Depuis la pandémie du Covid 19, la montagne et notamment les massifs alpins ont connu un afflux sans précédents de nouveaux pratiquants, portés par une quête de déconnexion, de retour à la nature mais également du fait du rôle de plus en plus puissant des réseaux sociaux. Cette démocratisation fulgurante des sports de montagne et du bivouac a engendré une pression anthropique majeure sur des écosystèmes déjà mis à mal par le réchauffement climatique : piétinement de la flore, dérangement de la faune, pollution sonore et gestion chaotique des déchets. Face à la saturation de certains sites emblématiques mais également de l'offre d'accueil des refuges de montagne, la législation se densifie d’année en année sur les différentes pratiques en milieu montagnard et notamment le bivouac.

Aujourd’hui, dans le but de préserver la biodiversité, de permettre la tranquillité des activités de montagne telles que le pastoralisme mais également dans un but de sécurisation des pratiquants, les autorités multiplient les textes relatifs au bivouac zonant de plus en plus dans l’espace et dans le temps les aires dédiées à cette pratique. Nous verrons ici les différentes réglementations en place notamment dans les Alpes en ce qui concerne le bivouac. 

 

Qu’est ce que le bivouac ?

Le bivouac est l’établissement temporaire d’un campement entre le coucher et le lever du soleil. Il se distingue ainsi du camping par son caractère temporaire qui, lui, est définit comme semi-permanent. En montagne, on retient généralement la règle des 19h-9h (si la zone est alignée avec les horaires d'été) ou 17h-9h (si la zone est alignée sur les horaires d'hiver) : on monte sa tente à 17h ou 19h et on la démonte à 9h du matin. Bien sûr, cette plage horaire est à prendre avec des pincettes à certaines périodes, notamment en hiver où le soleil se couche bien avant 19h. Mais lors d’une pratique estivale du bivouac, il faut tenter de se rapprocher au maximum de cette fourchette.

Il est toutefois intéressant de noter la législation française ne définit pas le bivouac dans ses textes et ne le distingue pas du camping sauvage. Cet angle mort législatif permet, pour le moment, une liberté décisionnaire des différentes collectivités : parc national, réserve, espace naturel sensible, territoire communal n’ayant pas forcément la même approche en ce qui concerne cette pratique.

 

Que dit la loi au niveau national ?

Le Code de l’Urbanisme régit les règles relatives au camping sauvage (et donc au bivouac) en France. Ainsi, le bivouac est autorisé sauf dans les lieux suivants : 

  • Sur les routes et les voies publiques;
  • À moins de 200m d’un point de captage d’eau potable;
  • Sur les sites classés ou inscrits au patrimoine;
  • À moins de 500m d’un monument historique;
  • Sur les zones littorales;
  • Sur les terrains privés sans l’accord du propriétaire.

 

 

Dans les Alpes, en plus des restrictions mises en place par le Code de l’Urbanisme, la pratique du bivouac peut être variable en fonction de la présence d’aire protégée.

Les parcs nationaux alpins :

Les trois parcs nationaux alpins n’ont pas véritablement la même approche du bivouac les uns par rapport aux autres.

Ainsi en Vanoise le bivouac est interdit sauf à proximité des refuges dans des zones destinées à cette pratique et sous réservation préalable auprès des gardiens. Le Parc National de la Vanoise est de ce fait le parc le plus restrictif des Alpes françaises. Dans les Ecrins et le Mercantour, le bivouac est autorisé à plus d’une heure de marche d’un accès au parc national. La règle est donc une liberté accrue de la pratique du bivouac dans ces espaces protégés même si certaines zones à l’intérieur même du coeur du parc sont plus restrictives que l’ensemble. Ainsi, la Vallée des Merveilles pour le Mercantour et la Réserve Intégrale du Lauvitel pour les Ecrins sont des zones où tout établissement d’un bivouac est interdit (sauf à proximité des refuges dans les aires dédiées pour la Vallée des Merveilles). 

De même, face à une surfréquentation croissante, le Parc national des Ecrins s’apprête à mettre en place des zones restrictives pour les abords du Lac de la Muzelle et du Lauvitel avec l’établissement de quotas de bivouac. Cette réglementation devrait être précisée avant l’été 2026. 

Bivouac près du Col du Vallon - Parc National des Ecrins

Les Réserves Naturelles Nationales : 

A l’instar des parcs nationaux, la réglementation dans les différentes réserves peut diverger. On étudiera ici les réglementations en place dans les réserves naturelles nationales (RNN) au sein des départements alpins.

En Haute-Savoie : 

  • RNN des Contamines-Montjoie : le bivouac est interdit du 1er juillet au 31 août dans les secteurs des Lacs Jovet et du Plan Jovet.
  • RNN des Aiguilles Rouges, de Carlaveyron et du Vallon de Bérard : le bivouac est réglementé entre le 1er juin et le 31 août avec une possibilité de bivouaquer uniquement sur des zones prédéfinies avec réservations préalables obligatoires et nombre de tentes limité (Lacs de Chéserys, Lac du Brévent, Ruines d’Arlevé, Combe du Lac Cornu). En dehors de cette zone et pendant cette période le bivouac est interdit.  Hors des périodes estivales, le bivouac est autorisé de 19h à 9h. (carte des zones de bivouac : https://reserve-bivouac74.fr/)
  • RNN de Sixt-Passy : le bivouac est autorisé entre 19h et 9h.
  • RNN du Roc de Chère et du Bout du Lac d’Annecy : le bivouac est strictement interdit.

 

En Savoie : 

  • RNN de la Grande Sassière et de la Bailletaz : le bivouac est strictement interdit.
  • RNN du Plan de Tuéda : le bivouac est strictement interdit sauf dans l’aire dédiée autour du Refuge du Saut.
  • RNN des Hauts de Villaroger : le bivouac est strictement interdit.
  • RNN de Tignes-Champagny : la règlementation du bivouac suit celle du Parc National de la Vanoise auquel la Réserve est accolée.

 

Bivouac près de la Cabane des Aiguillettes - Réserve Naturelle Nationale des Hauts Plateaux du Vercors.

 

En Isère/Drôme : 

  • RNN des Hauts de Chartreuse : le bivouac est interdit entre le 1er juillet et le 31 août. Attention toutefois au Vallon de Marcieu, en grande partie situé sur une propriété privée et où le propriétaire n’est pas un grand fan (et c’est peu dire) du bivouac, notamment en période de chasse.
  • RNN des Hauts Plateaux du Vercors : le bivouac est autorisé entre 17h et 9h sur la totalité du territoire sauf sur le plateau sommital du Mont Aiguille où le bivouac est interdit. 
  • RNN du Luitel : le bivouac est strictement interdit.

 

Dans les Hautes-Alpes : 

  • RNN Ristolas-Mont Viso : le bivouac est autorisé de 18h à 9h à moins de 20m d’un sentier balisé sauf autour des lacs (rayons de 20m), autour du Refuge du Viso (rayon de 500m), et sur les secteurs utilisés par le bétail.
  • RNN de la Haute Vallée de la Séveraisse : la règlementation est calquée sur celle du Parc national des Ecrins. Or, au vu de ses délimitations, un bivouac à l’intérieur de la réserve ne permettrait pas de respecter la règle de l’établissement d’un bivouac à au moins une heure de marche de l’entrée de la réserve. Le bivouac y est donc de facto interdit.
  • RNN du Grand Lac des Estaris : la règlementation du bivouac suit celle du Parc National des Ecrins auquel la Réserve est accolée.

 

Dans les Alpes de Haute Provence/Vaucluse : 

  • RNN Géologique de Haute Provence : le bivouac est autorisé tout en faisant attention aux zones pastorales, aux propriétés privées et aux possibilités de modification de la législation en période exceptionnelle (sécheresse estivale par exemple). 
  • RNN Géologique du Luberon : le bivouac est interdit du 15 juin au 15 septembre. Il est toléré le reste de l’année, sauf sur les zones suivantes : Gorges de Régalons et Réserve Biologique Intégrale du Petit Luberon où le bivouac est interdit toute l’année. 

 

Les Réserves Naturelles Régionales : 

Créées sur décision régionale, contrairement au RNN établies par décision gouvernementale, les RNR suivent le même but : protéger le patrimoine naturel. Là encore, leur présence peut impacter la réglementation du bivouac sur la zone même si les RNR sont généralement d’une superficie moindre que les RNN.

 

  • RNR des Baronnies Orientales (Hautes-Alpes) : le bivouac est strictement interdit (contrairement au reste du Parc Naturel Régional des Baronnies Provençales).
  • RNR des Gorges de Daluis (Alpes-Maritimes) : le bivouac est interdit sauf sur l’aire dédiée de Roua : réservation obligatoire et payante avec une capacité de 16 personnes par nuit.
  • RNR du Lac d’Aiguebelette (Savoie) : le bivouac est strictement interdit.
  • RNR de la Tourbière des Saisies - Beaufortain - Val d’Arly (Savoie) : le bivouac est strictement interdit.

 

Les autres espaces protégés dans les Alpes françaises :

Echelon de protection instauré par décision départementale cette fois-ci, les Espaces Naturels Sensibles (ENS) peuvent aussi avoir des effets sur la réglementation du bivouac. En plus des ENS il y a également les Zones Natura 2000 qui, sous l’impulsion de directives européennes incitent à la création d’aires protégées sans pour autant poser un cadre restrictif concernant le bivouac. On étudiera ici le cas de plusieurs ENS et Zones Natura 2000 dans les Alpes françaises, notamment à proximité de Grenoble. L’aire urbaine de plus de 600 000 habitants pressurisant les massifs limitrophes, surtout en période estivale.

 

Dans les Massifs du Vercors et du Diois : 

  • ENS du Plateau de la Molière et le Sornin : le bivouac est autorisé.
  • ENS des Ecouges : autorisation du bivouac sauf à l’intérieur de la Réserve Biologique Intégrale.
  • ENS de la Tourbière du Peuil : le bivouac est interdit.
  • ENS du Plateau d’Ambel : autorisation du bivouac à moins de 100m d’un refuge.
  • ENS de la Forêt de Saou : autorisation du bivouac, au mieux à moins de 100m d’un refuge.
  • ENS de l’Alpage de Font d’Urle : le bivouac est interdit.

 

Dans les Massifs de la Chartreuse, de Belledonne et du Taillefer : 

  • ENS du Col du Coq : le bivouac est interdit entre le 1er juillet et le 31 août (comme pour la RNN des Hauts de Chartreuse).
  • Zone Natura 2000 de Belledonne Sud : le bivouac est autorisé sauf aux abords du Lac Merlat, du Lac Claret, sur la Plaine de la Pra (entre le 14 juillet et le 31 août), sur les ENS du Lac Achard et de l’Arselle (entre le 1er mai et le 30 octobre).
  • Zone Natura 2000 du Plateau du Taillefer : bivouac autorisé dans les aires dédiées sur le plateau.

 

Quelques zones dans les autres massifs alpins : 

  • Zone Natura 2000 du Plateau d’Emparis et du Goléon : le bivouac est autorisé.
  • Réserva Naturelle de Chasse et de Faune Sauvage des Hautes Bauges : le bivouac est interdit (contrairement au reste du PNR des Bauges où le bivouac est globalement autorisé, hors propriétés privées).
  • ENS des Cinq Lacs de la Forclaz : le bivouac est autorisé.
  • Zone Natura 2000 de la Lauzière : le bivouac est autorisé.
  • Zone Natura 2000 du Montcenis / Vallon de Savine : le bivouac est autorisé.
  • Zone Natura 2000 du Bargy : le bivouac est autorisé.
  • Zone Natura 2000 des Frettes - Massif des Glières : bivouac interdit entre le 1er mai et le 31 octobre.
  • Zone Natura 2000 du Roc d’Enfer : le bivouac est autorisé.
  • Zone Natura 2000 des Aravis : le bivouac est autorisé sauf sur le Plateau de Beauregard.
  • Zone Natura 2000 de la Tournette : le bivouac est interdit.
  • Zone Natura 2000 des Vallées de la Clarée et Etroite : le bivouac est autorisé à plus d’une heure de marche des accès routiers, à moins de 20m d’un sentier mais à plus de 20m des rives des lacs d’altitude (interdiction également autour du Refuge des Drayères).
  • PNR du Queyras : bivouac autorisé à au moins une heure de marche d'un village entre 18h et 9h sauf dans le Vallon de Bouchouse autour des Lac Foréant, Egorgéou et Baricle où il est interdit de bivouaquer.
  • Zone Natura 2000 de la Montagne de Céüse : bivouac interdit au pied et au sommet des falaises mais autorisé sur le plateau sommital.
  • Zone Natura 2000 du Bois de Morgon - Forêt de Boscodon - Bragousse : le bivouac est autorisé.
  • PNR du Mont Ventoux  : le bivouac interdit du 15 juin au 15 septembre (cette interdiction concerne en réalité la totalité des massifs forestiers du Vaucluse.
  • PNR du Verdon : le bivouac strictement interdit.

 

Pour une liste plus exhaustive des différentes aires protégées par le Réseau Natura 2000 ou les ENS ou même les arrêtés de protection de biotope, veuillez consulter les sites départementaux qui recensent ces zones mais également cette carte : https://www.geoportail.gouv.fr/carte (Menu à gauche -> Données thématiques -> Développement durable, énergie -> Espaces protégés) pour savoir de quel espace protégé il s'agit et ainsi se renseigner sur le cadre légal en place.

Bivouac près des Laouchets - Réserve Naturelle Nationale de Sixt-Fer-à-Cheval / Passy.

 

Quid des législations sur le bivouac chez nos voisins italiens et suisses ?

La pratique du bivouac ne fait pas l’objet d’une réglementation particulière uniquement en France. D’ailleurs, avant les années 2020, ce sont plutôt nos voisins transalpins qui avaient une plus dense législation en ce qui concerne le bivouac. On ne fera pas la liste des différentes réglementations en Suisse et en Italie mais davantage un aperçu succinct de ce qui peut être mis en place si l’on franchit la frontière.

 

L’Italie est un pays régionalisé. Ainsi la législation s’établit région par région contrairement à notre centralisation à la française. De l’autre coté des Alpes, deux régions italiennes nous font face : la Vallée d’Aoste et le Piémont. Pour ce qui est de la première, il faut savoir que le bivouac est interdit sur la totalité de son territoire en deçà des 2500m d’altitude. A titre d’exemple, si l’on suit le Tour du Mont Blanc à la ligne sur son versant italien, il sera impossible d’y planter sa tente en dehors des camping prévus à cet effet, le TMB ne dépassant par la barre des 2500m d’altitude. En Vallée d’Aoste il est également interdit de planter sa tente à proximité des refuges (même au-delà des 2500m d’altitude). Et la réglementation va encore plus loin dans le Parc national du Grand Paradis avec une interdiction totale du bivouac.

Dans le Piémont, la législation est plus souple car quasi inexistante en ce qui concerne le bivouac en montagne. La règle est donc l’autorisation entre le coucher et le lever du soleil, exception faite du versant piémontais du Parc national du Grand Paradis ainsi qu’à moins de 500m des refuges italiens.

 

A l’instar de l’Italie, la Suisse n’a pas de loi nationale puisque ce sont plutôt les Cantons qui réglementent cette pratique du bivouac. La règle générale en Suisse dispose de l'autorisation de planter sa tente au-delà de la limite des forêts (globalement au-dessus de 1800-2000m). Ainsi, le Canton du Valais est plutôt souple en la matière avec une autorisation sur la totalité du territoire sauf sur la commune de Zermatt, dans les fonds des Val d’Annivier et Val de Bagnes, ainsi qu’autour du Glacier d’Aletsch. En Suisse, on peut utiliser le site map.geo.admin.ch puis en sélectionnant ’’Zone de tranquillité pour la faune’’ ainsi que ’’Districts francs fédéraux’’, on peut avoir un aperçu des zones où le bivouac est limité voire interdit.

 

Du reste, on trimballe ses déchets, on ne dérange pas la faune, on fait attention à ne pas se mettre trop près des troupeaux lors de l'estive, on anticipe ses besoins en eau, on ne fait pas de feux de camp et on prend soin de bien choisir son emplacement de tente en fonction de la météo et du relief !

 

ATTENTION, LES REGLES EN CE QUI CONCERNE LE BIVOUAC PEUVENT EVOLUER AVEC LE TEMPS. DERNIERE MISE A JOUR : MAI 2026