Réalisée le 19-20 avril 2026.
La Chartreuse entre en transition dès cette mi-avril. Alors qu'en deçà des 1000m d'altitude les forêts et les prairies verdissent progressivement, au-delà la végétation est encore marquée par la rudesse de l'hiver. Mais le printemps est bien là, même sur les Hauts de Chartreuse qui voient leur épaisse couche de neige fondre chaque jour un peu plus, libérant la flore et rassasiant la faune.
Pas question pour autant de s'aventurer sur les hautes cimes du massif et d'arpenter les plus beaux sangles, tous sont encore obstrués par les restes de l'hiver passé. On se dirige tout de même vers les Hauts de Chartreuse, mais en direction d'un sommet bien moins prestigieux qu'un Mont Granier ou qu'une Dent de Crolles, néanmoins pas en reste en terme de panorama et d'ambiance chartrousine. La Croix de l'Alpe 1821m trône sur la partie septentrionale des Hauts de Chartreuse et marque un point caractéristique sur le découpage du massif, à la frontière de la Savoie et de l'Isère. Mais pour cet aspect géographique, nous y reviendrons plus tard en y ajoutant un touche historique.
La Réserve Naturelle des Hauts de Chartreuse, bien qu'étendue sur une vingtaine de kilomètres de son extrémité Sud à son extrémité Nord, est assez fine entre ses versants Ouest et Est, à peine plus de deux kilomètres. Un tour sur les Hauts de Chartreuse permet ainsi de facilement jongler d'un versant à un autre et décuple de ce fait les paysages mais également les possibilités d'accès. Pour pénétrer sur la zone septentrionale de la réserve, celle s'étalant du Cirque de St-Même au Col du Granier, la Vallée des Entremonts est la porte d'entrée privilégiée des randonneurs avec deux accès principaux que sont le Vallon de Pratcel et le Col de l'Alpette. Sur son versant oriental, trois points d'entrée existent : le Pré Orcel, la Porte de l'Alpette et le Pas de la Porte. Ce dernier col est pour le moment fermé depuis 2017 et les arrêtés municipaux des communes en contrebas pris après les éboulements sur la face Nord du Mont Granier de 2016.
Pour changer de nos divagations passées dans cette zone de la Chartreuse, on s'intéresse à la Porte de l'Alpette car non seulement le dénivelé est plus significatif que les 300 petits mètres qui séparent le Pré Orcel du Col de l'Alpe mais aussi parce que les points de départ en contrebas de ce passage permettent plus facilement d'effectuer un large circuit sur cette partie Nord de la réserve.
Bien que réalisable à la journée, on décide d'agrémenter ce périple d'une nuit à la Cabane de l'Alpette, et de profiter ainsi des changements d'ambiance sur les plateaux de Chartreuse.
Jour 1 : De Bellecombe à la Cabane de l'Alpette par la Porte de l'Alpette.
On démarre des hauteurs de la commune de Chapareillan, aux portes de la Savoie mais toujours en territoire isérois. Deux hameaux peuvent servir de point de départ : Bellecombe et St-Marcel d'En Bas. On choisit arbitrairement le premier sur notre route, à savoir Bellecombe avec son château en ruine et son église trônant sur un magnifique belvédère avec vue sur la Combe de Savoie et le Nord de Belledonne. On devine également l'échancrure de la Porte de l'Alpette coincée entre le Mont Granier et les Rochers de l'Alpe.
Depuis Bellecombe, on a du mal à deviner le sentier, l'environnement semblant bien vertical avant de pénétrer les plateaux.
En sortant du hameau, on ne file pas directement en direction de la Porte de l'Alpette dont le sentier suit le Vallon du Cernon. On part vers le Pas de la Porte, le col momentanément inaccessible pour cause de danger d'éboulement, mais bien entendu on bifurquera avant la zone interdite.
Bifurcation qui se fera d'ailleurs au niveau du croisement des Barmettes perché à 1212m d'altitude. A partir de là on finira pas prendre la direction de la Porte de l'Alpette en suivant la délimitation de la Réserve Naturelle des Hauts de Chartreuse marquée par ces quelques plaques ci-contre.
On suit un sentier globalement à niveau sur un petit kilomètre et demi qui traverse une forêt malmenée par des éboulements qui semblent récurrents. En effet, au-dessus de nous, ce sont déjà les contreforts du Mont Granier qui nous surplombent. Pas les plus instables mais on tend l'oreille pour anticiper la moindre chute de pierre.
Au bout du sentier, on atteint le croisement de Rochereau et on rejoint par la même occasion le sentier que nous aurions pu prendre directement depuis Bellecombe.
On grimpe légèrement jusqu'à atteindre la Fontaine de Rochereau, puis s'en suit un désépaississement progressif de la forêt jusqu'à ce qu'on atteigne le pied d'une paroi marquant le début de la vire de la Porte de l'Alpette. De là, on surplombe largement la Combe de Savoie et les méandres de l'Isère. Quelques nuages bourgeonnent sur les Bauges, le Grand Arc et le Nord de Belledonne mais ces derniers semblent épargner la Chartreuse.
La vire de la Porte de l'Alpette ne pose pas vraiment de difficulté par temps sec. Le gel et la neige sont cependant à proscrire sur cette portion.
On franchit la Porte de l'Alpette et les 1500m d'altitude puis on débouche sur une ambiance tout à fait différente où le caractère austère des parois et la verticalité du Cirque du Cernon sont radicalement remplacés par la douceur de l'alpage de l'Alpette.
En sortant de la Porte de l'Alpette, on peut choisir soit de suivre le vallon traversant l'alpage, soit de longer les parois Est du Mont Granier et du Pas des Barres. Dans tous les cas, on finira par traverser en grande partie l'Alpette en direction de la cabane et du col éponyme.
Bien que la neige fasse son retour, la couche est constellée sur l'alpage permettant la première explosion florale de la saison avec des milliers et des milliers de crocus bicolores tapissant l'Alpette.
On passe aux abords des deux gros blocs caractéristiques siégeant sur l'alpage puis, quelques bruits dans les broussailles attirent notre attention et stoppent nette notre course vers le Col de l'Alpette. Est-ce la marmotte du coin ? Pas certain que ce soit la consœur de notre commère du coin. Les bruits sous-entendent un animal beaucoup plus volumineux.
Un jeune bouquetin finit par s'extirper du sous-bois pour rejoindre les herbes fraiches de l'alpage et les genévriers du coin. Il sera rejoint plus tard par deux confrères que nous laisseront paitre tranquillement. De toute manière, il se pourrait que nous les croisions de nouveau plus tard dans la soirée une fois installé à la Cabane de l'Alpette.
En atteignant le Col de l'Alpette 1534m, bien que la vue ne soit pas dégagée sur la Vallée des Entremonts du fait non seulement de la nébulosité mais également de la dense forêt recouvrant ce versant, on rencontre des caprinés d'un autre genre. Une dizaine de chamois peuplent les quelques dépressions des alentours du col.
Une épaule herbeuse nous permet de les observer quelques instants sans que ceux-ci ne détalent, même après avoir partagé un regard.
Après l'observation des chamois, on décide de se délester de nos affaires à la Cabane de l'Alpette où nous passerons la nuit. Blottie dans sa dépression, la cabane et ses environs sont encore pétris de neige. Il faut d'ailleurs se plier en deux pour accéder à la porte d'entrée. A l'intérieur, même si elle est bien équipé, c'est le frigo, la neige bloquant la lumière et la chaleur.
Cette cabane non gardée est l'une des plus grandes de la Réserve des Hauts de Chartreuse. Equipée d'une grande et petite table, d'un poêle et d'une mezzanine, elle peut accueillir une bonne vingtaine de randonneurs. Une source est d'ailleurs présente une centaine de mètres un peu plus au Nord de l'emplacement de la cabane. Bref, un petit havre de paix qui invite à la flânerie en attendant le coucher du soleil.
On retourne dans les environs du Col de l'Alpette pour grimper légèrement sur le flanc Nord du col. De là, on a une vue d'ensemble sur les environs de la Cabane de l'Alpette, dont on aperçoit l'annexe réservée au berger sur la partie droite de la photo. Au loin, le flanc forestier des Rochers de l'Alpe et de Belles Ombres, suivis de l'Alpe, zone que nous devrions traversés le lendemain demain matin pour atteindre la Croix de l'Alpe qui semble bien empêtrée par les nuages venant du Sud.
Mais finalement ce n'est pas tant la vue sur les environs de la Cabane de l'Alpette qui retiendra notre attention. L'écho d'étranges claquements résonnent dans l'alpage nous invitant à repartir vers le lieu où nous avions quitté les bouquetins un peu plus tôt. Et quelle fut notre surprise lorsque nous avons découvert non pas trois mais près d'une quarantaines de caprinés broutant sur les abords du sentier de l'Alpette. Nous avons trouvé notre occupation pour les quelques heures qui nous restent avant le coucher du soleil.
Bien qu'ils n'aient pas tous la même taille de corne, la harde du jour est constituée uniquement de mâles. En effet, bien qu'ils s'agissent d'animaux grégaires, le bouquetin se regroupe par saison. Au printemps et en été, les mâles se regroupent alors que les étagnes et les petits (qui naitront courant juin) constituent un autre troupeau. Ce n'est qu'à l'automne, au moment du rut et de l'accouplement que mâles et femelles se rejoignent.
De nature peu farouche, on le constate encore aujourd'hui où la plupart des spécimens sont plus intéressés par les brins d'herbe que par les bipèdes qui les capturent sous tous leurs angles.
Le groupe ne stagne pas. Il se dirige tranquillement mais surement vers le Sud, vers le Col de l'Alpette, comme s'ils sentaient la lumière fuir derrière le Mont Granier.
Voir autant de bouquetins n'est pas quelques chose d'anodin. Et notamment en Chartreuse car l'espèce n'a été réintroduite qu'en 2010 et ce après une disparition dès le XVIème siècle dans le massif. Son flegme n'a pas aidé cette espèce à faire face à la chasse, le bouquetin étant braconné principalement pour sa viande mais également pour ses cornes qui offraient de beaux trophées et même, une fois réduite en poudre, permettrait de lutter contre l'impuissance.
La chasse intensive a conduit au recul progressif de l'espèce jusqu'à sa quasi extermination des Alpes françaises où seuls quelques spécimens subsistaient dans le Massif de la Vanoise à la fin du XIXème siècle, notamment du fait de la proximité avec les Alpes italiennes et le Massif du Grand Paradis qui comptait une plus grande densité de bouquetins. Dans le massif italien, la prise en considération de la possibilité d'extermination de l'espèce du bouquetin est effective dès 1856 où la réserve royale protège le bouquetin avant que la création du Parc National du Grand Paradis ne prenne le relai dès 1922. A noter que c'est en 1821 que les autorités italiennes mettent fin à la chasse au bouquetin. En France, il faut attendre 1981 pour que l'espèce soit protégée à l'échelle nationale. A partir de là, une succession de programme de réintroduction a lieu dans plusieurs zones des Alpes françaises permettant aujourd'hui d'atteindre environ 50 000 spécimens à travers les différents massifs.
En Chartreuse, une trentaine de bouquetins sont réintroduits entre 2010 et 2011, la moitié provenant du Massif de Belledonne et l'autre du Massif de la Vanoise. Ce programme a été une véritable réussite puisqu'aujourd'hui on estime la population de bouquetins en Chartreuse entre 120 et 170 individus. Et ce programme était d'autant plus nécessaire que la recolonisation naturelle de la Chartreuse par le bouquetin était impossible au vu de l'insularité du massif par rapport aux autres. Les profondes vallées encadrant le massif (Grésivaudan, Isère, cuvette grenobloise) empêchaient des transitions naturelles avec Belledonne ou le Vercors par exemple.
Bien que pleinement installé dans le Massif de la Chartreuse, l'espèce se regroupe quasi intégralement et uniquement sur les Hauts de Chartreuse. Quelques observations ont été faites sur les crêtes du Saint-Eynard ou vers Pravouta mais encore aucun spécimen n'a été observé sur Chamechaude, le Grand Som, le Charmant Som ou sur le chainon des Rochers de Chalves à la Grande Sure. Les territoires de conquêtes sont encore vastes pour le bouquetin de Chartreuse mais il ne fait qu'appliquer son mantra : Doucement mais surement !
Il se trouverait donc que nous faisons face à environ un quart de la population de la Chartreuse sur ce seul troupeau. Il ne nous reste plus qu'à les observer flâner et brouter sur l'Alpette.
Le spectacle nous occupe pendant deux bonnes heures sur l'Alpette. Les bouquetins se dirigeant vers le Col de l'Alpette et les monticules herbeux les mieux exposés.
Leur calme est saisissant. On les suit au fur et à mesure sans qu'ils n'émettent un son et sans qu'ils ne se sentent en danger. Le temps de la chasse aux bouquetins semble bien éloigné de l'actuelle coexistence qui se fait entre les randonneurs et les caprinés.
D'ailleurs, au Col de l'Alpette, les bouquetins seront rejoint par une dizaine de chamois. Les deux espèces n'échangeront que quelques regards étonnés avant de brouter en harmonie sur les mêmes parcelles.
Le chamois est plus réactif que le bouquetin. Il est également plus peureux. Il reste à bonne distance de nous, ce qui n'empêche pas les éterlous à batifoler dans les quelques névés et à se faire la course.
Au Col de l'Alpette, on se retrouve encadré par les deux cimes du coin, la Tête de Lion 1934m (qui correspond au sommet Nord du Mont Granier) et le Sommet du Pinet 1867m, aussi appelé le Truc. Les nuages accrochent encore les cimes en cette fin de journée mais s'estompent au fur et à mesure du coucher du soleil.
Vers 20h, on laisse chamois et bouquetins paitre vers le Col de l'Alpette pour rejoindre la cabane cachée dans sa dépression. Le lendemain, l'ascension de la Croix de l'Alpe promet de traverser des alpages beaucoup plus enneigés que ce qu'on a pu connaitre ce jour. Reste à savoir si le regel nocturne nous aidera à progresser aux premières lueurs.
Jour 2 : De la Cabane de l'Alpette à Bellecombe en passant par la Croix de l'Alpe et la Forêt du Boutat.
Au petit matin, miracle, le regel a eu lieu. Pas besoin de mettre les raquettes ni même les crampons, on sort tranquillement de l'antre de la Cabane de l'Alpette puis on se lance à l'assaut de la Croix de l'Alpe sous une Tête de Lion bien illuminée et sous l'écho des combats de corne des bouquetins qui errent non loin d'ici.
Dans un premier temps, on s'immisce dans un bras forestier qui sépare l'Alpette de l'Alpe sur quelques centaines de mètres, sur un sol totalement enneigé cette fois-ci et avec encore de bonnes quantités.
Il faut savoir que la plupart des alpages des Hauts de Chartreuse sont le résultat de siècles de pastoralisme dans le massif. Initialement, les Hauts de Chartreuse étaient totalement recouvert d'une forêt de faible densité mis à part sur les crêtes et près des cimes où quelques pelouses alpines s'établissaient. Aujourd'hui, les alpages de l'Alpe, de l'Alpette, de l'Alpette des Dames et du Vallon de Marcieu sont la résultante de 4000 ans de présence humaine, ovine et bovine. Chaque année, ce ne sont pas moins de 800 vaches et 2000 moutons qui pâturent dans la réserve.
Bien que le pastoralisme soit ancrée dans le territoire, dans un sens patrimonial mais également en terme de biodiversité car ces alpages accueillent une richesse floristique et faunique, on comprend moins bien la conservation de l'activité de la chasse sur le périmètre de la réserve qui permet, selon le Parc de Chartreuse, d'empêcher une surpopulation de certains gibiers (chamois, cerfs, chevreuils) qui ne permettrait pas une bonne régénération de la végétation et notamment de la forêt. Donc les moutons auraient le droit de manger les jeunes pousses et de modifier le paysages mais pas les chamois ? Etrange !
Vivement que le loup permette le rééquilibrage naturel des populations de gibiers.
Une fois la forêt franchie, on débouche sur l'Alpe, près des ruines des Haberts de Barraux, totalement camouflées par la neige lors de notre passage.
Quelques centaines de mètres plus loin, on arrive au Chalet de l'Alpe et au Habert de St-Vincent. Au loin, le paysage se dégage sur le Vallon de Marcieu, le Dôme de Bellefont, le Col de Bellefont et les Lances de Malissard.
Ces cabanes sont exclusivement réservées aux activités pastorales. 300 vaches et 400 moutons paissent sur le Plateau de l'Alpe chaque été. Ce bâtiment date de 1951 mais son ancêtre, déjà présent bien avant lui, a servi de refuge aux maquisards de Chartreuse pendant la Seconde Guerre Mondiale. Les Allemands l'ayant détruit en juillet 1944.
A partir des cabanes de l'Alpe, on part chercher l'arête de la Croix de l'Alpe surplombant le Vallon de Pratcel, un peu plus au Sud. On la remontera sur environ 200m de dénivelés positifs jusqu'à atteindre la fameuse croix. En plus du balisage classique, nous sillonnons l'arête à l'aide des nombreuses bornes frontalières qui font la curiosité du coin.
Ces bornes ont été installées en 1761 à la suite de la signature du Traité de Turin entre le Roi de France Louis XV et le Roi de Sardaigne (royaume d'appartenance de la Savoie).
A la suite de la Révolution Française, la Savoie est annexée de force par les troupes révolutionnaires en 1792 et restera française pendant près de 23 ans, rendant par la même occasion le bornage totalement obsolète. Ce n'est qu'à la chute de Napoléon Ier et la signature du Traité de Paris, que la Savoie repart sous le giron du Royaume de Sardaigne.
De ce fait, le bornage sera renouvelé entre 1822 et 1823 et c'est celui que nous observons de nos jours.
Ces bornes suivent un calibrage précis : 50cm en sous sol et 90cm de haut avec une croix de Savoie taillée côté Savoie et une fleur de Lys taillée côté Royaume de France. Le pied de la borne est installée sur un décimètre cube de charbon et une tuile cassée en deux avec la partie cassée vers la borne. Le but ? Savoir si la borne a été déplacée et donc si la frontière a été modifiée intentionnellement. En 2022, la borne n°31, en piteux état, a été exceptionnellement remplacée par une nouvelle, tout en respectant les règles de l'art (voir photo panoramique ci-dessus). A noter que la peinture rouge autour de la croix de Savoie n'est aucunement d'origine. Il ne s'agit rien d'autre que de l'oeuvre d'un demeuré n'ayant rien trouvé de mieux que de trimballer son pot de peinture sur les Hauts de Chartreuse.
Aujourd'hui, les bornes ne sont plus que la relique d'un passé révolu entre la France et la Savoie, même si elles restent encore sur la limite administrative des départements de la Savoie et de l'Isère. Elles servent davantage de grattoir aux animaux du coin, d'où leur roche polie et parfois l'odeur qui s'y accole.
Puis, tranquillement on arrive près de la Croix de l'Alpe 1821m trônant fièrement face au Nord du Massif de Belledonne. Le calme des environs est presque total, seuls les quelques roucoulements du tétras et le bourdonnement du Grésivaudan sifflotent sur l'alpage. On en profite pour quadriller les lieux et apercevoir les différents panoramas qui en découlent.
Bien entendu, le Mont Granier est de la partie vers le Nord-Est. A sa droite, on devine le Mont Margériaz dans le Massif des Bauges et à gauche, la Vallée des Entremonts avec les Crêtes du Mont Joigny et de la Lentille bloquant la nébulosité émanant du bassin du Bourget. Une fine nappe de nuages tente également d'envahir l'Alpette, embellissant depuis notre point de vue l'ambiance matinale des Hauts de Chartreuse.
Le Sud Belledonne et le Taillefer émergent au-dessus de La Rousse. On peut citer les Trois Pics de Belledonne, la Grande Lance de Domène, le Grand Colon, la Croix de Chamrousse.
En s'approchant un peu plus de la crête surplombant le Grésivaudan, on gagne en visibilité sur le Massif des Bauges et ses sommités, le Mont Blanc est également de la partie ainsi que quelques cimes de Vanoise. Plein Nord, on suit le prolongement des Rochers de Belles Ombres et de l'Alpe.
Plein Sud, les Hauts de Chartreuse poursuivent leur route. A leur droite, quelques uns de leur homologues chartrousins : Grand Som, Charmant Som, Rochers de Chalves. A gauche se suivent successivement le Massif de Belledonne, le Massif du Taillefer et tout au fond le Massif du Diois.
Encore de beaux cumuls dans les zones les moins exposées, comme ici au Col de l'Alpe, juste sous la croix éponyme.
Pour la descente, au lieu de rebrousser chemin, on pique côté Grésivaudan en empruntant la voie normale de la Croix de l'Alpe par le Pré Orcel. La chute est radicale sur environ deux cent mètres avant de s'adoucir en rejoignant le sous-bois. En quittant le point de vue, on quitte totalement la vue sur les alentours, le sentier étant peu à peu happé par les quelques bancs de nuages agglutinés sur le flanc Est des Hauts de Chartreuse.
Une fois les vires passée, on ne tarde pas à chuter sur le Pré Orcel. De là, on chope une piste forestière qui nous permettra de longer les pentes sous les Rochers de Belles Ombres et de l'Alpe. Cette piste n'a pas un grand intérêt esthétique, mais elle permet en l'occurrence de réaliser plus facilement un circuit dans la zone pour rejoindre les hauteurs de Bellecombe.
Sous ces parois, on traverse au coeur de la Forêt du Boutat. Cette forêt s'étale sur tout le flanc Est des Hauts de Chartreuse entre la Dent de Crolles et le Mont Granier. Il s'agit d'une ancienne forêt royale qui fut divisée à la Révolution entre les sept communes se situant en contrebas de la Chartreuse. Aujourd'hui, la forêt est domaniale sur ces portions les plus hautes et communale en dessous. l'ONF gérant ainsi la préservation des espaces forestiers et les risques naturels. Au milieu de tout ça, quelques portions de forêts privées subsistent, environ 1/3 pour les Hauts de Chartreuse.
Sur environ 3km on suivra cette piste qui nous permettra furtivement d'apercevoir les parois nous surplombant. A sa terminaison, on plonge dans la Combe Noire via un fin sentier en lacet jusqu'à atteindre la Source du Cernon. De là, nous étions censés rejoindre le croisement de Rochereau que nous avions côtoyé la veille mais la virulence du torrent du Cernon en cette période de fonte des neiges rend impossible une traversée, et ce même en enlevant les chaussures. On se résigne donc à rebrousser chemin sur quelques centaines de mètres pour finalement partir vers St-Marcel d'En Bas, un plan B tout à fait envisageable pour relier Bellecombe.
Une fois au petit village, on prend pied sur le Gr965 nous permettant de franchir le Cernon via un pont et nous rendre sans embuche à Bellecombe pour conclure notre randonnée en Chartreuse.
Comme quoi, il n'y a pas que les Hauts Plateaux du Vercors pour apprécier les hardes de bouquetins et de chamois en total liberté. Malgré la finesse de ces délimitations, la Réserve des Hauts de Chartreuse a un caractère sauvage tout particulier, ses imposantes parois à l'Est et à l'Ouest bloquant toute interférence de la bruyante civilisation des vallées.
A la fonte des neiges, le calme est particulièrement palpable sur le massif. Les animaux sauvages et la flore réinvestissent les hauts plateaux pour le plus grand bonheur des randonneurs. Tout ce petit monde n'étant pas encore ennuyé ou contraint par le pastoralisme et la chasse, deux activités ancestrales certes, mais qui font énormément de remous, notamment sur ce Massif de la Chartreuse, déjà pressurisé par les denses vallées alpines. Reste à bien choisir sa période pour découvrir ou redécouvrir les Hauts de Chartreuse, leurs sommets, leurs sangles et leurs alpages.
ITINÉRAIRE DE LA RANDONNÉE :
- Départ/Arrivée : Parking de l'Eglise de Bellecombe - km 0
- Source des Eparres - km 1,3
- Croisement des Barmettes - km 2,2
- Croisement de Rochereau - km 3,6
- Fontaine de Rochereau - km 3,8
- Porte de l'Alpette - km 4,7
- Sous le Pas des Barres - km 5,1
- L'Alpette - km 5,7
- Col de l'Alpette - km 6,4
- Cabane de l'Alpette - km 6,8
- Fontaine de l'Alpette - km 7
- Chalet de l'Alpe - km 10,3
- Croix de l'Alpe 1821m - km 11,7
- Col de l'Alpe - km 12,6
- Cabane de l'Allier - km 14,5
- Parking du Pré Orcel - km 15,1
- Source du Cernon - km 19,8
- Croisement des Coutiances - km 21,3
- Saint-Marcel d'En Bas - km 22,4
Carte IGN nécessaire : 3333OT ou 3333OTR
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