Réalisée du 10 au 12 juin 2026.
Après avoir gravi le Mont Blanc il y a quelques années, les sommets du massif éponyme attirent toujours notre regard. D’autant que certaines courses vers ces sommités majeures peuvent se révéler parfois plus esthétiques et surtout bien moins courues que la voie normale conduisant au toit de l’Europe. Et malgré une aversion pour le ’’tout caillou’’ et un niveau tout à fait modeste en alpinisme, le Massif du Mont Blanc n’est pas en reste : Aiguille du Tour, Dômes de Miage, Mont Dolent ou encore Mont Blanc du Tacul. Dans toutes ces courses, on reste dans un niveau légèrement inférieur ou égal à l’ascension du Mont Blanc par sa voie normale via le Refuge du Gouter, c’est-à-dire n’excédent pas la cotation PD+.
En y regardant de plus près, on se rend compte que l’unique 4000 de la liste correspond au Mont Blanc du Tacul 4248m. Magnifiquement bien placé au coeur du Massif du Mont Blanc, surplombant l’immense bassin glaciaire du Géant et de la Vallée Blanche, on se fixe sur ce petit Mont Blanc.
Pour profiter pleinement d’une ascension progressive vers ce sommet, on élimine un accès via l’Aiguille du Midi qui permet, grâce au téléphérique, de gravir le Mont Blanc du Tacul à la journée. Au contraire, le guide nous propose une ascension en trois étapes vers cette cime en remontant les vallées glaciaires depuis le Montenvers. Ainsi, les différentes journées se constitueraient de la sorte :
- Jour 1 : Un départ depuis la gare d’arrivée du Montenvers pour relier le Refuge du Requin.
- Jour 2 : Du Refuge du Requin au Refuge des Cosmiques par le Glacier du Géant.
- Jour 3 : L’Ascension du Mont Blanc du Tacul depuis le Refuge des Cosmiques ainsi que de l’Aiguille du Midi pour rejoindre Chamonix par le téléphérique.
Cet itinéraire intégralement glaciaire est, d’après le guide, très peu emprunté contrairement à la traversée de la Vallée Blanche entre le Rifugio Torino et celui des Cosmiques, ou encore par rapport à la voie des Trois Monts. La raison ? Des glaciers de plus en plus impactés par le réchauffement climatiques déstabilisant les parois les surplombant et des crevasses apparaissant de plus en plus tôt chaque année. C’est la raison pour laquelle on s’attèle à la tâche au début du moins de juin afin que la neige bouche encore les nombreuses crevasses et que les glaciers soient plus stables.
Le Mont Blanc du Tacul 4248m est le 24ème plus haut sommet des Alpes. Principalement composé de glaces depuis le célèbre point de vue de l’Aiguille du Midi, l’entièreté de sa face Est est pourtant en rocher, cachant de fameuses courses d’alpinisme rocheux telles que le Grand Capucin ou les Aiguilles du Diable. A noter que comme son confrère le Mont Maudit et contrairement au Mont Blanc, le sommet du Mont Blanc du Tacul est constitué d’un éperon rocheux et non de glace.
Sa première ascension date du 08 août 1855 par une cordée s’élançant depuis la ville de Courmayeur. Initialement partis pour gravir le Mont Blanc par la voie des Trois Monts, les alpinistes renoncèrent à leur objectif et se contentèrent du Mont Blanc du Tacul à cause du mauvais temps. Même si la voie des Trois Mont a été entreprise de nombreuses fois avant cette date, l’itinéraire ne fait que franchir l’épaule du Mont Blanc du Tacul vers les 4100m sans pour autant prendre la peine de relier l’éperon sommital.
Alors que la dénomination ’’Mont Blanc’’ ne pose aucunement question au vu des masses glaciaires s’agrippant aux parois de cette montagne, notamment sur son versant occidental et septentrional, des doutes persistent sur l’étymologie de ’’Tacul’’. La première hypothèse proviendrait de la racine germanique ’’Tak’’ signifiant une surface glaciaire relativement plane. La seconde hypothèse attesterait que ’’Tacul’’ serait issu d’un patois signifiant lieu reculé ou isolé. Peut être du fait de son relatif isolement par rapport au Mont Blanc. Cette hypothèse est renforcée par la présence de nombreuses appellations de sommets ou de lieux incluant le toponyme ''Tacul'' dans leur intitulé, sans pour autant être à proximité du Mont Blanc du Tacul. On peut citer ici le Glacier du Tacul, l'Aiguille du Tacul ou encore le Capucin du Tacul. Enfin, dans la prononciation maintenant, les Haut-Savoyards seront probablement étonnés de vous entendre prononcer le ’’L’’ de ’’Tacul’’. Au même titre que l’on ne prononce pas le ’’X’’ de Chamonix ou le ’’Z’’ d’Avoriaz.
Jour 1 : De la Gare d'arrivée du Montenvers au Refuge du Requin.
Pour s'élever de quelques centaines de mètres au-dessus de la dense Vallée de l'Arve et de Chamonix, on emprunte dans un premier temps le petit train touristique du Montenvers. Ce train à crémaillère nous fera économiser pas moins de 900m de grimpette depuis Chamonix en nous faisant relier en quelques minutes les abords de la Mer de Glace.
Inauguré le 29 mai 1909 après trois ans de chantier, le célèbre train rouge à crémaillère du Montenvers est né de la nécessité de moderniser l'accès à la Mer de Glace. À la fin du XIXe siècle, ce site emblématique de la vallée de Chamonix attirait déjà des milliers de curieux, mais l'excursion se faisait exclusivement à pied ou à dos de mulet, une activité lucrative pour les guides locaux qui s'opposèrent d'ailleurs farouchement au projet ferroviaire par peur de perdre leur gagne-pain.
Sur le plan toponymique, le nom "Montenvers" (historiquement orthographié Montanvert) trouve son origine dans sa situation géographique : il désigne littéralement le "mont à l'envers", le mot "envers" signifiant localement le versant opposé au soleil, c'est-à-dire le côté nord, à l'ombre.
A l'origine cette montée s'effectuait à la vapeur avant une électrification de la ligne en 1954, permettant au train de transporter près d'un million de passagers par an sur un parcours d'une longueur de 5,1 kilomètres. En seulement 20 minutes de montée, les rames surmontent un dénivelé de 871 mètres pour atteindre le terminus situé à 1913 mètres d'altitude, en gravissant des pentes qui atteignent une inclinaison maximale de 22%.
A l'arrivée du train du Montenvers, on est directement happé par le caractère grandiose des lieux. Les Grandes Jorasses, certes malmenées par quelques nuages, dominent fièrement la large vallée glaciaire de la Mer de Glace.
Ce décor, tout à fait sublime et exceptionnel, ne saurait occulter la réalité du réchauffement climatique et le léger sentiment de tristesse qui nous empreint lorsque l'on contemple le paysage mais également l'histoire de la Mer de Glace.
Née de la confluence des glaciers du Géant et de Leschaux, la Mer de Glace est le plus grand glacier de France avec une longueur d’environ 7 kilomètres, une superficie de 40 kilomètres carrés et une épaisseur maximale qui atteint encore près de 300 mètres à certains endroits. Ces quelques données le font tout de même rester modeste par rapport à certains glaciers alpins, notamment si on le compare au géant de Suisse, le glacier d'Aletsch, qui détient le titre de plus grand glacier des Alpes avec ses 20 kilomètres de long et ses 78 kilomètres carrés de surface.
Sur le plan historique, le site est considéré comme le berceau du tourisme alpin et de la glaciologie moderne : sa réputation mondiale a été lancée en 1741 par deux explorateurs britanniques, William Windham et Richard Pococke, dont le récit sur cette "mer figée" inaugurera la renommée de la Mer de Glace. Avant cette dénomination, la Mer de Glace était nommée le Glacier des Bois par les locaux de Chamonix du fait de la terminaison de son front glaciaire près du petit hameau des Bois. C'est également ici que des scientifiques pionniers comme James David Forbes ou Louis Agassiz menèrent les premières études majeures sur le mouvement et la dynamique des glaces au XIXe siècle.
Malheureusement, la Mer de Glace est aujourd'hui devenue l'un des symboles les plus concrets et les plus documentés du réchauffement climatique mondial, ayant perdu plus de 3 kilomètres de longueur et environ 150 mètres d'épaisseur depuis la fin du Petit Âge Glaciaire autour de 1850. Au point qu'aujourd'hui, le train du Montenvers ne permet pas d'atteindre le front glaciaire situé deux cents mètres plus bas. Le sentier des échelles permettant de relier la surface de la Mer de Glace a également été désinstallé face au recul progressif du glacier et est maintenant remplacé depuis février 2025 par une télécabine.
L'un des derniers apogées de la Mer de Glace remonte à 1852 où son front glaciaire atteignait la vallée. Depuis, elle n'a connu que des reculs plus ou moins rapides. Elle n'est plus visible depuis la vallée à partir de 1900 mais reste accessible au début du XXème siècle via le train du Montenvers situé une quarantaine de mètres en amont du glacier. Aujourd'hui, les glaciologues attestent que la Mer de Glace perd environ 4 à 6 mètres d'épaisseur et une trentaine de mètres de longueur chaque année. A ce rythme, on estime sa fonte complète avant la fin du XXIème siècle.
Lenticulaire au-dessus des Drus 3754m et de l'Arête des Flammes de Pierre.
On emprunte donc la télécabine qui nous conduit quasiment sur la surface de la Mer de Glace. De là, débute une traversée de quelques kilomètres sur le glacier. Sur les premières dizaines de mètres, on a tout de même du mal à se dire que l'on marche sur un glacier tant la surface est recouverte de blocs de roches. Les traversées de quelques bédières nous feront constater les premiers pans de glace de notre périple. Il faut dire que nous sommes uniquement à 1700m d'altitude.
La progression est légèrement ascendante et les crevasses quasi inexistante sur cette portion. Le principal risque tient à l'instabilité des blocs rocheux, malmenée par les mouvements glaciaires, la fonte et les pierriers morainiques en périphérie de la Mer de Glace.
L'ambiance devient austère et chaotique avec l'ennuagement progressif des sommets du Massif du Mont Blanc. Vers la bifurcation des échelles permettant d'accéder au Refuge d'Envers des Aiguilles, la glace se fait de plus en plus visible. On se rapproche de la confluence des Glaciers de Leschaux et du Tacul donnant naissance à la Mer de Glace.
La confluence des deux glaciers est également le lieu de bifurcation pour accéder aux différents refuges positionnés sur les balcons de la Mer de Glace. A gauche, on peut accéder au Refuge de la Charpoua, du Couvercle et de Leschaux alors qu'à droite on peut monter vers le Refuge d'Envers des Aiguilles, du Requin et plus globalement aussi vers les hauts refuges du massif : Torino et Cosmiques.
De ce fait, on reste sur la droite du glacier. Aux abords de la confluence, on passe près des Moulins, lieu privilégié de l'école de glace afin d'apprendre à manipuler le matériel de sécurisation sur glacier.
Le survol d'un Dragon de la Sécurité Civile, dans un fracas épouvantable, constituera le dernier signe de civilisation avant d'atteindre le refuge.
Quoique, malgré le caractère inhospitalier des lieux et leur difficulté d'accès, le tourisme d'altitude a également eu des répercussions dans la zone.
Skis, batteries, boites de conserve, cannettes, câbles, taule, morceaux de verre, bouts de plastiques, poteaux de bois jonchent la surface du glacier. On croise par moment des quantités folles de déchets sur une même zone. Et bien que certains de ces objets se soient perdus par erreur lors d'une expédition glaciaire, d'autres ont bien été délibérément laissés sur place durant des siècles de conquêtes alpines. Signe que l'Homme, même attiré par la nature, est bel et bien un gros dégueulasse, et ce depuis de nombreuses années.
Il n'est pas rare de voir certaines marques, certaines associations et collectivités organiser des collectes de déchets sur la Mer de Glace. C'est notamment le cas de Lafuma qui depuis 2016 organise ces collectes chaque année avec environ 2 tonnes de déchets ramassés lors de chacune d'elle. C'est un travail de longue haleine car les mouvements du glacier et la fonte de ce dernier font resurgir certains objets au fil du temps.
Passé la confluence, on bascule sur le Glacier du Tacul. Le temps se gâte sensiblement avec l'arrivée des premières averses de pluie et de grésil. On se couvre puis on continue notre progression vers le Refuge du Requin qui se cache au milieu des dalles rocheuses que l'on aperçoit à droite des séracs.
En arrivant proche de la vague de glace, il faut stopper notre progression sur le glacier pour aller repérer sur les parois de droite les échelles métalliques nous permettant d'accéder au Refuge du Requin.
Ce n'est qu'en s'approchant véritablement de la paroi que l'on entrevoit les échelles. La première est encore camouflée par le monticule de neige accumulée sous la falaise. On démarre donc cette vertigineuse ascension vers le Refuge du Requin dans le froid et l'humidité ce qui ne facilitera pas l'adhérence sur les échelles. D'ailleurs, quelques flocons commencent à s'inviter ici et là.
L'installation d'échelles pour accéder au Refuge du Requin est le résultat de la fonte progressive du glacier. Ces échelles ont été rajoutées au fur et à mesure du recul glaciaire, au point que maintenant, le départ des échelles s'effectue vers les 2200m alors que le refuge est perché à 300m au-dessus.
Les premiers 150m sont les plus verticaux avec des échelles, des marches métalliques et un vide omniprésent, presque oppressant avec l'instabilité de la météo.
Passés ces dizaines de mètres d'échelles, on atteint un sentier un peu plus classique qui zigzague entre les ressauts rocheux jusqu'à atteindre les abords du Refuge du Requin. Les échelles d'accès au Refuge du Requin sont réputées pour être les plus vertigineuses des balcons de la Mer de Glace et la fonte continue du glacier conduit à rajouter des échelles pour permettre la continuité de l'accès au refuge.
Au milieu de l'après midi, on atteint le Refuge du Requin 2516m. De quoi nous permettre de sécher nos affaires pour la suite du périple. Le refuge est encore non-gardé à cette période, mais une vingtaine de places sont à la disposition des alpinistes de passage, contre les près de 60 en période de gardiennage.
Ce refuge a été construit en 1926 et fêtera donc ses 100 ans au mois de juillet. Son nom provient du sommet le surplombant : la Dent du Requin 3422m qui elle-même a pris ce nom du fait de son apparence caractéristique.
Malgré la nébulosité, le panorama depuis la terrasse du refuge est extraordinaire. On domine sensiblement la langue glaciaire partant vers la confluence avec le Glacier de Leschaux. Sans oublier la vague de séracs et le Glacier des Périades face au refuge. On patiente vers la fin de journée pour espérer une éclaircie.
Sur la photo ci-dessus, on remarque particulièrement bien des lignes parallèles à la surface du glacier. Il s'agit des Bandes de Forbes. Du nom du naturaliste écossais James David Forbes, ces stries sont le résultat des mouvements du glaciers et des saisons. En effet, lorsqu'un glacier franchit une pente beaucoup plus inclinée comme c'est le cas face aux Refuge du Requin au niveau des Séracs du Géant, la surface du glacier s'ouvre. Ainsi en été, la fonte est plus importante puisque la chaleur s'infiltre et les sédiments contenus dans la glace se concentrent et teignent de gris la glace. Au contraire, sur cette même zone de cassure, en hiver, la neige s'accumule et dilue les sédiments. Avec les mouvements du glacier, une fois passé la zone de rupture, ces deux phénomènes conduisent à la création des Bandes de Forbes : une plus sombre lorsque la cassure est franchie en été et une plus claire lorsque celle-ci est franchie en hiver. L'addition de deux bandes de Forbes est généralement comparable au mouvement d'un glacier sur une année.
Avant la tombée de la nuit, quelques trouées nous permettent d'apercevoir l'Aiguille du Moine, les Drus et le chaos des séracs du Géant magnifiés par une obscurité grandissante.
Nous avons le refuge pour nous ce soir-là. Cela confirme ce que le guide nous a certifié concernant la fréquentation de cet itinéraire. On peut donc se reposer paisiblement avant une seconde journée au coeur du Massif du Mont Blanc.
Jour 2 : Du Refuge du Requin au Refuge des Cosmiques.
L'étape du jour est encore une fois intégralement glaciaire. On ne touchera du caillou qu'entre le Refuge du Requin et notre premier pas près des séracs. La progression sur les glaciers ne revêt pas de difficultés particulières si ce n'est notre attention sur la présence de potentielles crevasses. Face à ces contraintes limitées, nous nous permettons un lever aux alentours des 7h du matin. De quoi profiter pleinement de la journée qui s'annonce radieuse et des paysages qui se révèleront splendides.
Sur les coups des 8h, on se met en route vers les Séracs du Géant. L'objectif n'étant pas de les traverser mais de les longer pour atterrir sur un vaste plateau glaciaire.
Depuis le Refuge du Requin on descend légèrement sur les dalles en reliant quelques cairns jusqu'à mettre pied sur la neige.
On se rapproche du mastodonte de glace. Il faut savoir que la vitesse d'écoulement des glaciers varie d'un endroit à un autre, du fait de l'inclinaison de la pente et donc de la gravité. Ainsi, au niveau du Montenvers, la Mer de Glace s'écoule à une vitesse de 30m par an. Au niveau de la confluence, on atteint 120m par an. Alors que sur cette zone des Séracs du Géant, on se situe sur une vitesse d'écoulement de l'ordre des 800m par an. C'est considérable et particulièrement dangereux car cela équivaut à une évolution de 2m par jour, d'où l'affaissement de séracs quasi quotidiennement. Néanmoins, lors de notre passage près du glacier, nous n'avons pas eu la chance de voir la chute de l'un d'entre eux.
Une fois sur la langue de neige, on s'équipe intégralement pour évoluer d'abord sur le flanc glaciaire puis sur la surface. Le regel, bien que limité durant la nuit, nous permettra de grimper plus facilement sur cette pente assez inclinée, même si on ne dépassera que très rarement les 30° d'inclinaison sur cette portion.
On passe sous les imposantes parois du Petit Rognon 3009m.
Au niveau de La Bédière, la vallée glaciaire s'élargit sensiblement et le glacier, bien que plus massif, s'aplanit.
Au niveau de La Bédière on traverse une fois de plus une confluence glaciaire : entre le Glacier de la Vallée Blanche et le Glacier du Géant. On laisse de coté le Glacier de la Vallée Blanche pour continuer sur le plateau du Glacier du Géant.
D'un seul coup, la nébulosité s'estompe radicalement, laissant apparaître une bonne partie du cirque glaciaire du Géant et notamment le Mont Blanc du Tacul sur la droite.
La Dent du Géant, la Pointe Yeld et La Noire sont encore caressées par quelques stratus.
On effectue un large arc de cercle sur le Glacier du Géant pour contourner le Gros Rognon et aller vers le col éponyme. Durant cette ascension progressive, le versant oriental du Mont Blanc du Tacul se dévoile de plus en plus. On devine ainsi des cimes très populaires dans le monde de l'escalade : Pointe Adolphe Rey, Grand et Petit Capucin, Pyramide du Tacul, Aiguilles du Diable.
Au centre de la photo, on devine le Couloir Gervasutti. Un itinéraire particulièrement prisé des grimpeurs et des skieurs de pente raide. Il est surplombé par d'imposants séracs provenant de la calotte sommitale du Mont Blanc du Tacul rendant son ascension aussi difficile que dangereuse. Tout à droite, il s'agit de la Pointe Lachenal 3613m.
Zoom sur les séracs surplombant le Couloir Gervasutti. Au premier plan, on devine les traces menant à la Pointe Lachenal.
Au moment de franchir le Col du Gros Rognon 3402m, l'Aiguille du Midi 3842m et le Refuge des Cosmiques apparaissent face à nous. Chacun d'eux sont reliés par une arête très prisée des alpinistes : l'Arête des Cosmiques pour l'Aiguille du Midi, et l'Arête à Laurence pour le refuge.
En franchissant le Col du Gros Rognon, la vue se dégage également vers le Nord : (entre autres) Aiguille du Plan, Drus, Aiguille Verte, Droites, Courtes, Glacier de Talèfre, Aiguille de Triolet, Aiguille de Talèfre, Aiguille de l'Eboulement, Aiguille de Leschaux et Gros Rognon. On devine près de ce dernier sommet les télécabines du Panoramic Mont Blanc reliant l'Aiguille du Midi à la Pointe Helbronner à la frontière italienne.
On s'approche du Refuge des Cosmiques 3613m qui s'agrippe véritablement aux blocs de granites de l'Arête à Laurence. L'occasion ici de revenir sur l'histoire atypique de ce refuge de haute altitude.
Initialement, la construction de ce refuge ne s'est pas fait pour les besoins des alpinistes. Erigé dans les années 1930 et veritablement en service la décennie suivante sous l'impulsion du physicien Louis Leprince-Ringuet, qui y établit un laboratoire d'altitude pour étudier les rayons cosmiques. À cette époque, l'accès à la haute atmosphère est encore limité, et l'altitude des environs du Col du Midi offre une opportunité unique d'intercepter ces particules venues de l'espace avant qu'elles ne soient trop altérées par l'atmosphère terrestre.
Pendant près de deux décennies, des chercheurs du monde entier s'y relaient. Le laboratoire des Cosmiques devient ainsi un haut lieu de la physique nucléaire française et européenne, contribuant de manière significative à la découverte de nouvelles particules élémentaires avant que l'avènement des grands accélérateurs de particules au sol, comme le CERN dans les années 1960, ne vienne progressivement remplacer les stations de recherche en haute montagne.
Face à l'afflux constant d'alpinistes et à la vétusté des installations initiales, le refuge est détruit par un incendie en 1984, le bâtiment actuel, moderne et mieux isolé, est inauguré en 1991 après d'importants travaux de reconstruction. Aujourd'hui, cette structure, gérée par la Compagnie des Guides de Chamonix, offre une capacité d'accueil de près de 150 personnes, ce qui en fait le deuxième refuge le plus fréquenté du massif, après celui du Goûter, et un point de départ stratégique pour l'ascension du Mont Blanc ou la descente à ski de la Vallée Blanche.
Face à une fréquentation importante à toute période de l'année, le Refuge des Cosmiques est gardé de février à fin septembre. En dehors de cette période, le refuge est totalement fermé et ne bénéficie pas de local d'hiver. L'abri Simond situé à 200m du refuge, sur le départ de l'Arête des Cosmiques, peut servir d'abri pour une dizaine de personnes en période non-gardée (en période de gardiennage, l'abri Simond est fermé).
Le Mont Blanc du Tacul nous surplombe directement depuis le Refuge des Cosmiques. Le Mont Maudit dépasse légèrement de l'épaule de son petit frère mais le Mont Blanc, quant à lui, reste masqué depuis la terrasse du refuge.
On a une vue sur la quasi totalité de la voie d'accès au Mont Blanc du Tacul. On devine d'ailleurs des alpinistes descendant soit de ce mont soit du Mont Blanc et zigzagant entre les crevasses et les séracs.
Zoom sur la voie normale du Mont Blanc du Tacul. On remarque particulièrement bien la trace et quelques alpinistes. On voit que la trace évite autant que possible les zones à risque ce qui conduit à une rectitude de l'ascension vers l'épaule du Tacul avec le franchissement de trois ponts de neige.
Cette face d'ascension nous rappelle la voie normale de la Barre des Ecrins et du Dôme de Neige des Ecrins : une pente soutenue, intégralement glaciaire et sujette au risque de chute de séracs.
Il nous aura fallu un peu plus de 5h de marche pour relier le Refuge du Requin à celui des Cosmiques avec un peu plus de 1100m de dénivelés positifs. Une arrivée en début d'après midi nous permet de nous reposer un peu ainsi que de parfaire notre acclimatation avant l'ascension finale du lendemain.
Reste à patienter un petit peu autour d'une revigorante bière et de quelques mets pour voir si le coucher du soleil nous réserve quelques surprises.
Nuages plaqués sur le versant italien des Grandes Jorasses et de la Dent du Géant. Tout à gauche, on devine la Pyramide Vincent.
Zoom sur le Massif du Haut-Giffre avec notamment la Tête du Colonney, le Désert de Platé et les Rochers des Fiz. En arrière-plan, derrière les montagnes, on devine quelques portions du Léman.
La Chaîne des Aravis, du Mont Charvin à la Pointe Percée. On devine également la Tournette sur la gauche.
Vers 20h, la nébulosité se développe subitement au-dessus des Alpes du Nord. C'est un bal de cirrus et de lenticulaires plus ou moins denses et accompagnée d'un vigoureux vent de Nord-Ouest sévissant sur les sommités du Mont Blanc. On persiste tout de même à attendre le tardif coucher de soleil de mi-juin. Sur la photo ci-dessus, on observe quelques sommets du Massif du Grand Paradis, notamment le Monte Emilius ou encore la Grivola.
Vers 21h30, en passant sous une strate de nuages et avant de plonger sous la ligne d'horizon, le soleil enflamme l'Ouest et les montagnes des environs.
D'abord légèrement rosés puis franchement orangés, le Glacier des Bossons et le Glacier de Taconnaz revêtent leur plus belles couleurs.
De l'autre côté, bien que les 4000 soient décapités par les nuages, les lueurs s'infiltrent dans le Massif du Mont Blanc et teignent parois et glaciers pendant quelques instants. Réchauffant ainsi l'atmosphère glaciale qui souffle près du Refuge des Cosmiques. Reste à savoir ce que nous réserve la journée du lendemain.
Jour 3 : Du Refuge des Cosmiques au Mont Blanc du Tacul (arrêt à l'Epaule du Tacul) et retour par l'Aiguille du Midi.
Premières lueurs vers l'Aiguille du Midi. On devine les lumières de la salle commune du Refuge des Cosmiques.
La veille, les prévisions météo étaient hésitantes sur une nébulosité matinale et notamment son altitude. On prévoyait quelques bancs de nuages aux alentours des 3500m et non pas au-delà. Mais c'est surtout le vent qui posait question sur la faisabilité de l'ascension finale avec des pointes à 80km/h prévues à 4000m d'altitude.
On se fixe tout de même un réveil à 2h du matin pour un potentiel lever du soleil près du sommet du Mont Blanc du Tacul. Mais au réveil, certes le vent n'avait pas faiblit mais la nébulosité est beaucoup plus importante sur les sommets.
On retarde donc l'ascension d'une heure et demi pour espérer une dissipation des nuages. Vers 4h20, et malgré une nébulosité toujours présente, on se met en route vers la verticale face Nord du Mont Blanc du Tacul.
L'ascension glaciaire du Mont Blanc du Tacul se fera dans une ambiance dantesque. Emerveillés par la pureté du paysage totalement blanc, impressionnés par la verticalité des lieux avec des pentes atteignant plus de 40° et angoissés à chaque franchissement des ponts de neige, on grimpe tant bien que mal autours des séracs.
Le vent est d'ailleurs moins déstabilisant qu'escompté, nous sommes probablement protégés par les séracs de la face Nord.
Exemple de pont de neige durant l'ascension du Mont Blanc du Tacul. Sous ces passages, d'imposantes crevasses plus ou moins comblées par la neige.
A partir des 4000m, la visibilité se réduit drastiquement et une fois sur l'Epaule du Mont Blanc du Tacul, aux alentours des 4150m, le vent redouble de puissance. Il est à peine 7h du matin.
Ces deux facteurs nous conduisent à renoncer aux derniers mètres vers le sommet et à faire une descente anticipée vers le Col du Midi.
Tout gèle sur l'Epaule du Tacul, le moindre cil, la moindre vibrisse, le sac, la frontale, la corde, les vêtements, et même les verres de lunettes.
Lors de la descente, les nuages en ont profité pour perdre de l'altitude et atteignent maintenant le Col du Midi 3518m. Le Refuge des Cosmiques et l'Aiguille du Midi se retrouvent maintenant cachés et le jour blanc s'installe sur le Massif du Mont Blanc.
Notre journée est loin d'être terminée puisqu'il nous faut maintenant relier l'Aiguille du Midi. La visibilité reste réduite mais le vent tend à faiblir. Alors que les nombreuses cordées venant de la gare d'arrivée de l'aiguille inondent peu à peu le plateau glaciaire, nous sommes quasiment les seuls à gravir l'Aiguille du Midi.
On atteint l'arête reliant l'Aiguille du Midi au Col du Plan. La luminosité nous fait quelques feintes mais l'ambiance reste globalement nuageuse.
Après une ascension du Mont Blanc du Tacul, la remontée vers l'Aiguille du Midi et ses 300m de dénivelés supplémentaires peuvent être éprouvants.
Ce n'est qu'une fois sur les terrasses panoramiques de l'Aiguille du Midi que la luminosité reprend progressivement le dessus. On pénètre dans la fourmilière de l'Aiguille du Midi, véritable prouesse technologique et architecturale que ce soit au niveau de son téléphérique que de ses installations cramponnées aux granites mais également à l'intérieur de ce dernier.
Inauguré en 1955, le téléphérique de l'Aiguille du Midi n'est pourtant pas le premier téléphérique à voir le jour près de ce sommet. Un premier téléphérique est inauguré en 1924 et sa gare d'arrivée s'érige au pied de l'Arête des Cosmiques, au niveau de l'actuel Abri Simond. On y devine d'ailleurs des vestiges près de l'abri ainsi que la présence un peu plus au Sud du Plan de l'Aiguille de l'ancienne gare.
Face aux progrès techniques et sous la direction de l'Italien Totino, le téléphérique actuel atteint le sommet de l'Aiguille du Midi. Non seulement, à cette époque, il s'agit du plus haut téléphérique au monde mais cette remontée mécanique a également la particularité de n'avoir aucun pylône sur son deuxième tronçon, soit sur 3km. Deux ans après son inauguration et avec le réchauffement des relations entre la France et l'Italie, la liaison entre l'Aiguille du Midi et la Pointe Helbronner est construite et permet une traversée de part en part des Glaciers de la Vallée Blanche et du Géant.
On termine ce périple par un plongeon à la verticale vers Chamonix depuis l'Aiguille du Midi. Quelque peu déçu de la météo au sommet du Mont Blanc du Tacul et de l'absence de visibilité, la seconde journée sur le Glacier du Géant et ses vues époustouflantes sur les cimes du Massif du Mont Blanc rattrape le coup. Sans parler du coucher de soleil depuis les Cosmiques.
Cette ascension nous a permis de nous immiscer plus amplement dans le coeur du Massif du Mont Blanc contrairement aux classiques portes d'accès touristiques que sont le Montenvers ou l'Aiguille du Midi. Il s'agit d'une traversée progressive, sans difficulté majeure afin de profiter pleinement de ce cadre de haute montagne : grandiose, exaltant mais d'une immense fragilité de plus en plus perceptible et que tous les aménagements du monde ne pourront contrer.
ITINÉRAIRE DE LA COURSE :
- Départ : Gare Aval du télécabine du Montenvers - km 0
- Mer de Glace - km 1.3
- Glacier du Tacul - km 4,3
- Echelles du Requin - km 5.6
- Refuge du Requin (Nuitée 1) - km 6,1
- Séracs du Géant - km 7,1
- La Bédière - km 7,8
- Glacier du Géant - km 9
- Col du Gros Rognon - km 10,5
- Refuge des Cosmiques (Nuitée 2) - km 12
- Col du Midi - km 12,9
- Epaule du Mont Blanc du Tacul - km 14,5
- Arête de l'Aiguille du Midi - km 17,6
- Arrivée : Gare d'arrivée du téléphérique de l'Aiguille du Midi - km 17,9
Carte IGN nécessaire : 3630OT ou 3630OTR
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