- Le Grand Galibier 3228m en circuit par le Refuge du Clot des Vaches, le Col de la Ponsonnière et le Col du Galibier

Publié le 28 avril 2026 à 20:36

Réalisée le 26-27 avril 2026

 

Petit pari que de gravir un plus de 3000m si tôt dans la saison. Et c'est pourtant de plus en plus possible chaque année avec l'arrivée précoce de printemps doux voire chauds attaquant de plein fouet le manteau neigeux en moyenne montagne mais également en haute montagne. D'autant que cette année, les retours d'Est ont été plutôt faibles sur les Alpes frontalières y compris dans le Massif des Cerces dont l'enneigement est déjà déficitaire en cette fin-avril.

Le Grand Galibier 3228m est le point culminant du Massif des Cerces. Il surpasse de quelques dizaines de mètres le Pic du Thabor ou la Roche Bernaude, les deux autres cimes dépassant à barre des 3200m d'altitude. Situé à la périphérie Nord-Ouest du Massif des Cerces, il domine avec élégance les cols du Lautaret et du Galibier, le tout face aux géants des Ecrins. Son nom provient du petit hameau des Granges du Galibier, perché sur le versant savoyard du col. Ce toponyme signifiant probablement ''ravin profond'' en provençal a ensuite été transféré au col et au sommet surplombant ces baraquements.

On construit donc un itinéraire autour de la plus haute montagne du massif : le Grand Galibier 3228m. Pour le randonneur, il n'existe qu'une voie d'accès à la partie sommitale via le Col de la Ponsonnière. Le reste de la montagne étant constitué d'imposantes parois détritiques chutant sur les versants haut-alpins et savoyards du Grand Galibier. Il y aurait toutefois une autre voie d'accès au niveau du Couloir Termier, au-dessus de la Haute-Guisane qui permettrait au cours d'un cheminement à la limite de l'alpinisme, d'atterrir près des dernières pentes du Grand Galibier. Pas question donc d'y mettre les pieds qui plus est avec un sol totalement enneigé au-delà des 2400m d'altitude.

Pour éviter d'effectuer un aller-retour sur le sommet, on s'intéresse aux différents sentiers entourant le point culminant des Cerces car même si les vallons Sud et Est du Grand Galibier sont sauvages et dépaysants, les vallons Nord et Ouest sont sillonnés par la Route des Grands Alpes dévalant et grimpant vers les cols mythiques du Lautaret et du Galibier. Alors que le Lautaret reste ouvert en période hivernale, ce qui nous permettra d'utiliser la RD 1091 comme point de départ pour l'ascension, celui du Galibier est totalement bloqué par la neige rendant le caractère sauvage à ses différents versants. Ce sera l'occasion d'aller découvrir se réensauvagement éphémère des vallons du Galibier lors de notre circuit autour de la montagne.

Dans un premier temps, notre objectif sera de nous échapper de la Haute-Guisane et du bal incessant des voitures et motards reliant Grenoble à Briançon par le Col du Lautaret. Pour cela, on décide de relier les environs du Grand Lac, caché sur les hauteurs du Lauzet. Là-haut, une cabane, celle du Clot d'Ane, offrira une halte de choix pour partir à l'assaut du Grand Galibier le lendemain à l'aube.

Jour 1 : Du Tunnel des Vallois à la Cabane du Clot d'Ane.

Près de la sortie Sud du Tunnel des Vallois, sur la route chutant vers Briançon depuis le Col du Lautaret, un sentier permet de surplomber la vallée et notamment la route via un cheminement en balcon : il s'agit du Chemin du Roy. C'est un ancien chemin historique, maintes fois modifié mais dont l'origine est bien plus antérieure à la présence de la route passant de la Haute-Romanche à la Haute-Guisane.

 

On grimpe une centaine de mètres au-dessus de la route pour ensuite filer en balcons vers le Sud, en direction de l'Alpe du Lauzet. Au-dessus de nous, les parois de la Tête de Colombe empêchent toute progression par le haut.  En face, le sous-massif des Combeynot et leur face orientale tachetée de coulée de neige, nous écrase de leur plus de 3000m de hauteur.

 

 

 

Au bout de quelques kilomètres, on atteint un pierrier en dévers dont le virage vers l'Est nous fera basculer sur les hauteurs de l'Alpe du Lauzet. D'ailleurs, l'Aiguillette éponyme s'érige face à nous.

Le terrain sec est fortement appréciable sur cette portion au vu du dévers et des pentes abruptes qui nous surplombent.

On finit par rejoindre l'Alpe du Lauzet perché à un peu plus de 1900m d'altitude. C'est un ancien lieu d'estive composé de quelques baraquements et d'une chapelle. De nombreuses fois malmené par les avalanches, il est maintenant légèrement en décalé par rapport au vallon chutant du Col du Chardonnet, blotti sous un petit mélézin stabilisant le manteau neigeux en amont.

 

 

Au niveau de l'Alpe du Lauzet, le sentier se scinde en quatre : un qui redescend vers la route au niveau du Pont de l'Alpe, l'autre poursuivant sa route vers le Sud en balcons, un troisième en direction du Grand Lac et un dernier qui part vers le Clot des Vaches et le Col du Chardonnet. 

En hiver, l'accès vers le Grand Lac depuis l'Alpe du Lauzet est presque impraticable, une étroite cheminée embourbée dans d'épaisses couches de neige bloquant l'accès au lac. 

Nous n'avons donc d'autre choix que de partir vers le Clot des Vaches en se faufilant dans le vallon coincé entre les Arêtes de la Bruyère et l'Aiguillette du Lauzet. Nous sommes d'ailleurs accompagnés par un Gypaète barbu rodant près de ces falaises.

La Barre des Ecrins 4102m pointe le bout de son nez durant l'ascension.

Le Refuge du Clot des Vaches et le Pic de la Moulinière 3073m.

Au moment de la bifurcation entre le sentier grimpant vers le Col du Chardonnet et celui en direction du Col de la Ponsonnière, on croise le Refuge du Clot des Vaches, flambant neuf. Ce refuge a ouvert ses portes en janvier 2025 alors qu'à la naissance du projet dans les années 1990, rien ne le prédestinait à cet emplacement. 

En effet, la commune du Monêtier-les-Bains avait initialement prévu la construction d'un nouveau refuge dans le Vallon du Grand Tabuc, dans le Massif des Ecrins. Ce refuge, dont l'emplacement était décidé aux alentours des 2100m sous le Col des Grangettes, devait posséder 80 couchages mais n'a jamais recueillit l'engouement de la totalité des élus et n'a ainsi jamais vu le jour. 

Il faudra attendre 2019 pour la relance de l'initiative avec une nouvelle équipe municipale mais également une transformation du projet. Ainsi, le Clot des Vaches dans le Massif des Cerces est préféré au Vallon du Grand Tabuc sur deux aspects : une diversification de l'offre touristique car le versant Ecrins de la vallée est déjà saturé par le domaine skiable de Serre-Chevalier et le Gr54 et une sécurisation du site car de nombreux éboulements ont eu lieu à partir de 2020 sur la zone du Dôme de Monêtier. De plus, les capacités du refuge se veulent plus modestes que le projet initial avec une capacité d'accueil d'une trentaine de places mais un bâtiment ultra moderne respectant une certaine sobriété sur le plan énergétique et de l'eau.

Ce Refuge du Clot des Vaches 2250m a la particularité d'être ouvert quasiment dix mois sur douze pour accueillir randonneurs, skieurs et grimpeurs. Mais en dehors de cette période de gardiennage, aucun abri d'hiver n'a cependant été pensé. 

C'est d'ailleurs à cause de cet aspect final que nous poursuivons notre route au-delà du refuge, une cabane devant se trouver sur les hauteurs du Grand Lac.

 

 

On passe aux abords du refuge en suivant la combe du Torrent du Rif. Le sol est maintenant intégralement enneigé mais le tassement permet de ne pas chausser les raquettes. 

On file ainsi vers le Nord avec le Pic de la Moulière en ligne de mire. Après le refuge, le caractère sauvage du vallon bat son plein d'autant que le voile nuageux s'évacue vers le Sud, laissant place à un temps pleinement ensoleillé au-dessus des Cerces et des Ecrins. 

 

 

Sur les pentes les plus exposées, la neige recule précocement et il n'est pas rare d'avoir les pieds au sec. Nous ne sommes pas les seuls à profiter de ces quelques étendues d'herbes grillées, à l'instar de ce lièvre variable détalant à notre venue. 

Vers 2300m, on quitte le talweg pour grimper les pentes à notre gauche. La cabane ne devrait pas tarder à apparaitre au-dessus de notre position. 

Les Arêtes de la Bruyère, Roche Colombe et le Roc Termier. 

 

 

Les marmottes se joignent à nous sur les derniers mètres. On profite également des quelques ruissellement de fonte pour remplir nos gourdes. 

En haut, nous aurons une vue d'ensemble nous permettant d'envisager sereinement, ou non, l'ascension du Grand Galibier le lendemain matin. 

Contre toute attente, l'arête est presque intégralement déneigée. On se situe pourtant aux alentours des 2500m d'altitude. La cabane semble encore cachée par quelques monticules mais la vue n'est pas en reste avec vers l'Est le Pic de la Moulinière, la Roche des Béraudes et la Tête de la Cassille. 

 

On surplombe le Grand Lac dont le dégel s'amorce. Autour de lui, le cirque de la Ponsonnière avec le Col éponyme au centre, le Pic de la Moulinière tout à droite et l'enchainement Roche Colombe, Tête de Colombe, Roc Termier et Grand Galibier sur la gauche. Nous sommes encore une nouvelle fois surpris par l'avancée du dégel sur les Cerces. Reste à savoir si les corniches de la Crête de la Ponsonnière ne bloquent pas l'accès à la voie normale du Grand Galibier. 

 

 

Sur l'extrémité Nord des Arêtes de la Bruyère on dispose d'une magnifique vue sur les Ecrins dont on devine quelques sommités majeures : Montagne des Agneaux, Pic du Glacier d'Arsine, Barre des Ecrins, Pics du Combeynot, Pic Gaspard, Meije.

Sous les arêtes, une harde de bouquetins bronze paisiblement au soleil. Totalement inaccessibles pour les bipèdes que nous sommes. 

La Tête de la Cassille 3069m et ses arêtes menant au Col du Chardonnet, au Col de l'Aiguillette et à l'Aiguillette du Lauzet.

 

Cabane du Clot d'Ane face au Roc Termier et à la cime bicéphale du Grand Galibier. 

Après ce moment contemplation, on part découvrir la Cabane du Clot d'Ane. Composée de deux baraquements, un en bois réservée aux bergers et un en béton libre d'accès. 

 

Libre d'accès est un bien grand mot car le berger entrepose une bonne partie de son barda dans cette cabane, réduisant drastiquement la place pour y dormir hors estive. Ainsi, aux quatre emplacements initialement possibles dans cette cabane, il n'y a la place que pour un couchage. 

De plus, la porte a du mal à fermer ce qui a permis à la neige de s'immiscer à l'entrée. Heureusement, la fonte étant déjà bien amorcée, cela ne pose pas de problème particulier pour s'installer à l'intérieur. Reste que le cadre proposé par la cabane lorsque le berger n'est pas dans le coin est assez exceptionnel.

On profite d'un soleil encore haut dans le ciel pour parcourir les alentours de la Cabane du Clot d'Ane. On regardera ainsi la praticabilité des différents itinéraires en direction du Grand Galibier. 

 

Vers 2600m, on se pose pour observer le cirque de la Ponsonnière avec la débâcle qui se prépare sur la surface du Grand Lac et les différentes coulées sur les versants occidentaux de la Moulinière et de la Cassille. La Lune en profite d'ailleurs pour émerger de la mâchoire sommitale de la Tête de la Cassille. 

Pour l'ascension du Grand Galibier, la voie normale se dirige dans un premier temps vers le Col de la Ponsonnière que l'on devine sous la première pointe rocheuse au centre droite. Ensuite on doit longer sur le fil de la crête de la Ponsonnière jusqu'à rejoindre la combe sous le Roc Termier. C'est ce passage sur le fil de l'arête qui pose le plus de problème notamment sur terrain enneigé puisque des corniches et plusieurs reptations semblent en place autour de ce point. 

Une autre option reviendrait à descendre d'une centaine de mètres dans le vallon en amont du Grand Lac pour ensuite remonter les pentes en partie en neige dans l'axe du Roc Termier légèrement à gauche. Cette remontée permettrait d'éviter le passage scabreux de la Crête de la Ponsonnière mais nous obligerait à rallonger considérablement le trajet pour rejoindre le Col de la Ponsonnière après l'ascension et poursuivre vers le Col du Galibier. 

On met donc tous nos espoirs dans un fort regel nocturne qui stabiliserait le manteau neigeux à l'aube. Puis rien ne nous dit que certaines portions de l'arête ne sont pas déjà sèches. 

 

Les Arêtes de la Bruyère avec au loin les Glaciers du Monêtier et de Séguret Foran.

Le Pic de la Moulinière 3073m.

Roche Colombe 2832m.

 

 

 

Les deux baraquements de la Bergerie du Clot d'Ane. Sur le col un peu plus au Nord de l'installation, une fontaine trône mais ne coule qu'en période d'estive. Sans neige, quelques ruisseaux coulent au Nord-Est dans le vallon ou un aller-retour jusqu'au Grand Lac est également envisageable. 

De même, par fort enneigement et au vu de son encaissement, la porte d'entrée de la cabane ouverte peut se retrouver bloquée. Nous avions anticipé en prenant une pelle qui s'est avérée inutile avec cette ambiance printanière. 

 

 

Au coucher du soleil, l'Aiguillette du Lauzet, le Pic de la Moulinière, la Tête de la Cassille et les nuages caressant la Meije se parent d'orange et de rose. La nuit et le froid prennent ensuite le relai, nous invitant à nous replier dans notre petite antre pastorale. En espérant ne pas faire la rencontre du rongeur du coin qui semble remplacer le berger ou la bergère en période hivernale. 

Jour 2 : L' ascension du Grand Galibier et le contournement de la montagne par le Col du Galibier.

 

A notre réveil, le regel nocturne est bien présent et le ciel est limpide. On chausse donc nos crampons et on part à l'assaut du Grand Galibier aux alentours des 5h30 du matin. On arrive rapidement au niveau du Col de la Ponsonnière 2613m qui nous permet de contempler le versant savoyard des Cerces avec les Rochers de la Grande Paré, le Pic de la Ceinture, la Pointe de la Fourche, l'Aiguille Noire et la Pointe des Blanchets. 

On est également directement rassuré par le franchissement de la Crête de la Ponsonnière qui n'est pas intégralement en neige avec de nombreuses traces de passage et des parties les plus exposées totalement sèches. On atteint sans difficulté les hauteurs du Lac Blanc encore pétrifié par les glaces.

 

 

 

Après le Lac Blanc on remonte tranquillement le vallon à équidistance du Roc Termier et des Rochers Plats du Lac Blanc. Au même moment, le soleil frappe la zone sommitale du Roc Termier. 

Entre la Crête de la Ponsonnière et les environs du sommet du Grand Galibier, la progression est relativement simple que ce soit sur sol enneigé ou non. Les pentes ne sont pas importantes et on grimpe tranquillement au milieu d'un vallon minéral d'où la vue ne fait que se décupler.

 

Plus au Sud, d'autres cimes émergent au-delà des Cerces. Le Mont Viso 3841m et le Pic de Rochebrune 3320m apparaissent. On devine également les hauts sommets du Massif d'Escreins ainsi que le Grand Glaiza. 

La partie sommitale du Grand Galibier est assez chaotique. Il s'agit d'une multitude de pointes rocheuses rendant difficilement identifiable le véritable sommet. La pointe la plus à droite correspond au Sommet Est culminant à 3219m s'en suit le Sommet Ouest culminant à 3228m (notre objectif), puis le Point 3148 et le Point 3076.

Les deux sommets du Grand Galibier sont randonnables. Mais sur sol enneigé, le Sommet Est semble un peu plus ardu notamment du fait de la nécessité de franchir un petit couloir pour atteindre la zone sommitale. On se contentera donc d'aller en direction du Sommet Ouest qui, malgré son relief plus effilé, devrait être plus praticable. En outre, le Point 3148 peut constituer le terminus de la course si les conditions ne sont pas réunies sur les dernières pentes.

 

Deux possibilités d'ascension sont envisageables près du Col Termier. Soit par les monticules rocheux présents sous le Sommet Est soit en suivant la combe. Dans tous les cas, les deux itinéraires finissent par se rejoindre sous le Point 3121. On en profite également pour se délester de notre sac pour les 300 derniers mètres jusqu'au sommet.

Influencé par la présence de quelques cairns, on suit l'itinéraire passant par les dômes rocheux, même si après réflexion et lorsque les pentes sont enneigées, l'itinéraire suivant le fil de la combe semble plus facile, notamment au moment de joindre les deux tracés. Sous le Point 3121, la pente est assez soutenue, on passe la barre des 30 degrés d'inclinaison mais la stabilité du manteau neigeux rassure. Le seul risque qui semble d'actualité pourrait être les chutes de pierres provenant des parois détritiques du Sommet Est et surplombant la combe. On reste attentif. 

 

 

 

 

Le Point 3121 marque la fin de la combe. Il faut alors rejoindre les environs du col séparant le Sommet Est du Sommet Ouest. Il ne faut cependant pas se rendre au niveau du col même mais plutôt sur la gauche d'un éperon rocheux. 

De là, on se faufile dans un petit couloir en neige qui peut paraitre impressionnant mais qui se franchit sans trop de difficulté avec une neige bien dure. Passé ce couloir, on arrive sur l'arête nous menant petit à petit au Sommet Ouest dans un mélange de neige et de roche. Sans neige, quelques points bleus sur les blocs permettent de zigzaguer dans le chaos de roche.

On s'élève jusqu'à l'antenne sommitale accompagnée d'une petite croix légèrement en contrebas. Malgré la laideur de l'antenne, le panorama permet de vite l'oublier. C'est un 360 entre Alpes du Nord et Alpes du Sud qui s'offre à nous, le tout avec une absence totale de vent et une fraicheur tout à fait supportable. 

Il est 8h.

Vers le Nord-Ouest, du Glacier du Mont de Lans à la Vallée de la Valloirette en passant par le Rochail, le Taillefer, le Plateau d'Emparis, le Pic des Trois-Evêchés, les Grandes Rousses, l'Aiguille du Goléon, les Aiguilles de la Saussaz, les Aiguilles d'Arves, l'Aiguille de l'Epaisseur, le Massif de la Lauzière  et la Grande Chible. 

Partagé entre l'ombre du Grand Galibier et la zone ensoleillée, on devine le Col du Galibier que l'on gravira plus tard dans la journée.

 

Coté Ecrins, la plupart des hautes cimes du massif sont de la partie : Agneaux, Pelvoux, Sans Nom, Coup du Sabre, Ailefroide, Barre des Ecrins, Dôme de Neige, Roche Faurio, Rouies, Grande Ruine, Gaspard, Meije et Râteau. En bas alors que le Col du Lautaret profite des premiers rayons, la Haute Guisane patiente à l'ombre. 

 

Côté Savoie, la vue n'est pas en reste (de gauche à droite) : Grande Casse, Glaciers de la Vanoise, Dent Parrachée, Tsanteleina, Grand Roc Noir, Grand Paradis, Pointe de Terre Rouge, Pic du Thabor, Albaron, Mont Thabor, Pointe de Ronces, Pointe de Charbonnel, Aiguille de la Scolette, Rochemelon, Mont d'Ambin, Roche Bernaude, Rognosa d'Estache.

 

Plein Sud, et malgré un léger voile, on devine pas mal de sommets tels que le Mont Chaberton, le Grand Glaiza, le Mont Viso, le Pic de Rochebrune, le Bric de Rubren, l'Aiguille de Chambeyron, les Pics de la Font Sancte, le Pic des Houerts, la Cime de la Condamine et une partie du Massif du Parpaillon. A gauche, on fait face au Sommet Est du Grand Galibier 3219m.

 

Zoom sur les aiguilles du Massif des Arves : Goléon, Saussaz, Arves, Epaisseur notamment. Tout en haut à gauche, il s'agit du Pic de l'Etendard 3464m.

 

Face Nord-Est du Grand Galibier d'où l'on devine la route du Camp des Rochilles et le Mont Blanc tout au fond.

Le fameux trio d'Arves allié à l'Aiguille Orientale de la Saussaz.

L'arête sommitale du Sommet Ouest du Grand Galibier.

Le Roc Termier 3078m et la silhouette du Mont Viso 3841m.

La Barre et le Dôme de Neige des Ecrins au-dessus du Couloir Termier.

Le Grand Lac, les Arêtes de la Bruyère et l'Aiguillette du Lauzet depuis les Crêtes de la Ponsonnière.

Du sommet, on rebrousse chemin en prenant bien soin de passer par la combe cette fois-ci. Il est à peine 8h30 et la neige se transforme déjà à cause de la chaleur et les premiers blocs de roches chutent des pentes du Roc Termier. On relie donc rapidement le Col de la Ponsonnière d'où l'on va pouvoir poursuivre la suite de notre circuit autour du Grand Galibier. 

On quitte ainsi les Hautes-Alpes pour basculer quelques heures côté Savoie. Au lieu d'emprunter le sentier principal qui nous conduirait vers les rives du Lac des Cerces, on choisit de chuter directement du col vers le Plan de la Ja. Le sentier en dévers en direction du Lac des Cerces est truffé de couloirs de neige rendant la progression délicate. 

 

La Plan de la Ja est partagé entre ombre et soleil sous le col. A droite, on devine furtivement le sentier en direction du Lac des Cerces. 

 

Pic de la Ceinture, Pointe des Cerces, Rocher de la Sauma, Pic de la Moulinière, Crêtes de la Ponsonnière et Col de la Ponsonnière vus depuis les hauteurs des Mollières.

 

La difficulté de cette portion est de contourner le Grand Galibier sans perdre trop d'altitude par rapport au col que l'on doit remonter par la suite. Au vu des pentes et de l'épaisseur de neige, on se fixe 2200m comme limite, pas plus bas. Descendre jusqu'au Plan Lachat nous rajouterait 300m de dénivelés positifs supplémentaires.

C'est pourquoi, au niveau de l'écriteau Plan de la Ja sur les cartes IGN, on s'efforce de tenir la progression aux alentours des 2200m d'altitude. Jusqu'à la traversée de la Clapière, c'est chose relativement aisée malgré une neige de plus en plus molle. Mais lors du contournement de la Pointe du Vallon, dans le pierrier qui surplombe Plan Lachat, les choses se compliquent car on traverse une pente malmenée par une multitude de coulées et beaucoup plus inclinée. En été, un sentier permet de traversée tranquillement cette pente à niveau, mais en hiver c'est autrement plus délicat.

Tant bien que mal on rejoint le vallon séparant le Plan Lachat du Col du Galibier. D'ailleurs, on commence à deviner le tracé de la route estivale.

 

Au niveau de la Clapière, sorte de chaos de pierre laissé par les mouvements du Glacier de la Clapière retranché au fond du vallon au plus proche des parois, on est dominé par les deux sommités du Grand Galibier : le Sommet Est et ses falaises, et le dôme du Sommet Ouest où nous nous trouvions plus tôt. Entre les deux, le Couloir de la Clapière est un itinéraire de pente raide assez renommé dans les environs (zoom sur la photo de droite). D'ailleurs quelques skieurs sont en train de le gravir lors de notre passage. 

 

 

Une fois dans le vallon rejoignant le Col du Galibier, les pentes sont beaucoup plus douces. On traverse les Granges du Galibier puis on profite du pré-traçage de la route par une dameuse pour suivre le tracé de la voie asphaltée, invisible à cette saison. 

Après le contournement de la Pointe du Vallon, c'est pas moins de 400m de dénivelés qu'il nous faut encore gravir pour franchir le Col du Galibier et basculer à nouveau sur la Haute Guisane. 

Pas l'ombre d'un coureur, ni d'un motard ou d'un mouton. Nous sommes seuls avec les marmottes du coin à profiter du calme du vallon dominé par la face Nord du Grand Galibier. 

 

Vers le lieu-dit du Colomban Noir, on devine les premiers sommets du Massif des Arves dont le Col du Galibier marque la frontière avec celui des Cerces : Pic Blanc du Galibier, Pic des Trois-Evêchés, Pointe des Lauzettes et Aiguille d'Argentière. Puis près du Refuge du Galibier (celui côté Savoie), l'Aiguille d'Arves Méridionale 3514m s'érigera au loin (photo de droite).

Il est vrai que nous avions potentiellement en tête de franchir le Col du Galibier par son tunnel, nous faisant ainsi ''économiser'' une centaine de mètres de dénivelés. Mais il faut savoir que le tunnel est fermé par une immense porte en bois. Pas possible donc d'éviter le cheminement naturel du Col du Galibier. On se hisse encore d'une centaine de mètres sous un soleil de plomb.

On finit par atteindre le col naturel borné à 2642m ce qui en fait le deuxième plus haut col routier de la Route des Grandes Alpes après celui de l'Iseran et le cinquième plus haut col routier de France.

La route du Galibier est née d'un besoin stratégique à la fois de facilitation des déplacements entre la Maurienne et le Briançonnais mais également militaire pour un meilleur contrôle des Alpes, notamment face à l'Italie.

 

C'est d'ailleurs l'Armée des Alpes qui construira cette route à partir de 1880. Il faudra attendre 1884 pour que le col soit franchi puis 1891 pour que le tunnel soit percé. Le tunnel a été notamment créé pour faciliter le franchissement du col par les charrettes. Au fil du réchauffement des relations entre les deux pays transalpins, la route du Galibier s'est muée en route touristique. Le premier Tour de France passe par ce col en 1911 sous l'impulsion de Henri Desgrange, père fondateur du Tour de France, et on dénombre aujourd'hui plus de 60 passages de la Grande Boucle depuis. Il faut noter que le premier Tour de France franchit le Col du Galibier alors même que la route est encore carrossable à l'époque.

Pour en rajouter encore une peu face à l'exploit des premiers coureurs franchissant le Col du Galibier en 1911. L'annonce de la montée et de la descente du Col du Galibier fait des remous dans le monde du cyclisme. Certains coureurs menacent de faire grève. Il faut dire q'un vélo à l'époque pèse quinze kilos, qu'il n'y a qu'une seule vitesse et que la montagne est encore un synonyme de danger où l'on craint les loups et les ours. Henri Desgrange insiste et le 10 juillet 1911, les premiers coureurs du Tour de France passent le Galibier mais seulement un, Emile Georget, ne posera pas le pied à terre lors de l'ascension. Aujourd'hui un monument en la mémoire d'Henri Desgrange a été érigé sur le versant haut-alpin du Col du Galibier.

Entre 1976 et 2002, le tunnel est fermé car en trop mauvais état avant une réfection permettant sa réouverture. Le trajet actuel de la route du Galibier correspond au tracé de 1938. Avant, notamment sur son versant haut-alpin, la route passait sur la rive gauche du Torrent du Galibier via la Mandette. Mais les chutes de pierres et les mouvements de terrain ont conduit à sa déviation. Aujourd'hui cet itinéraire est devenu pédestre.

 

On bascule de nouveau côté Hautes-Alpes et on retrouve la Meije accompagnée du Petit Galibier Ouest, du Pic Blanc du Galibier, du Pic des Trois-Evêchés et du refuge haut-alpin.

 

Même la Barre des Ecrins et le Dôme de Neige des Ecrins sont de la partie depuis le Col du Galibier.

 

 

 

Le Col du Galibier, à l'instar du Lautaret, est situé sur la frontière entre les Alpes du Nord et les Alpes du Sud. Il s'agit d'une frontière davantage climatique que géographique, cette dernière cisaillant les Massifs des Cerces et des Ecrins. 

Au Sud de ces cols souffle un air plus sec, plus méditerranéen et les espèces florales notamment peuvent être assez différentes entre les deux versants des cols. Ou du moins plus en avance avec la fonte plus rapide de la neige. Ainsi les Anémones et les Saxifrages sont déjà en fleur par endroit.

On ne dévalera pas le versant haut-alpin du Col du Galibier en empruntant les 8,5km de route qui le séparent de son homologue du Lautaret. On suivra au contraire  grossièrement l'ancienne route du Galibier passant par la Mandette.

Bien moins impressionnant que le franchissement du Col du Galibier, le Col du Lautaret a cependant une histoire beaucoup plus ancienne. Depuis l'Antiquité, le Col du Lautaret sert de point de passage par exemple sous l'Empire Romain où l'on relie la Gaule à la botte italienne via le Col de Montgenèvre. La voie romaine ne correspond pas vraiment au tracé actuel, notamment sur ses parties les plus encaissées. Les colporteurs, les pèlerins et les simples voyageurs passaient par un cheminement un peu plus en hauteur, d'où la présence de nombreux oratoires dans les environs du Plateau d'Emparis par exemple. Un hospice y est même construit au Moyen-Age, aux alentours du XIIème siècle, pour y apporter un minimum de restauration et de secours aux voyageurs. Le Dauphin puis le Roi de France à partir de 1349 y avait même mis en place des exemptions d'impôts pour les terrains gérés par l'hospice, la contrepartie étant que le hospice fonctionne tout au long de l'année.

La construction de la route carrossable au XIXème siècle marque la fin de l'hospice. Il se transforme en relai de poste puis en hôtel. C'est en 1807, sous l'impulsion de Napoléon 1er que le projet de route carrossable sur le Col du Lautaret est né. Il faudra plus de 70 ans  pour que la route soit terminée intégralement au grès des intempérie, des mouvements de terrain et de la géopolitique européenne. Avec cette route, on relie Briançon au Bourg d'Oisans en 16h.

Au XXème siècle, le Col du Lautaret voit s'ajouter un intérêt touristique et scientifique en plus de son intérêt stratégique et commercial. La création du Jardin Botanique du Lautaret, à la confluence des Alpes du Nord et du Sud, l'arrivée progressive du ski, le passage du Tour de France et de la Route des Grandes Alpes puis plus tard sa position comme porte d'entrée du Parc National des Ecrins n'ont fait que renforcer la notoriété et la nécessité de ce col, constamment ouvert sauf par épisode tempétueux.

 

Grand Galibier vu depuis le Col du Lautaret.

 

On rejoint la RD1091 quelques centaines de mètres avant le Tunnel du Rif Blanc. Il ne nous reste plus qu'à longer le bas-côté sur quelques centaines de mètres pour atteindre le Parking du Tunnel des Vallois mettant ainsi fin à une rude étape journalière avec l'ascension du Grand Galibier et de son col. Un rééquilibrage des deux journées peut tout à fait s'opérer pour assouplir cette seconde journée autour du point culminant des Cerces, notamment en été où il est possible de bivouaquer à de nombreux endroits. Cependant vous ne pourrez pas profiter du calme du Col du Galibier contrairement à un franchissement hivernal ou tout du moins printanier. 

Dans un gros mois, place aux cyclistes et aux chauffeurs. de notre côté nous irons chercher le col sauvage et ce n'est pas ce qui manque dans ce magnifique Massif des Cerces. Près des marmottes, loin des motos !

 


ITINÉRAIRE DE LA RANDONNÉE : 

 

  • Départ/Arrivée : Tunnel des Vallois (sortie Sud) - km 0
  1. Chemin du Roy - km 1,1
  2. Alpe du Lauzet - 5,1
  3. Refuge du Clot des Vaches - km 6,5
  4. Cabane du Clot d'Ane - km 8,1
  5. Lac de la Ponsonnière - km 9,6
  6. Col de la Ponsonnière - km 10,3
  7. Crête de la Ponsonnière - km 10,7
  8. Col Termier - km 12,3
  9. Grand Galibier (Sommet Ouest) 3228m - km 13,5
  10. Plan de la Ja - km 17,9
  11. La Clapière - km 20
  12. Granges du Galibier - km 22,2
  13. Col du Galibier - km 25,9
  14. La Mandette - km 28,3
  15. Tunnel du Rif Blanc - km 31,3

 

Carte IGN nécessaire : 3535OT ou 3535OTR

Grand Galibier Trace Gpx
Données géographiques – 101,2 KB

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