien n'est en réalité là que pour faire la maintenance, le nettoyage, gérer les réservations et conseiller les randonneurs de passage si ce dernier connaît bien le coin. En effet, contrairement à la Nallostugan dont la gardienne semble être une habituée du coin, nous avons eu l'opportunité de discuter avec deux autres gardiens de refuges (Sälkastugorna et Tarfalastugan) et il semblerait que les gérants s'alternent sur la totalité de la saison de gardiennage et ne soient pas forcément des habitués des refuges dont ils ont la responsabilité. Sur des périodes de deux à trois semaines, les gardiens, qui sont membres de la STF, gèrent ces établissements puis enchaînent parfois avec des périodes de vacances dans les environs comme la gardienne de Sälkastugorna nous l'a confié. Pensez donc à apporter votre nourriture lorsque vous réservez dans un refuge STF car aucun café, aucun potage, aucune omelette ni aucune tarte aux myrtilles ne vous sera servi.

Pour rester sur l'aspect alimentaire, la plupart des refuges STF situé sur le Kungsleden détienne une boutique où les randonneurs peuvent se ravitailler en nourriture. En fonction de la taille de l'établissement voire de son positionnement sur le tracé cette boutique est plus ou moins diverse et dense. On y trouve généralement des plats lyophilisés, des snacks, des boissons en poudre (café, chocolat chaud), des boites de conserve, des bouteilles de gaz ou encore des produits de pharmacie (pansements, crème anti-frottement, compeed). Ainsi, si vous restez sur le Kungsleden, il n'y a pas forcément besoin de trimballer plus de 4-5 jours de nourriture, il faut juste faire attention aux horaires d'ouverture de ces boutiques qui certes ferment relativement tard le soir (aux alentours de 20h) mais qui peuvent être fermées entre midi et deux. Durant notre trek, les refuges suivants bénéficiaient d'une boutique : Abisko Turiststation / Abiskojaure / Alesjaure / Sälka / Kebnekaise Fjällstation. Pour connaître des équipements de chaque refuge géré par la STF, il ne faut pas hésiter à aller faire un tour sur le site de l'organisme : https://www.swedishtouristassociation.com/

https://www.swedishtouristassociation.com/guides/mountains/shops/

C'est cette multitude d'activité : gardiennage, nuitée, boutique, sauna qui fait que les refuges STF sont composés de plusieurs bâtiments. Certains ressemblant parfois à de petits hameaux de 4-5 baraquements ayant chacun son utilité (un pour le gardien, un pour le sauna, un ou plusieurs pour les dortoirs, un pour la boutique, un pour le stockage de bois, un pour les toilettes sèches etc).

Enfin, malgré leur isolement et l'absence de réseau téléphonique sur de grandes portions du Kungsleden et du Massif du Kebnekaise, la totalité des refuges que nous avons croisé utilisent le paiement par carte. Les refuges STF sont équipés du système satellitaire Starlink leur permettant une utilisation constante du TPE mais également d'avoir les prévisions météo. Cela facilite les possibilités de ravitaillement des randonneurs puisqu'il n'y pas besoin de détenir du liquide pour acheter dans leur boutique ou réserver des lits à la dernière minute et il ne faut pas hésiter à demander les prévisions météo aux gardiens qui généralement mettent à la disposition des randonneurs près de la réception les prévisions à deux jours, ces dernières étant renouvelées chaque matin.

De notre côté, la Nallostugan n'étant pas située sur le Kungsleden et étant de relative petite taille, il n'y a ni boutique, ni sauna. On se contentera d'une pièce commune chauffée, d'une cuisine tout équipée et de lits douillets.

 

Jour 5 : De la Nallostugan à Láddjubahta - A travers les larges vallées du Kungsleden.

 

C'est, d'après les prévisions météo, la journée la plus pluvieuse que nous devrions avoir. Etant acclimatés à la nébulosité et à l'humidité depuis notre départ d'Abisko, on s'élance de la Nallostugan pour aller retrouver le Kungsleden près de STF Sälka Fjällstuga. On traverse la large Stuor Reaiddávággi vers le Sud, son bras Est se rendant quant à lui vers la Vistasstugan.

On alterne traversée de tumultueux torrents et vastes plateaux jonchés de quelques zones de tourbières. Au niveau du large col, juste avant d'atteindre les rives du Reaiddájávri, il est possible de partir plein Est vers la petite Unna Räitastugan, une cabane perdue au milieu des géants du Kebnekaise, parfaitement isolée du Kungsleden mais la météo capricieuse de la veille et du jour nous a conduit à nous contenter de la Nallostugan pour y faire escale (il y a d'ailleurs environ 8km de marche entre la Nallostugan et Unna Räitastugan). 

On poursuit donc plein Sud pour le moment au sec mais avec des rafales de vent bien rafraîchissantes.

 

Traversée du torrent émanant du Reaiddaglaciären.

STF Sälka Fjällstuga et le Čuhčaoalgi.

Au niveau de la STF Sälka Fjällstuga on remet pied sur le Kungsleden et on retrouve les troupeaux de rennes paissant près du sentier. On traversera d'ailleurs d'immenses enclos de rennes sur cette portion. On continue notre route vers le Sud, la visibilité étant particulièrement bonne malgré la nébulosité d'altitude puisqu'on a une vue d'ensemble sur l'immense Tjäktjavagge qui relie la STF Sälka Fjällstuga à la STF Singi Fjällstuga, notre prochain intermédiaire.

13km séparent les deux refuges STF. Le sentier ne présente pas de difficultés et le moindre torrent est équipé de pont pour le traverser. Il y a même un abri à mi-chemin, celui de Kuoperjåkka permettant de se réfugier en cas d'intempéries ou d'y passer la nuit, encore faut-il arriver relativement tôt pour espérer avoir une place, ce dernier étant posté sur le Kungsleden. 

 

En traversant le Sinnijohka, le Kungsleden se divise en deux : un itinéraire poursuivant sa route vers le Sud et la STF Singi Fjällstuga et un autre bifurquant vers l'Est en direction de la STF Kebnekaise Fjällstation et Nikkaluokta. Face au temps qui ne semble pas si humide qu'escompté, on emprunte directement la bifurcation au lieu d'atteindre la STF Singi Fjällstuga située à environ 3km du croisement. 

Malgré l'arrivée d'une averse accompagnée de bonnes rafales de vent, on arrive près d'un chapelet de lacs appelé Láddjubahta. Leurs abords sont agrémentés de quelques sites de bivouac dont nous profiterons pour la nuit. Le temps et le risque de pluie ayant conduit les randonneurs à déserter les sentiers des environs, probablement rabattus sur les sites proches des refuges. 

 

Jour 6 : De Láddjubahta à la Tarfalastugan - Au pied du point culminant de Suède.

 

Ce sixième jour est un peu particulier puisqu'il s'agit de l'étape où nous serons au plus près du Kebnekaise, le point culminant du pays. Nous espérons un temps plus clément dans le courant de l'après-midi même si nous sommes conscients que malgré notre proximité avec le sommet, le temps de la matinée de nous permettra pas d'entreprendre son ascension. On se fixe tout de même comme objectif de fin de journée d'atteindre la Tarfalastugan située dans l'une des plus belles vallées glaciaires du massif, non loin du Kebnekaise.

 

En 9km on atteint la STF Kebnekaise Fjällstation, un des plus gros refuges de la région de part son positionnement à la fois sur le Kungsleden mais également au départ de la voie normale du Kebnekaise.

Le Kebnekaise est le point culminant de la Suède, mais il ne domine en aucun cas les Alpes Scandinaves, le point culminant de la chaîne de montagnes se situant en Norvège au niveau du Galdhøpiggen 2469m, dans le Massif du Jotunheimen. Le Kebnekaise, dont le toponyme signifie ''le rebord du chaudron'', possède en réalité deux sommets principaux : le sommet nord (Nordtoppen), composé de roche, et le sommet sud (Sydtoppen), recouvert d'un glacier sommital. Pendant des décennies, le sommet sud est resté le plus haut de Suède, culminant à 2 111 mètres d'altitude au début du XXe siècle. Cependant, sous l'effet du réchauffement climatique et de la fonte de sa calotte glaciaire, le sommet Sud a progressivement perdu de sa hauteur. En août 2018, pour la première fois, le sommet Nord (2 096,8 mètres) est officiellement devenu le point culminant de la Suède, dépassant le sommet Sud dont la calotte de glace continue de fondre chaque été. ​

La première ascension officielle du Kebnekaise a été réalisée en août 1883 par l'alpiniste français Charles Rabot, accompagné des guides locaux Jon Larsson et Hans Monsen. Parti de la vallée de Tarfala, Charles Rabot a atteint le sommet Sud en empruntant un itinéraire exigeant qui porte aujourd'hui son nom (Rabots led). L'ascension du Kebnekaise s'effectue aujourd'hui principalement au départ de la STF Kebnekaise Fjällstation via deux itinéraires majeurs, dont le plus emprunté est la « voie occidentale » (Västra leden). Considérée comme une voie normale accessible aux randonneurs, elle ne nécessite pas d'équipement d'escalade ni de guide en été, mais n'est pas à négliger puisqu'il s'agit d'un aller-retour d'environ 20 kilomètres pour 1 800 mètres de dénivelé cumulé. Sans oublier la météo qui peut s'avérer capricieuse voire dangereuse sur les sommets suédois. L'itinéraire alternatif, la « voie orientale » (Östra leden), est plus court mais plus technique : il traverse le glacier de Björling et comprend une section de via ferrata nécessitant un équipement d'alpinisme. Sur les cartes topographiques suédoises, seule la voie occidentale est indiquée.

De notre côté, la forte nébulosité nous contraint à remettre l'ascension du Kebnekaise à une aventure ultérieure en Laponie suédoise. On profite des équipements de la STF Kebnekaise Fjällstation pour se ravitailler en nourriture et profiter d'une fika bien méritée. En Suède, la fika, que l'on pourrait traduire par ''pause café'' est une tradition fortement répandue. Il s'agit pas simplement de boire un café mais de prendre le temps de le déguster en bonne compagnie. Il n'est pas rare de voir cette fika accompagnée d'un kanelbullar (gâteau à la cannelle) sur les terrasses ou les boulangeries des villes de Suède, Stockholm en tête.

 

Pour la suite de notre trek, le ravitaillement en nourriture et collations n'est pas à négliger au niveau de la STF Kebnekaise Fjällstation. En effet, nous ne devrions pas recroiser de refuges possédant une boutique sur notre seconde partie de voyage. 

A partir du refuge, on quitte d'ailleurs définitivement le Kungsleden pour des itinéraires secondaires et un peu plus alpins. On ne se focalise d'ailleurs pas sur le Kebnekaise avec le beau temps qui doit arriver puisque l'on a a coeur de franchir les hauts passages avec une bonne visibilité sur les prochains jours.

On profite du réseau au refuge pour réserver préalablement notre lit à la Tarfalastugan avant d'entamer l'ascension des 600m de dénivelés séparant les deux refuges.

Après avoir remonté la Darfálvággi, on atteint un vaste cirque où dégueulent de nombreuses langues glaciaires. Sur la gauche, au-dessus du glacier, on devine les parois sommitales du Kebnekaise. On se situe ici aux alentours des 1000m d'altitude, dans les Alpes françaises, nous avons ce genre de paysage vers les 3000m d'altitude. C'est assez perturbant de monter si peu et de se retrouver face à ce panorama glaciaire.

 

Avant d'atteindre le refuge, on passe aux abords d'une multitude de petits baraquements. Il s'agit de la station de recherche de Tarfala (Tarfala forskningsstation). C'est un haut lieu de la glaciologie et du suivi climatique en Suède. Gérée par l'Université de Stockholm, cette base scientifique implantée à 1 135 mètres d'altitude se consacre principalement à l'étude de la dynamique des glaciers, de la fonte du permafrost, et de l'impact du réchauffement climatique sur les écosystèmes glaciaires et polaires. C'est à Tarfala que sont mesurés en continu les bilans de masses glaciaires depuis les années 1940, notamment sur le glacier de Storglaciären. Ce dernier détient le record mondial de la plus longue série ininterrompue de données sur le bilan de masse d'un glacier, faisant de la vallée une référence scientifique incontournable à l'échelle internationale pour documenter le réchauffement climatique. ​

On finit par arriver près de la STF Tarfalastugan construite près du Darfáljávri et de la magnifique langue glaciaire du Isfallsglaciären. Bien que l'on arrive sous un temps nuageux, la fin de journée verra la nébulosité se dissiper laissant apparaître le sommet Nord du Kebnekaise entre deux sessions de sauna.

La STF Tarfalastugan a le même fonctionnement que la STF Nallostugan : il n'y a pas de boutique, les dortoirs et la salle commune sont dans le même bâtiment mais à la différence de la Nallostugan, ce refuge bénéficie d'un sauna et de l'électricité. 

 

Jour 7 : De la Tarfalastugan au Vássaloamijávri - Au coeur des hautes vallées du Massif du Kebnekaise.

 

On se réveille et devinez quoi : il fait beau ! Nous découvrons pour la première fois le ciel bleu suédois et dans pas n’importe quel cadre : celui du cirque glaciaire de Tarfala. Contrairement à la veille, la totalité des sommités sont dégagées et l’absence de vent offre de magnifiques reflets sur le lac. De quoi nous rassurer sur la poursuite de notre itinéraire qui va s'avérer plus alpin et moins bien balisé que ce que nous venons d'effectuer jusqu'alors. Dès le refuge, on part hors sentier en ayant pour objectif de franchir une immense pente rocheuse assez inclinée présente à l'Est de la station de recherche. 

Sur les cartes, le sentier est indiqué mais là encore dans un caractère rectiligne qui n'a rien de réalisable sur le terrain. Au contraire, la ligne de marquage passe en plein centre d'un pente malmenée par les glissements de terrain et la fonte du pergélisol. On négocie donc une ascension en diagonale depuis le refuge, une trace se devinant au loin et permettant de zigzaguer au milieu du chaos de pierres instables, le tout avec une splendide vue sur le cirque glaciaire de Tarfala.

 

Tarfalastugan, Darfáljávri, Isfallsglaciären.

Cime bicéphale du Kebnekaise (on devine le sommet glaciaire et le sommet rocheux), Halspasset et le Isfallsglaciären.

Station de recherche de Tarfala et le Storglaciären.

Les deux sommets du Kebnekaise et les deux glaciers de son versant Est : Storglaciären à gauche et Isfallsglaciären à droite.

 

Au point haut du pierrier, à plus de 1500m d'altitude, on passe d'un cirque glaciaire relativement encaissé à des plateaux rocheux à perte de vue. Même si l'ambiance est assez aride malgré la présence du petit Darfalglaciären, on finit par atteindre deux petits lacs. Sur cette portion, la visibilité est primordiale car malgré la présence de quelques cairns et l'absence de verticalité, les tas de pierres se confondent dans l'environnement et on navigue au plus simple dans le pierrier jusqu'au lac côté 1117.

 

On finit par arriver près de la petite cabane de Kaskavagge, un abri non-gardé qui peut servir pour la nuit ou en cas de mauvais. On ne fait que passer aux abords de cette cabane pour aller chercher une vallée un peu plus au Nord de notre position. On traverse le Gaskkasjohka puis on remonte légèrement jusqu'à un petit plateau alpestre, le tout dans une ambiance estivale et des paysages magnifiques. 

Vue d'ensemble de la Gaskkasvággi avec ses sommités notamment Nijbás 1874 à droite, le Point 1905 au centre et le Point 2071 à gauche.

 

En franchissant une crête, on est littéralement happé par la beauté du paysage. La large Visttasvággi s'étale à nos pieds comme une carte postale scandinave : forêts boréales, torrents, montagnes rocheuses et glaciaires, pelouses alpines, tout y est sans oublier le grand soleil qui nous accompagne depuis le début de cette étape.

 

La suite de l'étape consiste à relier le talweg de la Visttasvággi pour ensuite la remonter jusqu'à atteindre la STF Vistasstugan invisible depuis notre position tant le paysage est vaste. Du refuge, nous devrons remonter légèrement dans les montagnes d'en face pour espérer trouver un coin bivouac à l'écart des grandes voies randonnables qui traversent la vallée. Demain, nous devrions franchir la chaîne de montagnes située sur la droite de la photo ci-dessus, proche du petit glacier que l'on aperçoit.

 

Longue d'environ 35km entre sa partie basse vers Nikkaluokta et ses hauts cols, on ne remontera la Visttasvággi que sur 5km entre le franchissement du Visttasohka et la STF Vistasstugan. Cette vallée constitue l'un des plus beaux endroits du Massif du Kebnekaise. Préservée des foules par son positionnement excentré par rapport au Kungsleden, elle peut cependant être en partie empruntée en reliant les refuges STF de Alesjauresstugorna, Vistasstugan, Nallostugan et Sälkastugorna.

Au niveau de la STF Vistasstugan, nous quittons le sentier principal reliant Alesjauresstugorna pour bifurquer et remonter en direction de la STF Mårmastugan indiquée à 14km de notre position. Notre objectif étant de grimper jusqu'à un grand lac situé environ 300m au-dessus de la Vistasstugan pour y établir notre bivouac et profiter encore une soirée de la vallée.

 

 

On installe notre tente près du Vássaloamijávri, aux alentours des 900m d'altitude, sans aucun congénère à des kilomètres à la ronde. 

Durant la soirée et la nuit, avec un ciel clair, la température chutera sensiblement sans toute fois atteindre des valeurs négatives. De toute manière nous sentons l'arrivée de l'automne malgré des températures jusqu'alors clémentes. Les alpages et les forêts boréales jaunissant au fur et à mesure de notre progression.

De même avec la tombée de la nuit qui se fait de plus en plus tôt. Sur 9 jours nous perdrons jusqu'à 1h30 de jour et nous finirons par avoir des nuits noires sur la fin de notre périple, contrairement au démarrage.

 

Jour 8 : Du Vássaloamijávri à l'Alip Honggánjira - A l'assaut du plus haut col de notre trek.

 

Le temps ensoleillé se poursuit ce qui nous permet de nous engager sans appréhension en direction du Mårmapasset, col  qui constituera le point culminant de notre aventure en Suède. Depuis Vistasstugan, il y a environ 1000m de dénivelés positifs pour atteindre le col, mais la veille, pour notre bivouac au bord du Vássaloamijávri nous en avons déjà effectué près de 400. Il y a cependant une différence notable avec la première portion de l'ascension puisque le sentier se matérialise de moins en moins au fur et à mesure que l'on progresse dans les pierriers. Les cairns se raréfient et sont difficilement visibles mais l'absence de nébulosité facilite cette montée.

 

Lors des premières centaines de mètres de l'ascension, la vue est une nouvelle fois magnifique sur la vallée et les hauts sommets du Massif du Kebnekaise. Les pelouses alpines laissent peu à peu place aux vastes pierriers où nichent de nombreuses perdrix qui, malgré leur camouflage, n'hésitent pas à se dévoiler en s'envolant à toute vitesse dès que l'on s'approche de leur position. 

 

La progression vers le col s'aplanit lorsque l'on passe proche du Vássajávri, ce dernier nous offrant de magnifiques reflets en l'absence de vent. Après ce lac, on évolue dans des chaos de pierres où l'on est obligé de sautiller de bloc de roche en bloc de roche tant ils sont imposants. Le terrain est relativement peu incliné mais pas mal de bloc ne sont pas véritablement ancrés. Il faut faire attention aux rochers instables qui constituent l'unique difficulté vers le col, qui d'ailleurs, est observable tout du long.

 

Depuis le lac, le col semble tout proche mais il nous faudra tout de même 2h30 d'ascension pour relier notre bivouac au col perché à quasiment 1600m d'altitude, évoluer au milieu des vastes chaos de blocs ralentissant notre progression. On est bien loin de la ligne droite sous-entendue par des cartes topographiques suédoises. D'en haut, notamment sur le versant Sud que nous venons de gravir, on a l'impression de se situer au sommet d'un volcan, la roche noire à perte de vue contrastant avec la relique glaciaire qui nous a surplombé sur la terminaison de l'ascension. Au-delà, même si le Kebnekaise n'est pas visible, on voit une multitude de hauts sommets : Pyramiden, Njibás, Darfálčohkka, Reaiddáčohkka notamment pour ceux qui ont la chance de porter un nom.

 

De l'autre coté, le versant Nord est tout aussi désertique même si le Moarhmmáglaciären est beaucoup plus imposant. On a une vue d'ensemble sur les douze prochains kilomètres qui nous attendent pour relier le col au bas de la vallée. 

Autre différence avec le versant Sud, c'est la verticalité du sentier de descension, c'est un véritable mur. Il ne faut en aucun cas suivre à la lettre ce que les cartes topographiques suédoises semblent indiquer, c'est-à-dire une descente droit dans la pente depuis le col. Au contraire, il faut aller chercher l'alignement de cairns qui part sur la droite du col, en aval du Point 1647. Ce sentier permet d'éviter les larges dalles glissantes du versant Nord où de nombreux blocs sont proches de la chute. Une fois en bas, il faudra rester sur la droite du Vierrojohka dans le but de relier la STF Mårmastugan et le bas de la vallée.

 

Vers 1100m, on passe près de la STF Mårmastugan qui nous servira de pause déjeuner. Composé de deux places sur banquette et possiblement d'une place supplémentaire sur le sol, il s'agit d'un abri non-gardé géré par la STF. Il faut dire qu'il n'y a pas foule dans cette zone puisque nous n'avons croisé personne depuis la STF Vistasstugan la veille.

A partir de la cabane, le sentier est non seulement matérialisé par des cairns mais aussi par des points de peinture rouge. 

Sur la partie basse de la vallée et malgré les traces rouges sur les rochers, la progression est particulièrement périlleuse et paumatoire. La végétation se densifie ce qui occulte par moment les blocs indicateurs mais aussi avec des pans du sentier tellement proches du torrent qu'ils semblent avoir été emportés par les crues de ce dernier. 

Tant bien que mal on atteint le pont qui nous permet de franchir le Vierrojohka. Mais c'est un peu plus en amont que nous avons eu la vue ci-dessus. Il s'agit du prochain groupe montagneux que nous aurons à traverser, et le dernier d'ailleurs. Notre objectif est d'atteindre l'entrée de la large vallée en V que l'on aperçoit sur la partie droite de la chaîne de montagnes. La particularité de cette zone et qu'il n'y a aucun sentier balisé, que ce soit sur le terrain ou sur les cartes topographiques. Cependant, d'après les dires de certains randonneurs, cette vallée est facile d'accès et ne présente pas de difficulté contrairement à la seconde option qui se trouve un peu plus à l'Est via Lapporten. Option qui, d'après des randonneurs croisés quelques jours plus tôt est difficilement praticable car peu balisée et traversant des tourbières et des parties forestières à de nombreuses reprises. Reste à voir où nous engager pour aller chercher l'entrée de cette vallée. Il faut dans un premier temps utiliser les sentiers et les ponts qui permettent de traverser le tumultueux Aliseatnu.

 

Malgré la présence d'un sentier, l'environnement est particulièrement marécageux sur la partie basse de la vallée et la végétation obstrue par moment le chemin au point de le rendre presque invisible. Nous avons hâte de prendre de l'altitude pour que la végétation se raréfie. Une fois le torrent franchi, on grimpe légèrement jusqu'au lieu-dit Vuopmegeahči. De là, au lieu de partir à l'horizontale en remontant légèrement la vallée, on pique directement dans la pente en suivant dans un premier temps le torrent à notre gauche. Notre objectif est de grimper le plus rapidement possible et le plus efficacement possible les 200m de dénivelés positifs jusqu'à atteindre la barre symbolique des 1000m pour à la fois réduire le côté invasif de la flore en prenant de l'altitude et relier un replat nous permettant de rejoindre en balcons l'entrée de la vallée.

 

Cette prise de décision de partir hors sentier a pu être menée grâce au temps radieux qui nous accompagne depuis le début de l'étape. Pas sûr que nous ayons pris ce risque si le brouillard était de la partie même si le terrain n'est pas très engagé. 

On essaye de grimper sur les pentes accueillant le moins de végétation possible. On divague au milieu des myrtilliers jusqu'à atteindre le fameux replat qui nous conduira jusqu'au bassin de l'Alip Honggánjira et le lac côté 1056. D'en haut, la vue est une nouvelle fois splendide sur les sommets en partie enneigés et les grands lacs. On devine par exemple le Bieggaluoppal et son vaste déversoir baignés par les rayons lumineux. De même, on aperçoit au loin le sommet norvégien de Kirken 1894m et ses immenses langues glaciaires.

 

C'est sous les deux monumentales cimes du coin : Siellačohkka 1637m et Hongá 1727m et entouré de quelques hardes de rennes que nous installons notre dernier bivouac. Ce lieu de bivouac marque la terminaison de l'étape la plus compliquée de notre trek tant par la distance, la dénivellation et l'état des sentiers. Mais l'effort en vaut la chandelle avec des paysages sauvages, vierges et grandioses de A à Z. 

 

Jour 9 : De l'Alip Honggánjira à Abisko - La vallée des rennes.

 

 

Malgré une nuit calme et paisible, le temps a radicalement changé au lever du jour : fort vent de Sud et retour de la nébulosité semblent être notre cocktail météo pour notre dernière étape en direction d'Abisko. 

Pour retrouver notre point de départ, nous allons traverser en intégralité la Ballinvággi, une vallée en Z assez encaissée et entourée de cimes rocheuses dépassant les 1600 et 1700m d'altitude. 

Durant sa traversée, il n'y a pas véritablement de montée ou de descente puisque l'on reste entre les 1000-1100m d'altitude jusqu'à se retrouve en amont du Parc National d'Abisko. 

 

Sentant le déluge arriver, on démonte rapidement notre bivouac et on s'engage dans la vallée en franchissant un col. Une fois engouffré dans celle-ci, il semblerait que les nuages noirs et les rideaux de pluie les accompagnant soient bloqués par le relief. On avance toute de même à grand pas jusqu'à croiser un petit abri Sami à l'abandon. Cette construction marque le point de bifurcation vers la droite et la continuation de la vallée. En poursuivant tout droit, cela nous conduirait vers la Gárddenvággi et la STF Abiskojaurestugorna que nous avons déjà côtoyé lors de notre seconde étape.

 

Sur la seconde moitié de la vallée, la population de rennes est impressionnante. On croise des dizaines de spécimens tous aussi étonnés d'apercevoir des bipèdes comme nous s'engager dans cette vallée sauvage et peu connue. 

Par moment, on remarquera tout de même quelques cairns solitaires. Signes que cette vallée est par moment empruntée et pourrait s'avérer être une alternative de plus en plus plausible à Lapporten.

Une fois la vallée traversée, le paysage s'ouvre amplement sur le Parc National d'Abisko et le Torneträsk. Le caractère vaste est tel que l'on a du mal à apercevoir les hameaux d'Abisko depuis notre promontoire. On chute vers la forêt en suivant le Ballinjohka jusqu'à atteindre le Kungsleden. On le suivra pendant quelques instants en prenant bien soin de choper la bifurcation nous emmenant vers Abisko Östra et non la STF Abisko Turiststation.

 

 

On termine ce trek en Laponie suédoise après plus de 200km parcourus entre vallées, cols et rivières. Bien que la nébulosité fut importante durant ce périple, nous n'avons pas eu à subir les heures de pluie que l'on nous promettaient en partant dans cette extrémité Nord de l'Europe. 

Une première expérience d'itinérance en Suède et plus largement dans les Alpes Scandinaves réussie sans accroc, sans intempéries significatives qui nous a permis de nous immiscer pleinement dans le caractère sauvage de ces montagnes si différentes des Alpes, chaîne de montagnes que nous côtoyons presque quotidiennement. Différentes à la fois par leur relief, leur climat, leur flore et leur faune. 

Les deux petits regrets se cantonnent à l'impossibilité de gravir le Kebnekaise lors de notre passage près de la montagne ou encore à l'absence d'élan, tout de même contrebalancer par une quantité inespérée d'observations de rennes. On se réserve ces deux derniers points pour une possible future expédition dans les Alpes Scandinaves, les richesses minérales et paysagères de cette chaine de montagnes ne se limitant aucunement à cette extrémité Nord de la Suède : le Sarek pour la Suède et le Jotunheimen pour la Norvège étant deux autres régions que nous gardons en tête pour un retour en Scandinavie.


ITINÉRAIRE DU TREK : 

 

Cartes topographie nécessaire : Calazo - Kungsleden : Kebnekaise, Abisko & Riksgränsen (1:50000)

Tour du Kebnekaise Trace Gpx

Données géographiques – 367,1 KB
  • Départ/Arrivée: km 0 - alt. 391 m - Abisko Östra
  1. km 2.3 - STF Abisko Turiststation
  2. km 5.5 - Aurora Station
  3. km 9.8 - Passaga à gué
  4. km 14.4 - Kåppatjåkka
  5. km 21.1 - Låktatjåkko fjällstation
  6. km 24.3 - Lacs de la Guoblavággi (Bivouac 1)
  7. km 28.6 - Bajimus Gorsajávri
  8. km 31.8 - STF Kårsavagge Fjällstuga (passage à gué)
  9. km 38.6 - Abeskojávri
  10. km 39.4 - STF Abiskojaure Fjällstuga
  11. km 47.3 - Croisement Alesjauresstugorna / Rovvidievvá
  12. km 50 - Gieddeorda (Bivouac 2)
  13. km 52.8 - Rovvidievvá
  14. km 68.1 - STF Unna Allakasstugorna
  15. km 75.1 - Bajip Snárapjávri
  16. km 78.5 - Čoalmmivággi
  17. km 81.8 - Alisjávri (Bivouac 3)
  18. km 83.2 - STF Alesjaurestugorna
  19. km 96.4 - STF Tjäktjastugan
  20. km 99.7 - Sielmmávággi
  21. km 104.7 - STF Nallostugan (Nuitée 4)
  22. km 108 - Reaiddájávri
  23. km 115 - STF Sälka Fjällstuga
  24. km 121.8 - Kuoperjåkka
  25. km 124 - Croisement STF Singi / STF Kebnekaise Fjällstation
  26. km 130.1 - Láddjubahta (Bivouac 5)
  27. km 139.1 - STF Kebnekaise Fjällstation
  28. km 145.8 - Tarfala forskningsstation
  29. km 147.1 - STF Tarfalastugan
  30. km 155.3 - Kaskavagge (cabane)
  31. km 167 - STF Vistasstugan
  32. km 170.8 - Vássaloamijávri (Bivouac 6)
  33. km 173.7 - Vássajávri
  34. km 176.8 - Mårmapasset
  35. km 180.2 - STF Mårmastugan
  36. km 191 - Début hors sentier vers Alip Honggánjira
  37. km 195 - Alip Honggánjira - Lac (Bivouac 7)
  38. km 201.7 - Abri sami en ruine
  39. km 205.1 - Ballinvággi
  40. km 212.9 - Reprise du Kungsleden
  41. km 214.3 - Croisement STF Abisko Turiststation / Abisko Östra

FAQ sur le Tour du Kebnekaise : 

 

 

Comment bien se renseigner sur un trek dans cette région de Suède ? 

Nous avons utilisé 3 canaux pour nous renseigner sur ce trek et cette région scandinave :  tout d'abord les blogs de certains voyageurs racontant leur périple mais aussi et surtout le groupe Facebook "Kungsleden / King's Trail" ainsi que la STF via leur mail : info@stfturist.se 

Ces deux derniers réseaux sont particulièrement utiles pour organiser des portions de trek en dehors des sentiers du Kungsleden et savoir leur praticabilité. La STF répond de manière précise, développée et rapidement donc il ne faut pas négliger ce contact.

Ne pas hésiter également à me poser des questions via la zone de contact sur ce site !


 

 

 

 

Comment se rendre à Abisko ? 

Plusieurs options s'offrent à vous : un voyage en totalité en train depuis une grande ville française en direction d'Hambourg en Allemagne. Depuis Hambourg des trains de nuit via Copenhague et Stockholm peuvent vous conduire vers Kiruna puis Abisko.

Un voyage en quasi totalité en avion avec une escale à l'aéroport de Stockholm puis un second trajet en direction de l'aéroport de Kiruna. Le transfert jusqu'à Abisko se fera ensuite en bus ou en train. Comptez une cinquantaine d'heures de trajet avec cette option.

Un voyage mixant l'avion et le train (ce que nous avons fait) : un vol pour Stockholm Arlanda suivi d'un train de nuit en direction de Kiruna et d'Abisko. Comptez plus de 20h de trajet depuis la France jusqu'à Abisko avec cette option. 

Au départ de Kiruna, il est également possible d'avoir une liaison vers Nikkaluokta.

Site de la compagnie suédoise pour les trains de nuit : https://www.sj.se/


 

 

 

A quelle période de l'année puis-je effectuer le Kungsleden et ce trek en particulier ?

Une large période randonnable peut s'étaler de mai à septembre. Grosso modo de la fonte nivale jusqu'aux premières neiges. Si vous restez sur le Kungsleden, la présence de névé à la fin de l'hiver ne pose pas tant de problème que cela, la technicité de ce tracé étant relative (peu de fortes inclinaisons de pentes).

Cependant, en ce qui concerne le trek que nous avons effectué et puisque l'on se situe dans des milieux plus montagnards et escarpés, une fonte totale du manteau neigeux est préférable voire indispensable notamment sur les dernières étapes, d'où notre départ à la fin du mois d'août.

D'autres choses à savoir sur les potentielles périodes de trek : soleil de minuit entre mi-juin et mi-juillet donc pas de nuit totale sur une bonne partie de la période estivale / En septembre, l'automne s'installe et avec lui des couleurs magnifiques tout au long du trek et une plus fort probabilité de pouvoir observer des aurores boréales / En dehors de la période estivale les refuges sont fermés (abris d'hiver possibles mais pas de ravitaillement) / Le Kungsleden a un balisage hivernal (gros poteaux métalliques avec une croix rouge + indiqué sur les cartes topographiques) pour sa réalisation en ski nordique.


 

 

 

Une carte topographique papier est-elle indispensable lors d'un trek dans cette région ? Quelles applications téléphones sont utiles pour bien se repérer ?

A chaque fois que nous discutions avec une personne ayant déjà effectué le Kungsleden ou une personne membre de la STF, tous nous conseillaient vivement d'avoir une carte papier de la zone en question. Et finalement, de notre coté, nous l'avions dans le sac mais nous de l'avons pas sortie.

La parade ? Une gestion de l'autonomie du téléphone avec un mode avion activé quasi constamment (de toute manière il y a très peu de réseaux) et plusieurs batteries externes (les refuges n'ont pas forcément d'électricité en libre accès).

Au niveau des applications, nous en avions deux principales : 

  • Komoot (via abonnement pour avoir les cartes hors réseau) avec un fond de carte OSM.
  • Min Karta (My Map en anglais) qui permet d'avoir les cartes topographiques suédoises hors réseau gratuitement ! Cependant, il n'y a pas de possibilité d'incorporation de fichier GPX sur cette application, il ne s'agit que de lecture de carte et de positionnement GPS. Cette application et ces cartes permettent également de distinguer les sentiers d'été des sentiers d'hiver.

Ne pas avoir de carte papier n'est pas rédhibitoire même si elle peut s'avérer un plan B utile si la batterie externe ou le téléphone lâche (encore faut-il savoir la lire). Bref, prenez en une, ça pèse rien et ça fera un bon souvenir.


 

 

 

Y a-t-il besoin d'argent liquide sur ce trek ?

La Suède a la réputation d'être une ''Cash Free Nation''. La carte de crédit est maintenant utilisée de partout au point que certains magasins ou restaurants n'utilisent plus et refusent les paiements en liquide.

Les refuges STF que nous avons croisé avaient tous la possibilité de règlement en carte bancaire et ne juraient que par ce moyen de paiement (utilisation de Starlink pour avoir une connexion constante). Ainsi nous n'avons jamais eu à utiliser du liquide, l'exception semblant être le franchissement des grands lacs via les barques sur les parties méridionales du Kungsleden. Il est conseillé d'avoir du liquide sur soi concernant ce dernier aspect. 

De notre coté nous avions retiré 100SEK (soit environ 95€) et nous avons eu bien du mal à les utiliser. Les supermarchés de Suède utilisent encore le liquide même s'ils semblent étonnés dès que l'on sort un billet.

Pour retirer de l'argent liquide, il faut se concentrer sur les ''grandes'' villes. Abisko n'a pas de distributeur. Nous avons pu retirer uniquement dans le centre-ville de Kiruna.


 

 

Quel matériel de randonnée est indispensable sur le Kungsleden ? 

Nous ne parlerons pas ici des affaires classiques de randonnée. Bien entendu les affaires de pluie sont indispensables (imper, sur-pantalon imper, poche imper pour sac à dos, sacs étanches pour protéger les affaires sensibles).

Au-delà de ça, les guêtres nous ont paru forts utiles dans cette région puisque l'on traverse énormément de zones humides, de tourbières et de rivières. De même ne pas hésitez à prendre une ou deux paires de chaussettes supplémentaires.

Au niveau de l'eau, avoir deux gourdes pleines ne sert à rien. Il y a de l'eau de partout même si une gourde filtrante n'est pas à négliger si on prend de l'eau en aval d'un refuge, près de tourbières ou de zones de pâturages de rennes. 

Enfin, les bâtons de randonnée sont utiles pour l'équilibre sur les planches en bois, les zones glissantes, les chaos de blocs et soulager le poids du sac sur le dos et les jambes. 


 

 

 

Comment se renseigner sur la météo dans cette région ?

En l'absence de réseau sur le Kunsgleden, il faudra se contenter des prévisions météo affichées par les refuges STF. Ces prévisions sont établies sur la journée en cours et le lendemain uniquement. Les gardiens ayant une connexion constante il ne faut pas hésiter à leur demander si vous souhaitez avoir soit plus de visibilité sur la suite de la semaine soit connaitre la météo pour un autre refuge situé dans une autre vallée. Le temps peut différer entre chaque vallée, même située à 10km l'une de l'autre.

Sinon les sites météo les plus utilisés sont : 

Sur le premier vous pouvez choisir des zones précises telles que les refuges alors que sur Meteoblue il faudra se contenter d'Abisko ou Nikkaluokta sur le trek que nous avons réalisé.

Enfin, les balises de secours du style Inreach Garmin peuvent inclure des données météo en fonction de l'abonnement.


 

Est-ce que je peux réaliser ce trek avec mon chien ? 

Oui c'est possible. Nous avons croisé énormément de gens marchant au côté de leur chien, notamment sur le Kungsleden. Les refuges STF acceptent pour la plupart nos amis à quatre pattes avec des dortoirs dédiés aux gens randonnant avec leur chien (voir sur le site de chaque refuge).

Dans les parcs nationaux, les chiens sont autorisés en laisse encore faut-il rester sur le Kungsleden et ne pas sortir du sentier.