Réalisée le 13 juin 2026.
Le Taillefer est un grand classique de la région grenobloise. Montagne massive visible au Sud-Est de l'agglomération, elle attire le regard par son caractère austère et rocheux. Pourtant, ses differents accès ne présentent pas de difficultés particulières. Au-delà des plateaux lacustres blottis de part et d'autre du Taillefer, on évoluera dans un environnement minéral débonnaire avec de larges combes et arêtes.
La saison est tout de même primordiale pour accéder au Taillefer ou à ses cimes satellites car même s'il reste accessible, les hautes altitudes sont davantage l'apanage des skieurs que des randonneurs en saison hivernale. D'ailleurs, la combe Nord surplombant le Lac Fourchu a tendance à garder des névés jusque tard dans la saison, obstruant les possibilités de traversée du Taillefer entre ces versants Nord-Est et Sud-Ouest.
C'est la raison principale pour laquelle on s'intéresse davantage au Petit Taillefer plutôt qu'au grand. Présent à l'Ouest du sommet principal, le Petit Taillefer 2696m peut s'avérer être un objectif tout à fait convenable avant que la fonte nivale ne débloque les accès au Taillefer. De ce fait, en se trouvant à l'Ouest du groupe montagneux, on peut plus facilement quadriller les crêtes et les combes de ce versant sans qu'à aucun moment nous ne soyons obligés de reprendre un sentier déjà emprunté plus tôt dans ce circuit.
Au départ de la commune de La Morte, on évoluera dans des paysages divers alternant forêts, alpages, crêtes rocheuses et lacs d'altitude. Des environnements tout à fait belledonniens à la différence que les panoramas sont beaucoup plus ouverts et aérés, sans véritables combes encaissées et sommets écrasants : l'identité propre du groupe du Taillefer.
L'Ascension du Petit Taillefer par le Périmètre, l'Arête de Brouffier, le Lac de l'Emay et le Col du Grand Van.
Chainon du Grand Armet depuis le départ : Col de la Combe Oursière, la Grisonnière, le Grand Armet, la Pointe de l'Armet, le Petit Armet, le Grand Vent, le Rocher du Lac.
Nous choisissons un départ assez bas pour partir à l'assaut du Petit Taillefer, non pas tant pour maximiser la dénivellation mais davantage pour réaliser une belle boucle autour de la montagne. On se gare au centre-bourg de La Morte, vers 1360m, pour aller chercher la Combe du Périmètre sur le versant Sud-Ouest des Arêtes de Brouffier.
On emprunte le sentier menant à la Via Ferrata du Grand Bec avant de commencer un cheminement assez soutenu en lacets nous menant vers le Pas de la Vache.
La Baraque du Périmètre appartient à l'ONF. Elle reste cependant ouverte et peut servir d'abri pour une nuit. Assez sommaire et petite (pas plus de 4 couchages sous le toit), sa porte d'entrée laisse entrevoir les hauts sommets du coin : Coiro, Tête de la Grisonnière, Tête de la Cluse, Obiou, Tabor.
Quelques dizaines de mètres après la Baraque du Périmètre, on sort de la forêt pour évoluer dans un dévers alpestre. La montée est toujours soutenue mais le sentier, invisible depuis l'aval, reste particulièrement bien entretenu tout du long. On reste au coeur de la combe jusque vers 2100m, c'est pourquoi ce sentier est presque impraticable en hiver sur sol enneigé car très sujet au risque d'avalanche.
Grâce à sa forte inclinaison et son positionnement légèrement excentré par rapport aux autres sentiers d'accès au secteur du Brouffier, la Combe du Périmètre reste peu parcouru et assez sauvage.
Passé la crête au niveau du Pas de la Vache, à plus de 2300m, la vue se décuple sur le Nord-Ouest. Au Dévoluy, Grand Armet et Sud Vercors, on y rajoute la cuvette grenobloise, le Nord Vercors et la Chartreuse, sans oublier le magnifique Lac de Brouffier que l'on dominera une bonne partie de la journée.
En s'approchant du rebord de la crête, les hautes cimes devant nous apparaissent notamment la Croix du Sergent Pinelli et les Arête de la Dréveta menant jusqu'au sommet du Taillefer. De notre position, le Petit Taillefer n'est pas visible, caché par le dôme de la Croix Pinelli.
Sur les premières centaines de mètres, l'Arête de Brouffier est extrêmement large. On suit un fin sentier agrémenté de quelques cairns. La végétation est rachitique sur son dôme alpestre, signe que les vents peuvent être tempétueux sur sa cime. C'est d'ailleurs probablement du fait de cet aspect météorologique que le toponyme ''Brouffier'' s'est construit. D'après un patois dauphinois, le terme ''Brouffer'' signifiait ''souffler avec violence'', ces arêtes étant particulièrement sujettes aux vents violents. Le lac situé en contrebas n'aurait que transféré cette terminologie pour son intitulé.
Sur les arêtes, le Nord Ouest des Ecrins s'élève au loin. On devine notamment le Pic du Col d'Ornon, le Rochail, la Pointe de Malhaubert, la Pointe de Confolens, la Roche de la Muzelle ou encore le Pic du Clapier Peyron.
Les Arêtes de Brouffier séparant la Combe de l'Emay à gauche du Cirque de Brouffier à droite. Au loin, le Dévoluy, le Diois, le Mont Ventoux, et le Vercors ferment l'arrière plan. Entre les deux, on devine le Tabor, le Pérollier et le Grand Serre.
Vers le Point 2414, l'arête se rétrécit sans pour autant devenir trop aérienne. On ne devrait pas tarder à arriver dans les environs du Pas de la Mine. On conserve une vue d'ensemble sur le Cirque de Brouffier, son lac et ses crêtes.
Nous n'irons pas jusqu'au Pas de la Mine. On bifurquera quelques mètres avant le poteau indicatif pour partir en balcons afin de contourner l'arête Sud de la Croix du Sergent Pinelli afin d'atterrir dans la Combe de l'Emay. On surplombe par la même occasion le replat des anciennes mines de Brouffier.
Peu d'indices se sont fait visibles pour le moment depuis le début de notre ascension, mais le Massif du Taillefer est constitué d'une roche concentrant énormément de métaux et le nom de la montagne n'y est pas étranger. Pendant quelques siècles, des mines émergent dans le massif (mais également dans plusieurs zones alpines) pour extraire du minerai. Et même si l'extraction de minerai remonte bien au-delà des révolutions industrielles, l'apogée de ces mines se trouve aux alentours du XIXème siècle. A la fin de ce même siècle, la plupart des mines alpines vont fermer face aux dangers du milieu montagnard, aux conditions de travail, au manque de compétitivité et surtout à cause de l'arrivée des chemins de fer en vallée permettant l'acheminement du minerai depuis des mines bien plus accessibles (et donc moins chères), en Lorraine notamment. Dans cette mine de Brouffier on y extrayait du galène, c'est-à-dire du sulfure de plomb.
Sur ce replat, on devine encore quelques baraquements de pierre servant probablement d'abri aux ouvriers.
Le sentier de contournement de l'arête Sud de la Croix Pinelli est très peu visible. On remarque par moment d'anciennes traces soit blanches, soit bleues, soit vertes voire les trois à la fois. Il n'est d'ailleurs pas indiquer ni par les panneaux localement ni sur les cartes IGN.
Une fois en surplomb de la Combe de l'Emay, le cheminement opère une légère descente vers le torrent pour franchir quelques barres rocheuses puis on finit par rejoindre des terrains bien plus sympathiques dans le vallon. On reprend ainsi l'ascension vers le Petit Taillefer : prochain objectif, le Lac de l'Emay.
On rejoint rapidement le Lac de l'Emay en suivant son déversoir. Le lac est encore piégé par les glaces et ses environs ruissellent de toute part d'eau de fonte. On poursuit en remontant l'épaule rocailleuse dominant le lac vers le Sud, de quoi avoir une vue d'ensemble sur le vallon du Lac de l'Emay et les arêtes du Petit Taillefer.
La plupart des topos décriront une ascension directe entre le Lac de l'Emay et le Col du Grand Van en suivant globalement la trace de ski de randonnée sur les cartes topographiques. Mais la montée via l'épaule est beaucoup plus progressive et permet une meilleure vue sur les environs. De plus, on ne s'enquiquine pas avec les pierriers chutant du Petit Taillefer.
Même si le paysage est moins vaste que sur les Arêtes de Brouffier, le Sud-Isère est encore bien visible depuis la Combe de l'Emay : Obiou, Bonnet de Calvin, Jocou, Tabor, Sénépy, Mont Aiguille, Grand Veymont, Grand Serre, Barrière orientale du Vercors, Peyrouse.
En s'approchant du Col du Grand Van, on a une vue d'ensemble sur les arêtes du Petit Taillefer. On remarque maintenant très bien les teintes de rouilles sur la roche attestant d'une forte concentration de fer dans sa composition. Ce sera encore plus perceptible une fois au sommet.
Au Col du Grand Van 2663m, la vue s'ouvre sur la Chartreuse, le Sud de Belledonne et la cime austère du Rocher Culasson. Il y a cependant un débat sur la localisation de ce col. Certains attestent que ce col serait situé un peu plus haut, sur la séparation entre le Rocher Culasson et le Taillefer (grand col en haut à droite de la photo). Mais les cartes IGN indique le point altimétrique allié au titre sur notre position. Dans les descriptifs d'ascension du Taillefer par sa combe Nord, on retrouve souvent cette transposition du Col du Grand Van un peu plus haut que sa position sur les cartes topographiques. Pour le moment, le col séparant le Rocher Culasson et le Taillefer reste anonyme.
Depuis le Col du Grand Van, au lieu de poursuivre vers le Nord-Est et le Taillefer, on bifurque sur la crête du Petit Taillefer séparé d'une petite trentaine de mètres du col.
On arrive près de l'imposant cairn sommital dans une ambiance tout à fait martienne avec une arête aride et ocre contrastant avec le blanc des névés et le vert des alpages environnants. Même si le Taillefer et le Rocher Culasson prennent une place non négligeable à l'Est, la vue est immense sur les trois autres points cardinaux. Du Mont Ventoux au Mont Blanc, des Bauges au Plateau de Bure, de l'Ouest des Ecrins au Sud du Jura, la visibilité est exceptionnelle.
Bal de vautours fauves pendant notre pause sommitale.
La descente par le Pas de la Mine, le Lac de la Courbe, la Crête de Brouffier et son lac.
Pour entamer la descente, on ne choisit d'autre chemin que la fil de la crête du Petit Taillefer. Cette voie panoramique, même avec de la neige sur son culmen, ne présente pas de danger particulier sur la première partie. Au contraire, l'ambiance montagnarde est unique avec ce panorama et ces contrastes de roches.
A mi-chemin entre le Petit Taillefer et la Croix du Sergent Pinelli, l'arête devient de plus en plus fine mais perd par la même occasion ses névés. Le sentier finit par se concentrer non plus sur le fil de la crête mais plutôt sur son versant Sud en amont de la Combe de l'Emay. Peut être qu'un cheminement sur le fil est possible mais on préfère rester sur le sentier même si ce dernier aurait bien besoin d'une remise en état. Les traces sont presque invisibles voire absentes et la sente se perd à de nombreuses reprises dans le versant Sud. Au bout d'un moment, on finit par emprunter un semblant de sente pour rejoindre le fil de la crête juste avant la Croix Pinelli.
Le Lac de la Courbe et les Crêtes de Brouffier : il s'agit de notre itinéraire de descente une fois le Pas de la Mine franchi.
On pose pied près de la Croix du Sergent Pinelli 2616m surplombant le petit Lac de la Courbe en cours de dégel.
Cette croix ne marque pas la présence d'une sommité mais rend hommage au Sergent Jean Pinelli mort le 11 mai 1927 durant un exercice militaire. Cette croix a été érigée par ses camarades chasseurs alpins et est devenue un passage clé pour l'ascension du Taillefer depuis près d'un siècle.
De la Croix du Sergent Pinelli, on chute vers le Pas de la Mine et on retrouve une ample vue sur le Cirque de Brouffier. A gauche l'Arête de Brouffier que nous avons arpenté dans la matinée, à droite la Crête de Brouffier que nous allons emprunté pour relier le lac éponyme.
Arrivé au Pas de la Mine 2454m, on emprunte son versant le plus abrupt pour relier la Crête de Brouffier. Ce passage peut s'avérer dangereux sur sol enneigé et gelé mais aujourd'hui, l'unique névé traversé est moribond et la trace est bien faite pour le franchir.
On relie sans embuche les pentes plus douces sous les parois de la Croix Pinelli. On suit le sentier légèrement descendant avant de le quitter pour remonter un tout petit peu afin de rejoindre le petit Lac de la Courbe, quelque peu à l'écart des sentiers.
Blotti sous son pierrier, le Lac de la Courbe est particulièrement sauvage et très peu de monde prend la peine de sortir du sentier principal pour parcourir ses rives. Pourtant, il permet une vue tout à fait atypique sur le Rocher Culasson, le Plateau des lacs et le Grand Galbert. On y aperçoit même le Lac Fourchu, le Mont Blanc, le Pic de l'Etendard et le Pic Bayle.
Au lieu de chercher à remettre pied directement sur le sentier de la Crête de Brouffier, on poursuit sur son fil orné de quelques cairns. De là, on a une vue plongeante sur le Lac de Poursollet et son hameau.
On remarque également les dégâts causés par une avalanche massive qui manqua de peu les rives du lac et ravagea une partie de la forêt de Poursollet.
De nouveau sur la large crête, on descend progressivement jusqu'à atteindre une altitude égale au Lac de Brouffier. A niveau d'un croisement, nous avons le choix entre poursuivre sur la crête ou bifurquer vers le lac.
On ne pouvait effectuer cette ascension sans aller profiter du cadre bucolique qu'offre le Lac de Brouffier en ce milieu d'après midi avec son cirque baignant sous le soleil.
On se rapproche dans un premier temps de la Cabane de Brouffier. Très bien positionnée, en amont d'un petit lac, elle n'est malheureusement pas accessible pour le commun des mortels. Cette cabane a l'exclusivité du berger.
Le moment idéal pour se rendre sur les bords du Lac de Brouffier se trouve être le milieu de l'après midi. Si vous passer le matin, le soleil se trouvera au-dessus de la Croix Pinelli et le contre-jour ne rendra pas honneur au Cirque de Brouffier. Mais passé 14h, le soleil poursuivant sa course vers l'Ouest, il illumine la totalité des crêtes surplombant le lac.
On flâne quelques instants sur ses rives, en contemplant ses eaux translucides et son minuscule ilot central faisant la particularité du Lac de Brouffier. On profite également de la relative fraicheur vers 2100m d'altitude avant de rejoindre la fournaise des vallées.
Du Lac de Brouffier, on descend part le sentier longeant le torrent du Guiliman. Sa multitude de lacets nous amène jusqu'à la Cabane du Louvet et au Lac de Prévourey. On devine d'ailleurs le lac encadré par des rives globalement forestières sur la photo ci-dessus.
La Cabane du Louvet 1605m est en partie similaire à sa consoeur du Périmètre. Elle permet l'accueil d'environ 3-4 personnes mais bénéficie surtout d'une fontaine directement à côté de ses murs. Elle est également située au milieu d'une clairière elle-même entourée de forêt ce qui contraste avec la Baraque du Périmètre.
Au niveau de la Cabane du Louvet, on met pied sur le Gr50 qui nous accompagnera jusqu'à la terminaison de notre randonnée et à l'Alpe du Grand Serre. Comme la plupart des randonnées dans le Massif du Taillefer, l'ascension comme la descension permettent de traverser des paysages variés et colorés : du vert des alpages au rouge de la roche sommitale, du bleu des lacs d'altitude au blanc des névés persistants. Cette ascension du Petit Taillefer est une bonne mise en jambe pour qu'un jour son grand frère fasse, quant à lui, l'objet d'une traversée en reliant ses différents versants et ses différents plateaux lacustres, ces derniers faisant la renommée de ce massif isérois.
ITINÉRAIRE DE LA RANDONNÉE :
- Départ/Arrivée : Mairie de La Morte - km 0
- Baraque du Périmètre - km 3,1
- Pas de la Vache - km 5,3
- Arête de Brouffier - km 5,8
- Lac de l'Emay - km 7,1
- Col du Grand Van - km 8
- Petit Taillefer 2696m - km 8,2
- Croix du Sergent Pinelli - km 9,1
- Pas de la Mine - km 9,6
- Lac de la Courbe - km 10,5
- Crête de Brouffier - km 11,3
- Lac de Brouffier - km 13,1
- Cabane du Louvet - km 15,5
Carte IGN nécessaire : 3336OT ou 3336OTR
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