Réalisée le 11 janvier 2026
Premiers alpages du Vercors surplombant la cuvette grenobloise et les petites stations du Nord du massif, les Plateaux de Sornin et de la Molière sont une échappatoire accessible et aisée pour les Grenoblois en quête d'air frais. Victimes de cette proximité urbaine, il est maintenant compliqué de trouver un peu de calme et de solitude sur ces alpages. Reste que le charme de ces plateaux est entier. Que l'on flâne entre les baraquements du Hameau de Sornin à l'écoute du délicat son de la brise s'immisçant dans le feuillage des arbres centenaires. Ou que l'on arpente les douces pentes de la Molière où carillonnent les cloches des bovins accompagnées du sifflement des marmottes du coin.
Pour allier respect de la nature et activités de montagne, les Plateaux de Sornin et de la Molière sont classés Espace Naturel Sensible (ENS), ces formes d'entités étant spécifiquement créées pour la protection des milieux soumis à une pression anthropique importante, ce qui est le cas ici au vu de la proximité avec la métropole grenobloise et de la facilité d'accès. Dans le Vercors, pas moins de 22 ENS sont en place, ce massif se trouvant au carrefour de zones densément urbanisées. On peut citer, outre Sornin/la Molière, les Alpages de Font d'Urle, la Combe Laval, la Montagne de Glandasse, les Tourbières du Peuil ou encore le Plateau des Ramées. Ainsi les Plateaux de Sornin et de la Molière constituent le plus grand ENS du département de l'Isère avec pas moins de 1600 hectares de superficie alliant des milieux variés tels que des zones alpestres, des forêts de conifères ou encore des champs karstiques sans parler de la richesse de la faune et de la flore locale. C'est le Parc Naturel Régional du Vercors qui s'occupe de la gestion de cet ENS et qui tente de combiner la protection de la nature et les nombreuses activités humaines qui opèrent sur cette zone : pastoralisme, spéléologie, sylviculture, sport de montagne. Et la mission n'est pas mince puisque chaque année pas moins de 100 000 randonneurs arpentent les sentiers de ces plateaux.
Néanmoins, cette affluence est à l'image de ces plateaux et de leur histoire. Première porte d'entrée des alpages du Vercors depuis les vallées habitées, Sornin et la Molière ont de tout temps vu hommes et bétails sillonner leurs champs. Le pastoralisme en fait son fief depuis des siècles au point que chaque alpage est maintenant piétinés par une espèce en particulier durant l'estive : des moutons sur Sornin et des vaches sur la Molière. Pour les ovins il s'agit traditionnellement d'un troupeau d'un millier de têtes provenant du Sud de la France alors que du côté des bovins il s'agit d'un cheptel d'environ 300 vaches provenant, quant à elles, d'une vingtaine d'agriculteurs locaux.
Mais pour nous, le pastoralisme ne sera qu'une vague imagination lors de notre traversée des Plateaux de Sornin et de la Molière, la neige et le froid ayant remplacés et délocalisés ovins et bovins. Le lendemain d'une grosse chute de neige est le moment idéal pour partir à l'aventure sur ces zones alpestres. Peu de monde, pas de trace, pas de bruit, quelques heures de répit avant que les bipèdes ne quadrillent la moindre parcelle d'alpage. Aujourd'hui nous serons d'ailleurs les précurseurs, les faiseurs de trace, quelques dizaines de centimètres de poudreuse immaculée recouvrant le Vercors et embellissant les paysages de montagne comme ceux des vallées.
Trois accès principaux sont ouverts pour parcourir ces alpages : depuis Autrans et ses routes forestières, depuis le Col de la Croix Perrin et le sentier de la Croix de Jaume ou depuis Lans-en-Vercors et Engins avec leurs multiples hameaux. Pour réaliser un circuit presque parfait entre Sornin et la Molière, la commune d'Engins se positionne idéalement en contrebas des deux alpages, notamment son hameau du Fournel qui constituera notre point de départ, d'abord vers le Plateau de Sornin.
Le tour du Plateau de Sornin depuis le Fournel.
Le Fournel est le dernier hameau de la commune d'Engins, perché à 939m d'altitude. On préfère ce départ au centre-ville d'Engins, le sentier depuis le hameau étant plus discret et plus typique que le gros et large Gr9 qui permet de faire monter des 4x4 en période estivale jusqu'à Sornin.
Chose assez exceptionnelle ces derniers temps, on peut chausser les raquettes dès le départ, la couche de neige atteignant une bonne vingtaine de centimètres vers 900m.
En une petite heure de marche on atteint le Hameau de Sornin 1358m composé d'une dizaine de chalets au milieu desquels coule une généreuse source. La plupart des chalets appartiennent à des familles d'Engins qui venaient passer l'été sur le plateau. Un autre chalet fut construit par un club de montagne de Sassenage et un autre appartient à la Mairie d'Engins, ce dernier bénéficiant d'ailleurs d'un abri libre d'accès (photo ci-dessus).
Le Plateau de Sornin est loin d'être totalement plat. Au contraire, il s'agit globalement d'un alpage en dévers s'étalant entre les 1300 et 1600m d'altitude. Et c'est temps mieux parce que même si le hameau se retrouve empêtré dans la nappe de nuages, on espère franchir la nébulosité en partant arpenter le plateau.
A partir du Hameau de Sornin les traces disparaissent et on évolue dans un environnement totalement vierge. La couche de neige est d'ailleurs beaucoup plus importante sur les zones qui n'ont pas été soufflées par la tempête du week-end. La totalité des sentiers qui existent sur ce plateau se contentent d'en effectuer le tour. C'est ce que nous nous apprêtons à réaliser en allant chercher l'extrémité Nord du plateau avant, peut-être, de réaliser un crochet hors sentier près du point haut de Sornin.
Vers 1400m, les vagues de nuages successives laissent entrevoir l'ample panorama avec les sommités de Chartreuse, de Belledonne et du Taillefer qui émergent au loin. Du reste, la cuvette grenobloise reste totalement invisible, seul le bourdonnement de la vallée attestant de sa présence.
Sur la partie septentrionale du Plateau de Sornin, on arrive à la Dent du Loup 1425m où on fait face à une immense paroi chutant sur la Vallée de l'Isère. De là, lorsque les nuages le permettent, le panorama est vertigineux sur la vallée et sur les sommets environnants au point qu'on en oublierait presque le colossal pylône qui git près du précipice. D'un côté on perçoit l'extrémité Nord du Vercors avec la Sure et la Buffe et de l'autre, l'extrémité Ouest de la Chartreuse avec le trio Sure-Lorziers-Chalves.
Entre deux vagues nébuleuses, les sommets de la Chartreuse émergent (de gauche à droite) : Grande Sure, Rochers de Lorziers, Rochers de Chalves, Grand Som, Charmant Som, La Pinéa, Lances de Malissard, Dôme de Bellefont et Chamechaude.
Après quelques instants au belvédère de la Dent du Loup, on quitte les environs de l'immonde ligne à haute tension pour s'immiscer plus sensiblement dans l'intérieur du Plateau de Sornin. Par la même occasion on s'échappe des bancs de nuages en passant définitivement au-delà des 1450m d'altitude.
En direction de l'Ouest la pente est relativement douce. On évolue dans des alpages encadrés de denses forêts de conifères. L'inclinaison des pentes laisse tout de même les massifs environnants dépasser les cimes des épicéas à l'instar du Moucherotte, du Dévoluy, de la Chartreuse, de Belledonne et du Taillefer.
Malgré l'altitude modeste de notre position, la vue est splendide sur les Alpes.
Sur les hauts de l'alpage, on passe aux abords de la Cabane Pastorale de Sornin. Magnifiquement bien placée avec une vue à 180° sur les massifs entourant Grenoble, elle est cependant réservée au berger et est totalement fermée le reste de l'année.
A partir de la Cabane Pastorale de Sornin, on retrouve la forêt, le Plateau de Sornin étant surtout alpestre sur son inclinaison orientale. On ne suivra le sentier que sur quelques centaines de mètres. Après quoi, nous partirons totalement hors sentier pour aller chercher le haut de la bosse de Sornin.
En effet, les sentiers n'effectuent qu'un trajet circulaire sur le Plateau de Sornin et ne parcourent aucunement le coeur des alpages et le culmen du coin. C'est ce qui permet à la partie haute des plateaux, perchée à quasiment 1600m d'altitude, de bénéficier d'une quiétude qu'on ne retrouve que très peu sur le reste du plateau. Pourtant, le belvédère est spectaculaire sur les environs, notamment avec le ressac de la mer de nuages qui tente tant bien que mal d'atteindre les cimes.
On traverse les hauteurs des plateaux jusqu'à leur extrémité Sud. De là, le point de vue est exceptionnel sur le Vercors et les Alpes d'autant que la mer de nuages camoufle tout signe d'urbanisation.
Du Plateau de Sornin au Plateau de la Molière par le sentier des Lapiaz et des Génisses.
Depuis ce point du Plateau de Sornin, il ne nous reste plus qu'à effectuer la transition entre le Plateau de Sornin et celui de la Molière. Longue d'environ 45min, cette portion zigzague au coeur de l'environnement forestier. Sans trace et sous une épaisse couche de neige, la divagation peut vite s'avérer paumatoire entre les deux plateaux d'autant que cette montagne est un véritable gruyère. Lapiaz, scialet, cavité et gouffre jalonnent cette partie en sous-bois. D'ailleurs on flirte avec la délimitation de la Réserve Biologique Intégrale d'Engins, une zone préservée et sans sentier qui s'étale entre la Sure et Sornin et cachant quelques curiosités géologiques comme le Gouffre Berger, l'un des plus profonds d'Europe.
Le sentier entre Sornin et la Molière est loin d'être rectiligne. La dense forêt de conifères et les nombreuses dépressions rendent sinueuse la divagation. Reste que l'ambiance sauvage est totale, notamment en hiver et sous une épaisse couche de neige fraiche. On se croirait presque perdu au beau milieu de la Sibérie pendant quelques dizaines de minutes.
Avant d'atteindre l'alpage de la Molière, on met pied sur le Sentier des Génisses provenant de la clairière de Plénouze. Ce sentier s'est mué en piste de ski de fond, tout comme les quelques routes forestières qui cisaillent le versant Ouest la Molière.
En effet, depuis Autrans et son domaine skiable de même que depuis le Col de la Croix Perrin, des routes forestières permettent d'accéder à l'alpage de la Molière, du moins une fois que les neiges ont fondu. Face à l'affluence dont est victime ce plateau, les communes du Nord du Massif ont décidé de mettre en place un système de navettes, notamment en période estivale, afin d'éviter une trop forte concentration non seulement de personnes mais également de véhicules sur cette partie du Vercors. Durant cette période, seules les navettes peuvent circuler sur ces petites routes et se garer non loin de la table d'orientation.
Après quelques centaines de mètres sur le Sentier des Génisses, on arrive à la table d'orientation marquée 1636m qui indique notre arrivée sur le Plateau de la Molière mais également sur son point le plus au Nord. Le Plateau de la Molière s'étendant sur 2-3km du Nord au Sud, on peut le traverser soit au niveau du plateau en lui-même soit au niveau des crêtes le surplombant.
De notre côté, on s'attèlera à effectuer un mixte entre le plateau et les arêtes, d'abord en nous rendant sur le point le plus élevé, Charande, puis en arpentant le plateau sur sa partie Sud.
Il faut savoir que dans la totalité de sa longueur, un sentier longe les crêtes surplombant le Plateau de la Molière. Sur ce trajet, trois pas permettent de retrouver le plateau ou d'accéder à l'arête. Il s'agit du Pas de Bellecombe, du Pas de l'Ours et du Pas du Tracollet. C'est d'ailleurs ces deux derniers qui nous intéresserons pour gravir et descendre de Charande.
Depuis les abords de la Bergerie de la Molière, Charande est directement visible face à nous. Qui plus est, c'est au niveau du petit baraquement que le sentier bifurque pour partir à l'assaut du Pas du Tracollet et des arêtes.
Depuis le Pas du Tracollet 1647m, on domine largement la vaste mer de nuages recouvrant les vallées iséroises. Au loin à gauche, le haut du Plateau de Sornin échappe à la nébulosité alors que le bas boit littéralement la tasse. Il ne nous reste plus qu'à monter tranquillement les derniers 50m jusqu'à Charande et son belvédère.
Depuis Charande 1709m, et bien que le panorama ne soit visible que sur son flanc Est, le flanc Ouest étant totalement boisé, la vue est magnifique sur le Val de Lans, ses sommets qui l'encadre et les autres massifs alpins. La mer de nuages, certes cachent les parties basses des massifs, mais occulte par la même occasion la dense et urbanisée métropole grenobloise.
Traverser le Plateau de la Molière par son point haut ne fait que décupler le panorama et nous assure un temps ensoleillée, qu'importe les remous de la nébulosité.
Chaîne de Belledonne et hauts sommets des Ecrins.
Le Moucherotte sépare le Taillefer du Dévoluy. Tous baignent sous le soleil alors que les Trois Pucelles luttent pour sortir la tête de l'eau.
De Charande à Engins par l'Alpage Sud de la Molière et le Hameau des Merciers.
Le Pas de l'Ours 1649m est une véritable petite faille dans la face Est de Charande qui débouche sur les pentes du plateau. On chute rapidement d'une cinquantaine de mètres pour nous retrouver près du Gîte de la Molière.
Ce gîte ouvre une bonne partie de l'année et propose une halte sympathique avec la vue sur Charande et les autres massifs. A noter qu'il s'agit d'un gîte privé et ne bénéficie pas d'abri hors des périodes de gardiennage.
Une fois sur le Plateau de la Molière, on retrouve le sentier principal que l'on poursuit plein Sud. On passe sous le Pas de Bellecombe puis on quitte peu à peu les zones alpestres pour la forêt.
En arrivant près de la Source de la Graille où trônent quelques abreuvoirs, le sentier s'incline davantage et nous fait passer sous les nuages.
Encore une fois le sentier est très bien tracé et nous permet de relier rapidement le Hameau des Merciers, plongé dans une certaine obscurité.
Au Hameau des Merciers, on poursuit notre descension par le chemin de la Madonne qui nous permet de relier le bourg d'Engins et son église. A partir de là, on ne fait que suivre la route verglacée jusqu'à notre point de départ, le Hameau du Fournel, le tout avec une mer de nuages qui tend à se dissiper.
C'est sous un Moucherotte flamboyant que nous terminons cette traversée des Plateaux de la Molière et de Sornin. Loin de la cohue estivale et sans apercevoir le moindre signe d'urbanisation en vallée, nous avons pu pleinement profiter de l'ambiance glaciale et des paysages immaculés de cette extrémité Nord du Vercors.
Ce tour global permet de découvrir presque intégralement la diversité de ces plateaux : entre forêts et alpages mais également entre petits hameaux isolés et coins reculés. Bref, un tour incontournable du Vercors Nord.
ITINÉRAIRE DE LA RANDONNÉE :
- Départ/Arrivée : Hameau du Fournel - km 0
- Hameau de Sornin (Source) - km 1,9
- Dent du Loup - km 3,7
- Cabane Pastorale de Sornin - km 4,7
- Point haut du Plateau de Sornin - km 5,5
- Croisement des Lapiaz - km 6,6
- Sentier des Génisses - km 8,1
- Table d'orientation (La Molière) - km 8,9
- Pas du Tracollet - km 9,7
- Charande 1709m - km 10,3
- Pas de l'Ours - km 11,3
- Gîte de la Molière - km 11,7
- Source de la Graille - km 13,1
- Hameau des Merciers - km 14,7
- La Madonne des Merciers - km 16,2
- Engins - km 17,3
- Hameau de la Croizette - km 18,3
Carte IGN nécessaire : 3235OT
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