Réalisée le 05-06 juillet 2026
Le Massif du Queyras permet des ascensions mémorables : des 3000m accessibles, des panoramas grandioses, de nombreux lacs d'altitude et un mélézin embellissant les fonds de vallées à toute saison. Tous ces ingrédients queyrassins sont réunis pour atteindre le sommet du Grand Glaiza 3293m. Troisième sommet le plus haut du massif après le Pic de Rochebrune et le Bric Froid, les deux sommets l'encadrant sur sa droite et sur sa gauche, il n'y a aucune difficulté à atteindre sa cime si ce n'est l'ambiance haute montagne en arpentant son arête finale.
Ce sommet est d'ailleurs situé sur la frontière italienne et se prénomme, pour nos voisins italiens : La Punta Merciantaira. Sa forme massive et ses larges cols le séparant de ses sommets voisins offrent un panorama exceptionnel que ce soit au Sud ou au Nord de l'arc alpin. Mais malgré un relief débonnaire sur ses versants français, la face italienne surplombant le Valle di Thuras est particulièrement abrupte et détritique et ne présente aucune voie d'accès randonnable.
On peut accéder au Grand Glaiza par deux versants : soit par le versant Nord depuis les Fonts de Cervières soit par le versant Sud depuis Abriès ou Aiguilles. Ces deux options se rejoindront au niveau du Col du Malrif pour emprunter par la suite l'arête menant jusqu'à la croix sommitale. Du reste, les deux itinéraires sont assez différents. Depuis les Fonts de Cervières, on grimpe le large vallon alpestre de Pierre Rouge qui s'incline qu'une fois à proximité du Col du Malrif. Au Sud, que ce soit depuis Aiguilles ou Abriès, on évolue dans des environnements divers. Aux pentes agricoles près des villages succède ensuite le mélézin puis on finit par traverser les alpages parsemés de magnifiques lacs de montagne : les Lacs du Malrif. C'est cette particularité lacustre, alliée avec davantage de possibilités de circuit qui nous conduit à privilégier le versant Sud du Grand Glaiza, les lacs nous serviront d'ailleurs de halte pour la nuit avant de s'attaquer au sommet.
La commune d'Abriès-Ristolas se situe dans l'axe du sommet sur son versant Sud. C'est cette position équilibrée qui permet de meilleures possibilités de circuits contrairement à la commune d'Aiguille. Même si l'accès au sommet est uniquement possible depuis le Col du Malrif en suivant son arête Ouest, de nombreux cols alentours permettront de réaliser une large boucle au dessus de la Vallée du Guil tout en suivant en grande partie le fameux Gr58 du Tour du Queyras et ses variantes.
Jour 1 : L'ascension du Pic du Malrif par les lacs.
On démarre la randonnée depuis l'entrée du village d'Abriès. Fusionnée avec la commune de Ristolas depuis 2019, cette nouvelle commune d'Abriès-Ristolas est la dernière bourgade française avant la frontière italienne située sur les crêtes un peu plus à l'Est.
Véritable paradis pour les randonneurs, de nombreux cols sont réalisables depuis les villages et les vallées adjacentes soit pour basculer côté italien soit pour découvrir plus en profondeur les extrémités du Parc Naturel du Queyras.
Alors que du côté d'Aiguilles, une route peut permettre aux véhicules de grappiller quelques centaines de mètres de dénivelés, pas question pour nous de commencer au-delà de la vallée. On remontera ainsi l'entièreté du Vallon du Malrif, ruisseau prenant sa source sur les pentes Sud du Grand Glaiza.
Depuis le bienommé Chemin du Malrif, on s'élève tout d'abord dans les dernières ruelles d'Abriès, vers 1550m d'altitude, avant d'entamer une traversée légèrement ascendante au-dessus de la Vallée du Guil, entre petites parcelles agricoles et oratoires religieux.
Sur les premiers mètres, on croise des dizaines d'édifices religieux : oratoires, chapelles, croix. Tous dans un état tout à fait remarquable au vu de leur ancienneté. Bien que l'on se situe sur le Gr58, ce sentier n'est pas récent. il permet de relier les vallées aux différents hameaux perchés en altitude : ici le Villard, le Tirail et le Malrif. Aujourd'hui, en partenariat avec diverses collectivités, c'est l'Association de Sauvegarde du Patrimoine du Queyras qui s'occupe de l'entretien voire de la reconstruction des édifices patrimoniaux du massif.
D'Abriès à la Chapelle Notre-Dame des Sept Douleurs, on surplombe la Vallée du Guil. On monte progressivement et des sommités émergent au fur et à mesure comme le Pic du Rondet ou la Dent de Ratier. Ensuite, en amont de la confluence du Guil et du Malrif, on s'enfonce dans le vallon et dans le mélézin.
On finit par atteindre le hameau du Malrif. On passe d'abord près de ruines puis de magnifiques chalets agrémentés de quelques fontaines bordent le sentier.
Malrif signifie littéralement ''Mauvais ruisseau'' en rapport avec les caprices du torrent ayant à de nombreuses reprises engendrés des catastrophes dans le petit vallon.
Malgré l'environnement montagnard, un terrain escarpé et en pente, le hameau a pu compter près de 150 âmes au plus fort de la fréquentation, c'est-à-dire à la fin du XIXème siècle. Ensuite, face à l'exode rural et à la rudesse du climat montagnard, le hameau s'est peu à peu vidé de ses habitants, ne laissant que les randonneurs de passage errer dans ses ruelles sans parler des troupeaux d'ovins paissant dans les champs des alentours.
Après le hameau du Malrif, on continue à progresser en altitude de façon modérée. Le sentier se rapproche du torrent du Malrif où quelques piscines naturelles nous font de l'oeil sous cette chaleur estivale.
Dans un même temps, on traverse quelques clairières d'où l'on aperçoit pour la première fois la cime du Grand Glaiza dominant le fond du vallon.
Au lieu-dit des Bertins, on atteint un petit plateau où ruisselle plusieurs alluvions. On traverse le Malrif à l'aide d'un pont en bois puis c'est le début de la rude montée vers les Lacs du Malrif. Sur près de 600m de dénivelés, on arpente les alpages surplombant le vallon dans une ambiance de plus en plus aride. Et pourtant trois grands lacs se cachent de l'autre côté de la montagne.
Le Mont Viso fait une apparition remarquée dans le paysage, dominant radicalement ses voisins frontaliers. De même, la nebbia grossit peu à peu chez nos voisins italiens mais ne déborde pas encore sur le versant français.
Une fois le gros de la pente effectué, on atteint un replat et un croisement. Il s'agit du sentier émanant de la Crête du Serre de l'Aigle, lui même provenant d'Aiguille. On retrouve par la même occasion un petit ruisseau, signe qu'on ne devrait pas tarder à atteindre les rives du premier Lac du Malrif.
Le paysage est déjà grandiose sur le fond de la Vallée du Guil. Plusieurs cimes du Parc du Queyras ont fini par pointer le bout de leur cime : Tête de Pelvas, Crête de la Taillante, Pic d'Asti, Pain de Sucre, Pic Coni Borni.
Perché à presque 2600m d'altitude, le premier Lac du Malrif offre un cadre tout à fait splendide : entre pentes verdoyantes plongeant dans ses eaux de teintes différentes sans parler des nombreuses linaigrettes et maigres pierriers comblant ses rives. Au-dessus de lui, sur la droite, on devine le Col du Malrif et le pic éponyme.
Les Lacs du Malrif sont au nombre de trois : le Grand Laus, le Petit Laus et le Lac Mézan. Tout trois sont étagés sur 200m de hauteur mais seul le Grand Laus est bordé par le Gr58, les deux autres, plus modestes, étant cachés dans les pentes un peu plus à l'Ouest. On partira à leur découverte un peu plus tard dans la journée et ils constitueront probablement notre lieu de bivouac pour la nuit.
Du Grand Laus, on quitte le Gr58 qui part à l'assaut du Col du Malrif via le vallon. On monte quant à nous vers le Pic du Malrif en empruntant le fil de la crête depuis le lac. Aucune difficulté n'est présente, le sentier, même si non balisé, est très bien visible au sol. Même les rafales de vent, parfois déséquilibrantes, ne compliquent pas l'ascension du pic.
Col du Malrif, Pic du Malrif, Grand Glaiza, Crête Bertine et Bric Froid.
Depuis le Pic du Malrif 2906m, sorte d'avant poste du Grand Glaiza, la vue est déjà très large sur les environs : alors qu'au Sud, le Mont Viso, le Massif d'Escreins, les hauts sommets du Massif du Chambeyron, le Massif du Parpaillon et la Vallée du Guil sont visibles, ce sont les Ecrins et les Cerces qui ont la part belle au Nord.
Le Vallon de Pierre Rouge depuis le Pic du Malrif. A gauche le Petit Rochebrune et le Pic de Rochebrune. Au loin, les Ecrins, les Grandes Rousses, les Aiguilles d'Arves et les Cerces.
Depuis le sommet du Pic du Malrif, la suite est visible pour atteindre le Grand Glaiza. On devine la large sente qui sillonne l'arête jusqu'à la cime. Mais pas question de s'y engager pour le moment. On se réserve l'ascension finale demain matin pour le lever du soleil.
A partir du Pic du Malrif, on reprend le Gr58 pour relier le col éponyme. De là, au lieu de basculer sur le Grand Laus ou sur le Vallon de Pierre Rouge, on poursuivra vers l'Ouest sur une petite sente proche de la ligne de crête reliant le Col du Malrif au Petit Rochebrune (on voit le sentier sur la photo ci dessus).
Cette sente n'est pas indiquée sur les cartes topographiques IGN, on ne perçoit qu'un tracé reliant le Grand Laus et les deux autres lacs par le bas. Pourtant, on peut bien effectuer une circuit complet reliant les différents lacs et le Col du Malrif. Solitude garantie contrairement au Gr58 et au Grand Laus.
Après avoir surplombé le Grand Laus, on passe une petite crête qui nous fait dominer les deux autres lacs jusque là totalement cachés par le relief. La fraicheur des cimes a permis à la flore alpine de résister aux fortes chaleurs à l'instar de ces Edelweiss.
Il ne reste plus qu'à chuter sur les rives du Petit Laus d'abord puis du Lac Mézan ensuite pour trouver un endroit où planter la tente. A noter que dans le Queyras, le bivouac est autorisé à partir de 18h.
Les deux alpages où sont blottis les lacs sont particulièrement propices au bivouac. Cependant, le vent nous tient tête ce qui nous contraint à farfouiller un peu plus dans l'alpage pour trouver un coin abrité des rafales.
On plante la tente à l'abri d'une crête non loin du Lac Mézan. On a l'alpage pour nous avec comme uniques voisines les marmottes du coin. On pourra arpenter les lieux tranquillement en attendant le coucher du soleil d'autant que de nombreux promontoires rocheux ou herbeux jalonnent cet alpage, garantissant de larges points de vue sur le Queyras.
Alors que la nebbia n'a permis que le développement de quelques orages isolés vers le Mercantour, les nuages délaissent les environs, notamment le Mont Viso. Seuls de tardifs lenticulaires viennent chapeautés le Grand Glaiza au crépuscule.
De notre belvédère non loin du Lac Mézan, on voit la plupart des hauts sommets des Alpes du Sud : Mont Viso, Pic de Rochebrune, Pics de la Font Sancte, Aiguille de Chambeyron, Bric de Rubren, Pain de Sucre, Crête de la Taillante, Grand Queyras, Monte Granero, Bric Froid. Un ample panorama qui n'est pourtant qu'une amorce à ce que l'on va pouvoir apprécier le lendemain lors de l'ascension du Grand Glaiza.
Jour 2 : L'ascension du Grand Glaiza et la traversée des Cols de Rasis et des Thures.
On met les voiles vers 4h20 du matin avec comme objectif d'avoir les premiers rayons du soleil au sommet du Grand Glaiza, ou du moins proche de ce dernier. Le caractère alpestre puis débonnaires des environnements traversés ne contraint pas une progression nocturne, d'autant que le jour commence à poindre rapidement à l'Est.
Les sommets frontaliers du Queyras avec notamment le Bric Bouchet tout à droite et le Grand Queyron au centre-droit.
On reprend à l'identique l'itinéraire entre le Lac Mézan et le Pic du Malrif. Une fois ce dernier franchi, on poursuit sur l'arête ornée d'un large sentier. Même sans indications, la divagation est évidente sur les Crêtes des Eaux Pendantes. ce n'est que vers 3100m que l'inclination de la pente s'accentue et que l'on quitte l'arête pour zigzaguer dans un pierrier jusqu'à la croix sommitale.
Avant que les premiers sommets soient frappés par les rayons matinaux, le voile nuageux s'enflamme quelques instants au-dessus du Queyras et des montagnes frontalières.
Le Pic de Rochebrune et les Pics de la Font Sancte sont les premiers géants à se parer de lumière. Suivront ensuite le Sud des Ecrins et même la croix sommitale du Grand Glaiza.
Cependant, l'illumination sera de courte durée puisque le soleil repassera derrière le voile nuageux une fois le sommet atteint.
Vers 6h10, on touche la croix sommitale du Grand Glaiza 3293m. Malgré l'absence de lever de soleil, et alors que s'embrase le Piémont, la visibilité est telle qu'une bonne partie des Alpes françaises et frontalières se distingue depuis le sommet.
Bric Froid et Piémont en feu.
Mercantour avec l'Argentera, le Mont Viso, le Massif du Chambeyron, le Massif du Parpaillon, les Ecrins, les Grandes Rousses, les Aiguilles d'Arves, les Cerces, le Massif du Mont Cenis, la Vanoise et ses glaciers, le Mont Blanc, l'Aiguille de la Grande Sassière, les Grands Combins, le Grand Paradis, le Mont Rose et j'en passe.
Le soleil ne sortira pas de si tôt. On rebrousse chemin sur la Crête des Eaux Pendantes jusqu'à un croisement marquée d'un poteau de Gr. Aucune indication mais il s'agit bien d'une variante du Gr58 pour relier Abriès aux Fonts de Cervières.
On s'engage donc sur ce sentier qui nous fait quitter l'arête pour descendre sur le lieu-dit du Tioure Blanc avant d'entamer une longue traversée en balcons sur la Montagne du Malrif.
Le soleil perce de nouveau et inonde les alpages de la Montagne du Malrif. Au même moment, les marmottes ressortent de leur terrier et l'alpage reprend vie.
Au niveau des Costetes, le sentier repart vers le haut pour rejoindre le Col de Rasis perché à 2921m.
En franchissant le Col de Rasis, la variante du Gr58 se permet une petite halte en Italie. Entre ce col et celui des Thures, on surplombe le Valle di Thuras et son petit Bivacco Andrea Tornior, le tout face au Bric Froid et au Mont Viso.
On en profite pour contempler la vertigineuse face italienne du Grand Glaiza où nous étions quelques dizaines de minutes plus tôt.
Au bout du Valle di Thuras ce sont pourtant les sommets français qui s'érigent au loin. On aperçoit notamment le Pic Gaspard, le Pic Bayle, le Grand Galibier ou encore les Aiguilles d'Arves.
Du Col des Thures 2797m, on quitte définitivement la frontière italienne et on débute la longue chute vers la Vallée du Guil. La partie la plus radicale de la descente s'effectue sur 3,5km pour finir par atteindre les bords du torrent près du lieu-dit de la Montette. On est cette fois-ci encadré par le Bric Froid 3305m et le Bric Bouchet 2997m.
En descendant du Col des Thures, les alpages se réveillent. Au vrombissement des torrents, on ajoute les cris des marmottes qui s'empressent de se cacher à notre passage. Reste que certains marmottons sont encore maladroits dans leur fuite et se retrouve par moment nez à nez face à nous.
Au niveau de la Montette, on retrouve un semblant de civilisation avec le retour du patrimoine pastoral et religieux du Queyras : petites chapelles rénovées, hameau en ruine, oratoires sur les bords des sentiers.
Puis on finit par atteindre le hameau du Roux et ses dizaines de fontaines d'eau de source.
Du hameau, suivre le Gr58 nous ferait légèrement remonter dans le mélézin du Bois de la Brune. On se contentera de notre côté de relier Abriès par la route depuis le Roux, clôturant ces deux jours dans le Queyras sauvage par un peu plus de deux kilomètres sur le bitume.
Le Grand Glaiza fait partie des 3000m facile d'accès, notamment sur son versant Briançonnais. Pour profiter pleinement des ambiances queyrassines il ne faut donc pas hésiter à rallonger cette ascension en arpentant les Lacs du Malrif et leurs vallons. Il peut même s'avérer être un magnifique objectif sur une étape du Tour du Queyras, pour en faire, pourquoi pas, le point culminant de votre Gr58.
ITINÉRAIRE DE LA RANDONNÉE :
- Départ/Arrivée : Parking d'Abriès - km 0
- Notre-Dame des Sept Douleurs - km 2,1
- Hameau du Malrif - km 3
- Les Bertins - km 5,1
- Le Grand Laus - km 8,1
- Pic du Malrif - km 9,2
- Col du Malrif - km 9,5
- Le Petit Laus - km 10,8
- Lac Mézan (bivouac) - km 11,3
- Crête des Eaux Pendantes - km 14,6
- Grand Glaiza 3293m - km 15,8
- Croisement Sente Glaiza / Gr58 Variante - km 17,9
- Col de Rasis - km 21
- Col des Thures - km 22,3
- La Montette - km 25,8
- Hameau du Roux - km 28
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