- Le Pic des Eustaches 2728m et le tour du Col des Sept Laux

Publié le 12 juillet 2026 à 22:15

Réalisée le 12 juillet 2026.

 

Les lacs des Sept Laux peuvent s'avérer être un très bel objectif de randonnée à la journée. Accessibles soit par le Sud et la Vallée de l'Eau d'Olle soit par le Nord depuis la Vallée du Haut-Bréda et le hameau de Fond de France, on peut traverser l'entièreté du plateau lacustre à la recherche des non pas sept mais de la petite douzaine de lacs qui constellent ces montagnes. Cependant, en traversant ces alpages et ces pierriers, d'aucun pourrait penser qu'il manque quelques points vue sur l'ensemble du plateau. C'est pourquoi, en poursuivant l'effort, on peut s'ériger sur les nombreuses cimes qui encadrent les lacs des Sept Laux et qui permettent non seulement des panoramas sur les lacs mais également sur le reste du Massif de Belledonne et les montagnes limitrophes.

On pense classiquement au Pic de la Belle Etoile ou au Rocher Blanc qui sont les deux sommets majeurs des lieux et les plus courus, mais d'autres sommets, plus confidentiels, sont également accessibles en randonnée et permettent à la fois un magnifique point de vue tout en évitant les foules sur les rives des lacs. On peut citer ici le Toit, le Pic de l'Agnelin ou encore notre objectif du jour, le Pic des Eustaches 2728m.

Le Pic des Eustaches est probablement le sommet le moins connu des environs. Véritable royaume des bouquetins, il est situé sur la partie Sud-Est des Sept Laux, il domine principalement les Lacs de la Sagne, de la Corne et de l'Agnelin que nous côtoierons durant l'ascension. Au-delà du second lac, le cheminement est totalement hors des sentiers balisés et évolue dans des chaos de blocs et dans des dalles inclinées sans que l'ascension ne présente de dangers majeurs. Reste que la partie finale, plus aérienne, peut impressionner, obligeant à arpenter ce sommet dans de bonnes conditions météorologiques.

Pour accéder plus directement à ce sommet, et au vu de sa situation méridionale par rapport aux Sept Laux, la Vallée de l'Eau d'Olle est la meilleure option. On peut arriver au niveau des lacs soit par un départ depuis le Rivier d'Allemont et le franchissement du Col de la Vache soit par la directissime reliant le Point 1291 au Lac de la Sagne. Pour éviter de maximiser la dénivellation et la distance, d'autant que ces deux données ne seront déjà pas négligeables, on opte pour le second point de départ, situé à équidistance entre le Rivier d'Allemont et le Barrage de Grand-Maison.

 

Etape 1 : L'ascension du Pic des Eustaches par le Lac de la Sagne, le Lac de la Corne et les environs du Lac de l'Agnelin.

 

Le Rivier d'Allemont. 

Du parking au Point 1291, on entame une ribambelle de lacets nous faisant grimper les plus de 700m de dénivelés jusqu'au premier lac. Fort heureusement, l'ombre du Pic Bunard nous permet une ascension dans une certaine fraicheur. Sans parler des nombreux torrents qui coulent sur ce versant et qui humidifient l'ambiance.

Le sentier est très bien tracé et équipé. Il s'agit en effet du GrP du Tour des Lacs des Sept Laux ce qui contrastera grandement avec la suite de l'ascension. On débute dans un environnement majoritairement forestier puis rapidement, dès les premières traversées de ruisseaux, la forêt s'estompe et laisse la partie Sud du Massif de Belledonne apparaitre. On devine notamment le Grand Pic de Belledonne, le Pic Lamartine, le Rocher de l'Homme ou encore le groupe du Ferrouillet. 

Ruisseau des Sept Laux.

Passé les 2000m d'altitude, la pente s'adoucit et on arrive sur les bords d'un premier petit lac, anonyme quant à lui. Il servira d'amorce aux prochains lacs dont nous devrions découvrir les rives sous peu. 

 

Le premier véritable lac à apparaître est le Lac de la Sagne. Magnifiquement calme à notre passage, les montagnes alentours se reflètent de ses eaux. On le contourne par la droite pour aller chercher le second lac de l'ascension. 

 

 

Rapidement on arrive près du Lac de la Corne. Ce lac marque le début de l'ascension hors sentier vers le Pic des Eustaches. D'ailleurs, ce n'est qu'une fois le Lac de la Corne atteint qu'on obtient le premier visuel sur notre objectif (photo de droite).

On quitte le sentier en franchissant le petit barrage du Lac de la Corne, le but étant de remonter le vallon chutant sur la langue de terre séparant le Lac de la Sagne et le Lac de la Corne. Au bout du vallon, nous avons en ligne de mire le faux col coté 2356 sur les cartes IGN.

Barrage du Lac de la Corne et Pic des Eustaches. 

Très peu d'alpages sur ces premières pentes, on longe un immense chaos de blocs où git en son centre un reste d'avalanche.

 

Au Point 2356, on domine légèrement le Lac de l'Agnelin. Il ne faut pas pour autant rejoindre ses rives pour la poursuite de l'ascension. Il faut suivre l'épaule rocheuse en bifurquant sur la droite vers l'arête Nord-Nord-Est du Pic des Eustaches qui nous surplombe. 

Dans le névé sous la face Nord-Ouest du pic, on devine quelques bouquetins rejoindre les pierriers ensoleillés. La montagne semble grouiller de caprinés. 

Lac de l'Agnelin et le Toit (sommet Sud).

Le Toit (aussi appelé Rocher du Lac du Cos) et le Pic de l'Agnelin.

 

Après les pierriers, on atteint des dalles rocheuses. On les remonte en évitant de trop aller vers la face Nord-Ouest du Pic des Eustaches ni trop aller dans le vallon émanant du Col des Eustaches. Ici, il n'y a strictement aucun balisage ni cairn, on évolue en totale liberté et en arpentant les zones les moins escarpées. 

Derrière nous, la vue se dégage sur les lacs des Sept-Laux, le Pic de la Belle Etoile, le Pic des Cabottes ainsi que la Combe de Savoie.

 

On finit par partager les dalles rocheuses avec quelques bouquetins. Ces derniers nous amènent vers un pilier de l'arête Nord du Pic des Eustaches. Il faut contourner ce pilier pour aller en direction du Col des Eustaches, invisible jusqu'alors. 

 

En haut d'une butte, on aperçoit pour la première fois le Col des Eustaches ainsi que ses dizaines de sentinelles. Le col est gardé de toute part et une fois face à face, le groupe de bouquetins se dissimule sur l'autre versant du col faisant dévaler de nombreux blocs rocheux dans leur fuite en avant.

 

 

De là, il faut viser le point haut de la montagne. Tout semble praticable, que l'on se situe au milieu de la pente ou sur l'arête reliant le point haut au Col des Eustaches, même si sur la partie finale, les mains peuvent être particulièrement utiles. C'est un véritable escalier rocheux qui nous permet de grimper les derniers 100m de dénivelés. 

Derrière nous, quelques cimes septentrionales de Belledonne apparaissent telles que les Aiguilles de l'Argentière. 

Plus l'on monte, plus l'arête s'amincit. On atterrit finalement sur l'antécime Nord du Pic des Eustaches. A partir de là, l'inclinaison de l'arête s'adoucit mais la verticalité reste particulièrement présente de part et d'autre de cette crête. Néanmoins, les blocs sommitaux sont plutôt stables et rugueux, il n'y donc que peu d'engagement à terminer cette ascension vers le culmen de l'arête, du moins lorsque le vent est faible et l'humidité absente. 

 

L'antécime Nord et le sommet sont séparés par une sorte de col que l'on franchit aisément. Depuis le cairn sommital du Pic des Eustaches, la vue est spectaculaire sur l'ensemble des Sept Laux, la Vallée de l'Eau d'Olle, les Grandes Rousses, les Aiguilles d'Arves et le Barrage de Grand-Maison. 

Nous sommes seuls au monde, ce sommet est totalement à l'écart des foules qui s'agglutinent sur le vallon des Sept Laux. Nous ne côtoierons que quelques parapentistes venus virevolter près du sommet. On profite de cette ambiance à la fois vertigineuse mais paisible pour contempler le panorama.

 

Vers le Sud (de gauche à droite) : le Pic du Col d'Ornon, l'Obiou, le Grand Armet, le Rissiou, la Pyramide, le Taillefer, la Grande Lance d'Allemond, le Pic Bunard, le Grand Pic de Belledonne, le Pic Lamartine, le Rocher de l'Homme, le groupe du Ferrouillet, l'extrême Nord du Vercors, le Pas de la Coche, le Sud de la Chartreuse et le Pic de la Belle Etoile.

 

On domine sensiblement les lacs des Sept Laux, notamment : le Lac de la Sagne, le Lac de la Corne, le Lac Jeplan, le Lac du Cos, le Lac Cottepens, le Lac Carré, le Lac de la Motte, le Lac Blanc et le Lac de l'Agnelin. 

 

L'origine toponymique de cet intitulé de sommet n'est pas certaine. Elle interroge cependant par son originalité. Historiquement, lorsqu'un sommet utilise un patronyme au pluriel, comme c'est le cas avec ''des Eustaches'', cela aurait un lien avec une famille établie en vallée et possédant la montagne ou les alpages sous-jacents. Aujourd'hui, ce toponyme a été rattaché non seulement au sommet, mais aussi au col et à un torrent surgissant sur le versant Sud de la montagne.

 

Etape 2 : Le Tour du Col des Sept Laux par les lacs et les balcons.

 

 

Pour la descente, nous n'avons d'autres choix que de rebrousser chemin jusqu'aux environs du Col des Eustaches. C'est lors de cette descente sur l'arête reliant l'antécime et le Col des Eustaches que l'on s'est rendu compte que ce passage était un peu plus commode que le reste de la pente Nord-Est. 

On atteint ainsi le col puis on suit le vallon qui en émane sur son flanc Nord pour rejoindre des terrains moins détritiques et plus accueillants. A noter que sur cette portion, les névés agonisant peuvent être d'une aide précieuse pour dévaler rapidement cette pente sans à devoir trop négocier les chaos de blocs instables. 

 

Vue sur le Toit et la Pyramide près du Col des Eustaches. 

Arête du Pic des Eustaches menant vers le col éponyme.

Versant oriental du Col des Eustaches 2620m.

Pic des Eustaches et son col à gauche.

Pic de l'Agnelin et son ruisseau.

 

Sous le col, on reprend pied dans un espace verdoyant où zigzague le petit Ruisseau de l'Agnelin. On suit grosso modo le vallon qu'il sillonne jusqu'aux environs du Lac du Cos que nous contournerons par la droite vers son petit barrage. De là, on remettra pied sur le GrP du Tour des Lacs des Sept Laux, mais également sur le Gr738 de la Haute Route de Belledonne. 

 

Lac du Cos, Lac Cottepens et Pic des Cabottes 2732m. Près de la rive opposée du Lac Cottepens on devine le Refuge des Sept Laux. 

 

On franchit le barrage puis on reprend le large sentier. Derrière nous, les hauts sommets dominant le plateau lacustre gonflent dans le paysage : Rocher Blanc, Pyramide, Toit, Pic de l'Agnelin.

 

De nombreux lacs de cet ensemble lacustre possèdent des aménagements hydroélectriques, ce qui interroge sur leur origine naturelle. Déjà, au niveau toponymique l'intitulé "Sept Laux" n'aurait que très peu de rapport avec les lacs en eux-mêmes d'autant qu'on en dénombre plus d'une dizaine entre les Vallées du Haut-Bréda et de l'Eau d'Olle.

Bien que les principaux soient au nombre de sept et dans un alignement presque parfait, une autre hypothèse est soulevée par une inscription sur d'anciennes cartes notamment celle de Tillemon en 1690 qui prénomme cette zone montagneuse ''Caelo'' dont le latin ''Caelum'' signifie Montagne du Ciel. Plus tard, au début du XIXème siècle on voit apparaître l'intitulé ''Ceylau''. Plusieurs déformations orthographiques plus tard, on est arrivé à l'intitulé ''Sept Laux''

Au niveau des aménagements, il faut savoir tout d'abord que l'origine des lacs est belle et bien naturelle. Il s'agit d'un ensemble de lacs glaciaires apparus à la suite de la fonte des glaces. Cependant, les quelques barrages qui ont été érigés au début du XXème siècle (1918-1919) pour alimenter les industries présentes en vallée ont engendré le rehaussement du niveau de l'eau de plusieurs lacs du plateau (Cos, Cottepens, Motte par exemple). Aujourd'hui, le site est géré par EDF et est d'ailleurs toujours en fonctionnement puisque l'alimentation de la centrale de Fond de France par les différentes installations hydroélectriques de la zone permettent de produire l'équivalent de la consommation de 20 000 habitants. Cependant, bien que l'entreprise tente de réduire au maximum l'impact visuel de ses installations en démantelant d'anciens ouvrages, il reste quelques lignes à haute tension visibles depuis les sentiers, polluant par moment le paysage.

 

Pour éviter une petite pollution visuelle ainsi que la foule sur les rives des lacs, on décide de partir à l'aventure au niveau de la Bergerie du Cos et du Col des Sept Laux. De là, on part plein Est en recherchant à atteindre un petit couloir herbeux, le but étant de relier une gouille présente en amont du Lac Jeplan (visible sur les cartes IGN)

Encore une fois, l'absence de sentier est totale, on progresse à vue mais le relief est conciliant ce qui nous permet de traverser en balcons sans difficulté au-dessus des Lacs Jeplan, de la Corne et de la Sagne. 

 

Lac de la Sagne et Pic Bunard sur fond de Grandes Rousses.

Vallon rocheux entre les Points 2390 et 2430.

Pic des Eustaches et Lac de la Corne.

Depuis le Point 2430, le belvédère est parfait pour apprécier non seulement les lacs mais également les sommités qui les dominent (de gauche à droite ) : Rocher d'Arguille, Bec d'Arguille, Rocher Badon, Rocher Blanc, Pyramide, Toit, Pic de l'Agnelin, Pic des Eustaches, Pic Bunard, Pic de l'Etendard, Pic Bayle, Pic du Lac Blanc.

 

 

De ce promontoire, on chute sur le Col de l'Homme, échappatoire qui nous permettra de relier sans trop de difficulté les rives du Lac de la Sagne par un entremêlement de couloirs herbeux et de dalles rocheuses. Le tout avec la silhouette grandissante du Pic des Eustaches que nous avons gravi plus tôt dans la journée.

De retour sur les rives du Lac de la Sagne, il ne nous reste plus qu'à reprendre le sentier d'ascension de ce matin à l'envers pour chuter vers la voiture cachée plus de 700m en contrebas. 

 

Sous le soleil et avec le Grand Pic de Belledonne en guise de cap, on retrouve les quelques escaliers et passages câblés, signes que la terminaison de la randonnée s'approche. 

 

En été, les Sept Laux sont véritablement bondés. Aux carrefours des grands sentiers et des grandes vallées, ce groupement de lacs en chapelet est victime de son succès à la haute saison. La parade ? Gravir les nombreuses cimes qui entourent ces lacs, telles que l'inconnu Pic des Eustaches. Ascension qui vous fera non seulement profiter d'une solitude certaine au milieu des bouquetins mais également de points de vue splendides sur les lacs, qu'une simple traversée du plateau de part en part ne pourra vous offrir. 


ITINÉRAIRE DE LA RANDONNÉE : 

 

  • Départ/Arrivée : Point 1291 - km 0
  1. Lac de la Sagne - km 3.3
  2. Lac de la Corne (Barrage) - km 3.8
  3. Point 2356 - km 4,7
  4. Epaule surplombant le Lac de l'Agnelin - km 5,2
  5. Pic des Eustaches 2728m - km 5,2
  6. Col des Eustaches - km 6
  7. Lac du Cos (Barrage) - km 8,1
  8. Bergerie du Cos - km 9
  9. Gouille anonyme - km 9,8
  10. Point 2430 - km 10,4
  11. Col de l'Homme - km 10,7

 

 

 

Carte IGN nécessaire : 3335ET ou 3335OTR

Pic Des Eustaches Trace Gpx

Données géographiques – 80,2 KB

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